Maferinyah : « l’agriculture est le pivot de tout développement », affirme Gassim Doumbouya, agronome

La sous-préfecture de Maferinyah, est située à 75 km de Conakry. Elle couvre une superficie de 500 km2 dont la plupart jadis était cultivable. Aussi, elle regorge d’énormes potentialités agricoles et fait partie des villes qualifiées de grenier en République de Guinée. Dans cette interview accordée à Universciences.com, Gassim Doumbouya, agronome, dépeint la situation actuelle de l’agriculture et tire la sonnette d’alarme sur les problèmes qui minent ce secteur dans cette localité.

Universciences: Comment se présente l’agriculture à Maferinyah ?

Gassim Doumbouya : j’aime à le dire que l’agriculture c’est la mamelle du développement. On ne peut jamais naître sans travailler, l’agriculture est le pivot de tout développement. A Maferinyah, nous pratiquons l’agriculture à contre saison, tout comme en plaine pérenne. En contre saison, vous avez les cultures rupicoles ; ça vous avez de pastèque, de gombo, d’aubergines, de piments avec les quatre variétés et encore il y a des plantations à culture pérenne ; il y a des plantations d’anacardiers. Quand on prend la statistique dans la préfecture de Forécariah, la sous-préfecture Maferinyah regorge la grande superficie d’acajou, seulement à Kokê, il y a 142 hectares d’anacardiers plantés entretenus et en bonne végétation. A part ça, nous avons une plantation de palmier qui est gérée par la société Mosma qui fait une superficie de 410 hectares en pleine production et bien entretenue. Il y a aussi 510 hectares de palmiers à Madinagbé. Sur ce, il faut le dire sans doute que Maferinyah est une zone agricole pour deux causes, l’hydrographie et le relief parce que quand vous prenez  Maferinyah avec ses 43 444 habitants, nous avons deux grands cours d’eau qui arrosent Maferinyah. Nous avons le Kili qui prend sa source à Bondjon qui traverse Maferinyah, à son Est qui débouche directement dans le second cours d’eau qu’on appelle Sabakouré, au côté Nord dans Fanyé  pour se déverser dans l’océan atlantique à partir de Gbéréyiré. Donc, les deux cours d’eau alimentent Maferinyah sur le plan agricole.

Et sur le plan relief ?

Le relief est uniforme, c’est pour cela que l’agriculture est pratiquée à Maferinyah sur toutes les formes. Je vous dis que Maferinyah couvrant une superficie de 500 km 2, le relief est uniforme, seulement déversé en des parties Ouest de Kokê pour se rabattre dans la mangrove.

Au-delà de tout ça, est-ce que vous rencontrez des difficultés liées à l’agriculture ici ?

Je vais vous dire d’abord, l’angle de la carte de la Guinée, c’est Forécariah.Tant que Forécariah n’est pas développé, la Guinée ne pourra pas avancer, parce que c’est l’agriculture qui peut développer un pays. L’agriculture à Maferinyah avant il y avait des problèmes d’outil agricole mais avec le gouvernement passé, Forécariah était considéré comme une base logistique de la basse côte. Forécariah a reçu à l’époque dix tracteurs, des moissonneuses batteuses. Avant les labours étaient de 500.000 GNF par hectare, mais avec la politique de l’ancien gouvernement, les labours sont à 300.000 GNF par hectare. Le problème fondamental était les outils et l’engrais parce que l’agriculture c’est la loi du minimum et de restitution, la terre te rend ce que tu lui donne. Quand nous remontons un peu, nous avons une assistance technique de l’Etat avec Lamproca, mais  présentement, il y a la société Topaz qui fait l’assistance technique au niveau de la communauté. À ce jour, on n’a eu à distribuer une quantité équivalente à la mise en valeur de 40 hectares de haricot vert.

Selon vous, le secteur agricole a connu un développement accéléré ces dernières années à Forécariah, mais est-ce que l’agriculture n’a pas un impact négatif sur l’environnement ?

