Faranah : le couvert végétal se porte moins bien…

L’adjudant-chef Mory Fodé Diané est l’inspecteur régional de l’environnement et du développement durable de la région administrative de Faranah. Dans cette interview, il nous en dit plus sur la manière dont le couvert végétal est affecté et donne une évaluation négative de la situation actuelle que subit le fleuve Niger, ce patrimoine international qui est un bien commun de 9 pays de la sous-région.

Universciences : comment se porte l’environnement à Faranah ?

Mory Fodé Diané : l’environnement se porte plus ou moins bien à Faranah, dans la mesure où aujourd’hui avec le développement et avec l’augmentation de la population ; il y a une pression accrue sur les ressources naturelles qui composent notre environnement. Vous le savez, l’être humain, nous tirons notre nourriture dans les ressources naturelles ; et ce mécanisme continu là fait que l’environnement se dégrade. A cause des différentes activités, notamment l’agriculture, avec le défrichement du couvert végétal qui n’épargne même pas les rives des cours d’eau. Et l’exploitation artisanale de l’or à Dinguiraye, qui ne tient pas compte réellement des principes, parce que une fois sur le terrain, vous comprendrez que c’est une exploitation semi-industrielle, parce qu’il ya des machines qui sont utilisées et des produits chimiques qui sont interdits sont encore utilisés.

Suite à un constat au site Aviation, des personnes dégradent cette partie à outrance, en fabriquant des briques. Qu’est-ce que vous faites pour les sensibiliser à arrêter cela ?

Malheureusement aujourd’hui au niveau de la commune urbaine, vous avez un groupe de personnes qui font la fabrication des briques cuites au bord de ce fleuve Niger qui est partagé par 9 pays de la sous-région. En 2019-2020, nous avons essayé de nous intéresser à cette question afin que nous puissions canaliser ce groupe d’acteurs ; on a essayé de les formaliser en groupement. Il y a un groupement de fabrication de briques cuites à Faranah, donc nous avons cherché des moyens auprès de l’Etat afin qu’il puisse nous aider pour qu’on puisse cesser la fabrication de briques au long du fleuve Niger. Cette fabrication a beaucoup d’inconvénients. Comme je l’ai dit tantôt, ils ont été formalisés à travers leur président, Sidiki Sagno, et lui et nous, on s’est battu auprès de l’Etat pour avoir des moyens afin que ces gens-là soient orientés sur les BTS, c’est-à-dire que les briques à terre stabilisée. Mais jusque-là, on n’a toujours pas reçu de moyens pour prendre ceux-ci en charge.

Pour ce qu’il s’agit du reversement des déchets plastiques dans les cours d’eau. Est-ce que vous faites des sensibilisations auprès des populations afin qu’elles cessent ce genre de comportement ?

A ma prise de fonction en septembre 2017, mon premier constat a été qu’il n’y a pas de décharge pour déchets à la commune urbaine de Faranah. Très rapidement, j’ai approché les autorités locales de l’époque, à tous les niveaux, notamment le maire qui est un jeune comme moi, qui comprend effectivement les dangers de la chose. Ensemble, nous avons mis une commission, qui est partie identifier les lieux pouvant abriter les décharges. Aujourd’hui, nous avons 4 sites pouvant être aménagés pour recevoir les déchets de la ville. Mais jusque-là, nous cherchons les moyens pour rendre ces sites opérationnels. Pour la question spécifique du fleuve Niger, nous avons effectivement fait ce constat que les gens sont en train de jeter des ordures dans le fleuve ; j’ai encore approché le maire qui a convoqué tous chefs de quartiers, pour les inciter à interdire à leur population de jeter des ordures dans le fleuve. Il ya de cela 4 mois, une ONG conduite par Mohamed Mansaré, a organisé un nettoyage du fleuve, du quartier Tonkolonko, jusqu’au niveau de l’Université.

Le réchauffement climatique est un fléau mondial. L’Afrique est responsable de 4% du gaz à effets de serre. Comment faites-vous pour lutter contre celui-ci à Faranah, et est-ce que vous informez les populations sur les conséquences du changement climatique ?

J’ai animé plus deux séances de sensibilisation à la radio rurale sur les conséquences, les causes et aussi comment faire pour amoindrir les effets du changement climatique sur le micro climat.

Est-ce que vous sanctionnez ces personnes qui ont comme activité de dégrader la nature ?

Nous les sanctionnons. Mais, vous le connaissez mieux que moi, dès qu’il ya sanction contre quelqu’un, c’est extrêmement difficile ; c’est tous les sages de la ville, c’est l’imamat, qui se lève pour venir vous voir, pour dire de lui pardonner, il ne va plus reprendre. Et après, c’est un autre qui le faut encore. L’Etat doit nous aider à faire respecter notre politique, sans quoi, ça ne va pas marcher.

Avez-vous un appel à lancer à l’endroit des populations de Faranah, pour qu’elles puissent contribuer à la protection de cet environnement qui est si cher ?

Comme je le dis toujours, Faranah est une zone écologique par excellence. Mais il faudrait que nous respections les normes environnementales. Si nous ne respections pas cela, les préfectures qui viennent chercher ces ressources ici, demain ; nous irons les chercher ailleurs. Il faudrait que nous sachions utiliser rationnellement, les ressources que nous avons, pour que nos enfants puissent bénéficier des retombées de demain. Parce que si nos grands-pères se mettaient à couper du bois comme nous le faisons aujourd’hui, nous certes, on n’allait pas trouver du bois. Donc, je voudrais une fois encore lancé un appel aux populations de Faranah, de produire le charbon qu’elles doivent consommer. Ne pas se mettre aujourd’hui, dans l’envi de ravitailler Conakry. Faranah ne peut le faire, si on se met dans ça, on va détruire le couvert végétal en moins de 5 ans. Et cela va faire de Faranah, de plus en plus, une zone de savane.

Propos recueillis par Fanta BARRY, de retour de Faranah, pour l’AJSG

 

 

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