dimanche 16 juin 2024 :
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Biodigesteur : entre bien-être en milieu rural et vecteur d’atténuation du réchauffement climatique

Le biodigesteur est un dispositif qui permet d’obtenir du biogaz en transformant les déchets organiques ou les déjections humaines ou animales à travers une fermentation anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène. Il permet de réduire la pression sur les ressources forestières et à assurer un bien-être aux communautés rurales. En Guinée comme dans d’autres pays de la sous-région, cette technologie constitue un outil important d’atténuation des effets du réchauffement climatique.

Le biodigesteur présente des avantages socio-économiques et écologiques très bénéfiques, il fournit une source d’énergie abordable et accessible. Ainsi il améliore les conditions de vie des populations rurales, en particulier les femmes et les enfants, il contribue à améliorer la fertilité des sols et accroît les rendements agricoles grâce à son fertilisant bio, obtenu sous forme d’effluents.

Obtention du biogaz

Le processus consiste à mélanger de l’eau avec de la bouse de vache et verser ce mélange dans le bassin d’entrée du biodigesteur. Ensuite, le mélange s’achemine dans le dôme où il subit une fermentation anaérobie, et puis le biogaz produit sort à travers un système de plomberie pour alimenter la cuisine et la lampe en éclairage.  « Le biogaz produit par cette technologie est composé de méthane (55 à 85%), de gaz carbonique (25 à 45%), d’azote, d’oxygène, d’hydrogène sulfuré et d’eau », explique Elhadj Mamadou Sow, Chargé de la technologie du biodigesteur à l’agence nationale de la promotion de la technologie du biodigesteur. Pour avoir un biodigesteur, il faut posséder un bétail de huit têtes de vache en moyenne. Sa mise en œuvre a donc rapidement trouvé son chemin étant donné que l’agriculture et l’élevage représentent les principales activités en Guinée, potentiellement en zones rurales.

Troupeau vache

Un potentiel, un outil d’atténuation en Guinée

L’option de la technologie du biodigesteur est importante comme outil d’atténuation des impacts liés aux changements climatiques. « Car, la Guinée regorge un potentiel de 800 000 biodigesteurs évalués dans tout le pays », selon l’agence de promotion de la technologie du biodigesteur en Guinée. Créée en janvier 2021 suite à la fin du projet biogaz, l’Agence Nationale de la Promotion et de Technologie du Biodigesteur a pour mission de faire la promotion de la technologie du biodigesteur dans le pays afin de consolider les résultats obtenus à travers le projet biogaz. Ce projet financé par le fonds pour l’environnement mondial (FEM) exécuté par le PNUD sous la tutelle du ministère de l’environnement, des eaux et forêts à l’époque a permis la construction de 1600 biodigesteurs répartis dans 28 préfectures sur 33.

Avantage du biodigesteur

Les effluents obtenus dans ce processus sont très riches en compost pour rendre les sols très fertiles et accroître les rendements agricoles et remplacent les engrais chimiques.

Outre les avantages socio-économiques que le biodigesteur offre c’est à dire, favoriser l’amélioration des conditions de vie des personnes particulièrement les femmes et les enfants en les fournissant de l’éclairage, il permet aux enfants d’étudier la nuit et le jour en attribuant le temps consacré la recherche de bois de chauffe à d’autres activités plus bénéfiques comme les études. Cette technologie a d’ailleurs permis la scolarisation des jeunes filles en milieu rural et aussi en réduisant leur vulnérabilité. La technologie du biodigesteur en milieu rural a également permis de réduire considérablement les risques d’insécurité et des maladies liées à l’utilisation du bois de chauffe ou du charbon, particulièrement chez les femmes et les enfants.

Des expériences réussies

Le projet avait installé principalement trois types de biodigesteur, le plus récurrent est le biodigesteur à dôme fixe appelé aussi domestique avecune capacité de 6m3. « Il a besoin d’un ratio journalier de 60 kg de matière organique (bouse de vache ou crottin de porc) pour produire 5 m3 de gaz par jour. Une capacité suffisante pour alimenter une cuisine contenant deux réchauds durant 4 à 6 heures et une lampe biogaz de 5 à 6 heures. Il produit aussi 220 litres de composts naturels », explique Elhadj Mamadou Sow, Chargé de la technologie du biodigesteur à l’agence nationale de promotion de la technologie du biodigesteur. Selon lui, ce type de biodigesteur préserve 4,5 tonnes de bois de chauffe équivalent à 0,3 hectares par an.

Les bénéficiaires s’en félicitent

Cette jeune dame rencontrée à Kindia, utilise le biodigesteur depuis quelques moments, sa satisfaction est immense. « Avant, on partait en brousse même étant en état de famille pour chercher du bois mort pour faire la cuisine. On s’expose aux morsures des serpents venimeux ou à des attaques d’animaux féroces. Avec le bois de chauffe, on s’expose aussi à la chaleur ardente du feu qui peut parfois conduire à des maladies. Heureusement pour nous, nous avons bénéficié de ce biodigesteur qui nous évite tous ces problèmes. On utilise la bouse de vache qui permet de faire la cuisine à chaque fois que c’est nécessaire », se réjouit Mamata Sylla utilisatrice de biodigesteur domestique dans la localité de Gbereakhorie, située à 13 km du centre-ville de Kindia.

Naby Sylla, octogénaire assis sur sa chaise devant sa maison, utilise le biodigesteur domestique depuis plusieurs années. Il raconte fièrement comment l’utilisation de cette technologie a amélioré son bien-être. « L’avantage du biodigesteur est favorable, on ne part plus chercher du bois de chauffe. L’environnement est bien protégé, le biodigesteur remplace le charbon de bois et le bois de chauffe, avec lui on peut cuire n’importe quelle sauce », se félicite Naby Sylla.

