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Décharge de Dar-es-Salam : enjeux de santé publique et pistes de valorisation des déchets 

La décharge de Dar-es- salam accueille une dizaine de tonne d’ordures par jour. Une vingtaine de camions déchargeant des ordures nauséabondes font des aller-retour toute la journée. La décharge de Dar-es- salam est située en plein cœur de la capitale Conakry, et elle est sur place depuis 1987.

Les habitants de ce quartier populaire et ses alentours sont exposés à la fumée que dégage le dépotoir, nuit et jour de façon continuelle. Des femmes, des enfants, des jeunes, des vieux, personne n’est épargné. Cette fumée qui se répand sans cesse a des conséquences néfastes sur l’environnement et la santé publique. 

« Ces déchets sont la source de pollution de l’atmosphère, ils dégagent beaucoup de fumée qui est non seulement dangereuse pour la santé, et l’environnement. Nous savons aujourd’hui que les décharges participent également aux émissions de gaz à effet de serre qui sont la cause du dérèglement climatique. Je pense que cette situation exige de la réflexion, parceque aujourd’hui on parle de développement durable qui demande de mettre en place des solutions durables », souligne Abdoulaye Fall environnementaliste et spécialiste de déchets, enseignant chercheur à l’Université de Thiés au Sénégal. 

La décharge, moyen de financement pour certains 

Cette décharge est une matérialisation pour d’autres, sur place on y trouve des hommes, des jeunes filles, des adolescents mais également des vendeuses de nourriture qui sont souvent des récupérateurs qui vivent de ces déchets, mais pas que, ils sont exposés à des énormes risques sanitaires, tel que le diabète et d’autres maladies pulmonaires.

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Fumée qui s’échappe de la décharge des déchets à Dar-es-salam

Sur place, une jeune adolescente de 15 ans nous a confié que c’est grâce à cette décharge qu’elle nourrit sa famille. « Malgré que je tombe souvent malade, je n’ai pas le choix, il faut que je vienne travailler, je trie les ordures, je brûle pour transformer en fer de cuisine pour aller revendre au marché. Je gagne dès fois 100.000 GNF ou plus par jour. »

Sans bavette, ni gants ou au moins des chaussures de bottes, ils sont plus de 200 jeunes qui font ce travail de récupération à la décharge de Dar-es-salam sans aucune mesure de protection. « J’ai grandi dans ce quartier je travaille ici depuis longtemps, les ordures nauséabondes nous dérangent moins, c’est la fumée qui nous fatigue, mais on n’a pas le choix c’est la pauvreté, on trie les déchets pour aller revendre dans les usines dès fois on peut gagner jusqu’à 500.000fg en une journée, moi beaucoup des mes amis sont partis en occident grâce à ces ordures » a raconté Seydouba Soumah, la vingtaine.

Menace pour la santé publique 

Autre fait, non des moindres, cette décharge constitue une menace sur la santé publique. A la décharge de Dar-es-salam, les habitations sont agressés au quotidien par cette pollution. « Nous souffrons énormément, dans ce quartier. Nous sommes tous malades, je suis parti à l’hôpital, on m’a dit d’arrêter de fumer alors que je n’ai jamais tiré une mèche de cigarette mais avec cette fumée nous somme plus que les fumeurs, tous les vieux sont décédés. Cette fumée ne va pas laisser quelqu’un, si tu rentres à la mosquée tout le monde tousse. Nos puits et nos eaux sont polluées », se désole Facely Mara, chef secteur de rue 14 au quartier Dar-es-salam.

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Un jeune au milieu des déchets sans masque

Nous sommes allés à l’hôpital AMECEL qui se trouve à quelques mètres du dépotoir de Dar-es-salam pour vérifier ces affirmations du chef de secteur. Ici, des centaines de patients son reçus par mois surtout en saison hivernale. « Nous détectons beaucoup de maladies ici, parmi ces maladies en premier, on note le paludisme, 8 malades sur 10. La tuberculose, nous en détectons pleins » explique le Dr Djibril Camara responsable de l’hôpital de AMECEL Dar-es-Salam. La fumée qui s’échappe du dépotoir est la cause principale de plusieurs infections respiratoires. « A la longue, cette fumée peut même provoquer le cancer de poumons, parce que tout simplement les gens n’ont pas le même système immunitaire, d’autres sont fragiles d’autres sont résistants » alerte le médecin, tout en exhortant les populations à se protéger. « Je recommande aux populations de porter des bavettes, dormir sous les moustiquaires, rendre leurs habitations propres. Et aussi de veiller sur les enfants, les personnes qui toussent beaucoup à cause de la fumée qui sont asthmatiques ou qui ont des infections respiratoires. Je leur conseille de changer d’environnement, de quitter le quartier et chercher un autre logement » conclut Dr Djibril Camara responsable de l’hôpital de AMECEL Dar-es-Salam.

Valoriser les déchets

Aujourd’hui, la Guinée doit prendre conscience de la valeur des déchets. Déplacer la décharge de Dar-es-salam vers une nouvelle localité pourrait favoriser la création d’usines de transformation. Abdoulaye Fall, expert sénégalais, souligne : « Il est crucial d’installer des centres d’enseignement technique près de Conakry pour traiter les déchets localement. Nous devons mettre en place une infrastructure rapide pour réhabiliter le site, en explorant les opportunités de valorisation des déchets à grande échelle. Le recyclage doit devenir central pour réduire le volume des déchets et établir un système circulaire. »

Abdoulaye Fall ajoute : « Actuellement, le taux de recyclage en Guinée est inférieur à 5%. Il est essentiel de sensibiliser et de changer nos pratiques pour favoriser un système où le recyclage prévaut sur l’accumulation. Si nous pouvons passer de 5% à 80% voire 90% de recyclage, avec seulement 10% de décharge, cela résoudrait grandement le problème ». Le spécialiste précise que, cela nécessite « un engagement durable et une prise de conscience collective. »

La pollution de l’environnement, les déchets de tout genre retrouvés dans ce dépotoir de Dar-es-salam est un risque pour la santé publique. Elle est une étape majeure de développement des maladies comme les maladies pulmonaires, d’yeux, de la peau, et de l’asthme etc.

Ce reportage est réalisé dans le cadre du Projet Terra Africa piloté par CFI Media.

Fanta Barry et Ibrahima Sory Bah 

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Oumar Bagou

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