A vrai dire, dans 5 ans si l’Etat ne prend pas ses dispositions, l’agriculture va disparaître à Maferinyah. À ce jour, l’agriculture est asphyxiée, son collet est déjà pincé par une chaîne métallique reposant sur les lotissements des domaines. Le lotissement est un facteur nuisible sur l’agriculture, il joue vraiment sur elle, parce que si nous prenons la zone de Salifouyah, la zone de Wourogbéli, la zone de Kili, c’étaient des zones qui produisaient plus de 600 tonnes de piment par campagne, mais aujourd’hui, on ne peut pas avoir 5 tonnes par zone, tous ces domaines sont lotis et si les domaines sont lotis il ya des problèmes, quand vous partez à Salifouyah aujourd’hui là où on gagnait de manioc, c’est loti. Sur le plan agricole, le développement engagé par le gouvernement précèdent a été appréciable parce que le président Condé a fait l’économie de sa politique et non la politique de son économie. Dès qu’il a attaqué l’économie de sa politique, cela nous a permis de trouver l’engrais qui était payé à 300.000 GNF, est revenu à 135.000 GNF et aussi, l’hectare qui était labouré à 500.000 GNF a été ramené à 300.000 GNF.

Alors dites-nous, comment ces lotissements sont vécus par les agriculteurs ?

D’abord ce lotissement même la couche religieuse islamique s’est impliquée. Quand tu prends ton domaine, tu fais un lotissement de 10 hectares, dans les 10 hectares lotis, le propriétaire à 12 parcelles à l’hectare, il perd quatre parcelles sur les 10 hectares. Il peut faire cinq ans sans revendre 10 parcelles, parce que le gros lotissement ici à Maferinyah s’est effectué en 1993 dans la zone de Fanyé sur une superficie de 5 hectares jusqu’à nos jours n’est pas fini ; les gens ne peuvent pas travailler dessus, la deuxième bande lotis c‘est celle de Haya là où les gens faisaient le manioc, de la patate, du tarot présentement, c‘est lotis, les parcelles sont là-bas vendues. C’est-à-dire que l’agriculture n’est plus pratiquée là-dessus et je vous dis que dans deux ans, on ne pourra plus trouver de manioc à Maferinyah. A l’heure-là il n’y a pas de domaines cultivables à Maferinyah tout est presque loti.

En tant qu’acteur de l’agriculture, qu’est-ce que vous faites pour préserver les acquis dans le secteur agricole ?

Le Bouton magique, c’est la sensibilisation des acteurs du secteur agricole. Dans cette sensibilisation nous avons trois types, le premier type c’est l’infrastructure il ya une école de formation des planteurs qui a été engagée depuis 1993. Le centre a été construit au temps de l’ancien ministre de l’agriculture, Makalé Camara, il est bâti sur une superficie de 8.000 mètres carrés, le bâtiment fait trois classes et deux bureaux. Nous invitons des fois des planteurs dans ce centre pour la formation, on les sensibilise non seulement à changer les méthodes culturales, et de l’esprit de vengeance pour que nous puissions faire une agriculture moderne. Deuxième type de sensibilisation, c’est la radio de Forécariah à l’approche de chaque campagne, les jeunesses viennent vers le bureau des agronomes, ils nous demandent de faire un calendrier sur les différentes cultures, parce que si le calendrier n’est pas respecté on n’échoue.  Avant les gens se fient à la météo pour avoir un rendement, mais à Maferinyah on a deux types de météo, on a une plante qu’on appelle météo ; c’est le flamboyant, dès que cette plante donne les fleurs, nous donnons  carrément le calendrier agricole. Nous avons aussi une chute à la hauteur du Kakoulima qu’on appelle Bondjon, dès que nous voyons les premiers écoulements de l’eau, nous donnons aussi le calendrier agricole pour le riz. Le troisième type de météo aussi ce sont  nous-même les agents de terrain, aucune autre sous-préfecture n’a ça si c’est n’est que Maferinyah parce que l’unique centre de formation des planteurs de la Guinée est construit ici.

 

Lancinet Sidibé, Aissatou Barry et Mamadou Kindy Bah, de retour de Maferinyah pour L’AJSG

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