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Des utilisateurs de biodigesteur à Kindia

Disposant d’une bananeraie, il a constaté une nette amélioration de son rendement depuis qu’il a commencé à utiliser le biodigesteur. Pour lui : « l’engrais issu de son biodigesteur n’est pas comparable à celui chimique qu’il utilisait auparavant ». Grâce à l’expérience du Burkina Faso, pays membre de l’Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l’Ouest et Centre, tout comme la Guinée, l’octogénaire parvient à utiliser rationnellement son engrais ce qui lui a valu un bon résultat aujourd’hui.

« Avec l’effluent, on arrose un bol de 2 litres les pieds de banane après on met de la terre. C’est plus rentable que les autres engrais. La conservation est meilleure aussi par rapport aux autres engrais. La banane peut mûrir et rester une semaine sans pourrir, un régime de banane peut donner jusqu’à 30 kg », explique-t-il dans un air satisfait. A l’en croire, sa bananeraie avait servi de cadre de formation, « Quand les burkinabés sont venus, ils ont appelé tous les gens de la région ici, nous avons fait 10 jours ici avec les burkinabés », se rappelle-t-il.

De l’autre côté, au cœur de la préfecture de Boffa 135 km de la capitale Conakry, un groupement dénommé l’Union pour la Renaissance de l’agro-pastorale à Koukouboui constate également une croissance notable de ses rendements agricoles, une réduction de ses dépenses en diesel et son empreinte carbone grâce à son biodigesteur à dôme flottant appelé aussi semi-industrielle.

Évoluant dans l’élevage, l’agriculture et l’extraction de l’huile de palme, le groupement n’a pas eu du mal à faire fonctionner son biodigesteur. Car il disposait à son introduction 75 têtes de vaches et un forage d’eau, suffisant pour faire fonctionner un biodigesteur de grande taille.

Ce biodigesteur à dôme flottant d’une capacité de 30 m3qu’il dispose est assez performant. « Il produit 8 m3 de gaz par jour avec un ratio journalier de 200 kg de matière organique et 200 litres d’eau, il est connecté directement à un groupe électrogène, ce qui réduit complètement la consommation du groupe électrogène en diesel », explique Elhadj Mamadou Sow, Chargé de la technologie du biodigesteur à l’agence nationale de promotion de la technologie du biodigesteur.

A travers cette connexion, le groupe électrogène ne consomme qu’un litre de gasoil par jour et il fournit également de l’électricité à deux maisons et une unité d’extraction d’huile de palme, « on utilise du biogaz pour l’extraction d’huile, ça nous a permis de réduire à près de 70 % les dépenses en gasoil et c’est bénéfique pour nous », AffirmeAbdoul Rahim Bah, membre du groupement L’URAK, bénéficiaire du biodigesteur semi industrielle à Koukouboui.

L’utilisation du biodigesteur a changé leur quotidien, elle a permis au groupement d’économiser de l’argent et d’accroître leur rendement agricole, malgré des difficultés rencontrées au début par manque de connaissances quant à l’utilisation du l’effluent, « au niveau de la culture maraîchère, nous avons surdosé les plants par méconnaissance. C’est madame Sylvie du Burkina qui m’a une fois expliqué comment utiliser l’effluent » se souvient-il.

Du fourneaux a gaz produit par le biodigesteur

Des fourneaux à gaz alimentés par le biodigesteur

Aujourd’hui il se réjouit que les plantes soient toutes vertes en cette période de saison sèche. « Le Biodigesteur est bon, il permet de réduire la coupe abusive du bois et avoir de l’éclairage », argue-t-il en souriant. En termes d’impact environnemental, leur empreinte carbone est fortement réduite à ce jour, a-t-il affirmé. 

Défis et Perspectives !

Cependant, bien que l’utilisation du biodigesteur comporte des avantages pour l’environnement et le bien être des communautés, son acquisition exige un certain nombre de critères qui rendent difficile son accès. Il faut par ailleurs disposer en moyenne 8 têtes de vache pour en disposer un. Avec l’agence nationale de promotion de la technologie du biodigesteur le coût varie entre 9 à 10 millions de franc Guinéens selon les régions. La transhumance des bétails favorise également l’abandon de la technologie. « Il y a eu des clients qui ont abandonné leur biodigesteur parce qu’ils ont déplacé leur bétail », affirme Elhadj Mamadou Sow, Chargé de la technologie à l’agence de promotion de la technologie du biodigesteur.

L’utilisation de la technologie du biodigesteur est très prometteuse dans la préservation de l’environnement. Elle permet de freiner la pression sur les ressources forestières. Un biodigesteur qui fonctionne régulièrement permet de préserver 0,28 hectares de forêt par an et aussi permet de capter 6,02 tonnes équivalent en carbone selon le Dr Mamadou Saliou Boiro, directeur de l’agence nationale de promotion de la technologie du biodigesteur.

Sa promotion dans le pays est nécessaire car de nos jours en Guinée, plus de 80% des principales sources d’approvisionnement en énergie proviennent de la biomasse. Entre 2018 et 2019 le bilan faisait état de 52,1% de bois et 46,3% de charbon de bois comme principal combustible utilisé pour la cuisine selon l’institut national de la statistique dans son annuaire statistique de 2022. Ces statistiques démontrent ainsi l’ampleur de la déforestation dans le pays, favorisant le dérèglement climatique avec des conséquences désastreuses sur l’environnement.

Fanta Barry et Ibrahima Sory Bah

Ce reportage est réalisé dans le cadre du Projet Terra Africa piloté par CFI Media.

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Oumar Bagou

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