Coronavirus en Guinée : des patients guéris de la maladie sous les feux des projecteurs de la stigmatisation

Le covid-19 a provoqué une stigmatisation sociale et des comportements discriminatoires qui en résultent à l’encontre des patients guéris de la pandémie de coronavirus. Cette situation repose sur la peur que ces gens puissent représenter encore un danger.

Que cela soit connu ou pas, les personnes guéris du covid-19 ont été rejetées par leur famille, leur proche ou mis à la rue par le propriétaire  de leur logement. Déjà confrontés à la maladie, des guéris ont fait face à la discrimination.

Il s’appelle Mamadou Mouctar Baldé, 35 ans, agent commercial. Il a été testé positif au coronavirus en juin dernier. Admis au centre de traitement épidémiologique de Nongo (dans la commune de Ratoma), où étaient hospitalisées plusieurs personnes atteintes par le virus, il a été déclaré guéri après quelques semaines de traitement. Mais depuis sa sortie, son monde s’est effondré.

Mon concessionnaire a refusé l’accès à ma chambre

« Dans tout le voisinage, je suis stigmatisé et personne n’ose s’approcher de moi. Je me sens vraiment délaissé. Personne ne choisit d’être malade, c’est une situation mondiale. Beaucoup de gens sont en train de mourir du covid-19. On devrait encourager ceux qui sont guéris plutôt que de les discriminer. La nuit où je suis sorti de l’hôpital, mon concessionnaire m’a refusé l’accès à ma chambre. J’ai mon attestation délivré par le centre de traitement après ma guérison, mais personne ne croit à tout cela. A l’heure où je vous parle, je suis sans abri, » témoigne-t-il.

Mamadou Mouctar Baldé n’est pas le seul dans ce cas précis. Cette femme infirmière  d’une quarantaine d’années, qui souhaite garder l’anonymat habite dans le quartier de Yattaya en haute banlieue de Conakry. Elle explique qu’elle est elle aussi victime de discriminations au sein de sa belle-famille.

Les distances de mon mari et les moqueries de sa famille

« J’ai choppé le virus au boulot et j’ai été admis dans un centre de traitement de la place. Heureusement, je suis guéri. Mais depuis que je suis sorti du centre il ya 1 mois, mon mari a brusquement changé à mon égard tout en prenant ses distances. C’est sa famille qui le monte à mon encontre du genre, de me divorcer, sans quoi je vais l’infecter et infecter nos enfants etc. Et aussi, je fais l’objet de moqueries de la part du voisinage, qui, sait que je suis infirmière. Pour eux, c’est le personnel soignant qui propage le virus dans les communautés. C’est vraiment triste, » explique-t-elle, résignée.

S’auto-stigmatiser conduit au suicide

Cette perception négative peut entraîner parfois un malaise chez les guéris du coronavirus. « Quelques fois les guéris du covid-19 sont stigmatisés, rejetées. Quand on rejette quelqu’un, cela l’entraîne à s’auto-stigmatiser et cela lui conduit à l’isolement ou bien au suicide. Avec des cas pareils, la société doit être condamnée en général, » souligne, Zainoul Traoré, enseignant chercheur au département Sociologie de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia.

En raison de cette stigmatisation, de nombreuses personnes atteintes de la maladie pourraient préférer se taire et cette dissimulation pourrait accélérer la propagation du virus dans les différentes communautés.

  Amadou Dari DIALLO

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