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Mangrove : un écosystème vital en péril dans la zone côtière guinéenne

Mangrove : un écosystème vital en péril dans la zone côtière guinéenne

Saviez-vous que les mangroves préviennent l’érosion côtière, améliore la qualité de l’eau, hébergent, nourrissent et favorisent la reproduction des espaces aquatiques tout en assurant la biodiversité. Elles constituent également un puits carbone par excellence. Mais cet écosystème marin est envahi par les actions anthropiques et l’urbanisation anarchique nous exposant à des enjeux climatiques inquiétants.

Bien que les forêts claires et secondaires soient les plus touchées par la déforestation, la mangrove subit aussi une destruction inquiétante en Guinée. Sur la période entre 2015-2020, elle en a perdu 9 072 hectares de ses surfaces alors qu’en 2014 elle était 217 131 hectares selon la situation des forêts du Niveau de Référence d’émission des forêts (NERF) présenté dans le CDN de la Guinée de 2021. L’émission liée à la déforestation de la forêt de mangrove est de 2 002 256 kilos tonnes carbone équivalent par an selon le même document.

Cette destruction de la mangrove se matérialise malheureusement à Sondo dans Tabounsou dans la préfecture de Coyah. Tout au long de cette baie, la forêt tropicale que représente la mangrove fait fasse à la construction anarchique et à la coupe du bois au détriment de l’environnement, de la biodiversité et des communautés riveraines.

Il fait de plus en plus chaud

Autrefois zone humide par excellence, aujourd’hui , rien de tel n’est ressenti dans cette localité. La température monte en ce mois de Mai, les citoyens se plaignent d’une chaleur inhabituelle. « Avant quand tu te couchais, il y avait certes la chaleur mais pas de chauffage. Cependant, entre 1h-2h de la nuit, la fraîcheur prend le relais. Si tu n’es pas habitué à la fraîcheur tu seras obligé de te couvrir. Mais maintenant, il y a une sorte de chauffage jusqu’au matin. Même quand tu es assis sous un manguier c’est un vent chaud qui souffle. Nous sommes sans solution face à ce problème », regrette Bangoura Aboubacar, natif de Sondo.

L’effet anthropique est perceptible sur cette zone, des tas de bois destinés pour la chauffe sont rangés un peu partout, des soubassements pour la clôture des maisons vont jusqu’à l’intérieur de la mangrove. Des signes forme de croix marqués sur certains murs indiquant qu’ils doivent être cassés à cause de leur agression sur la mangrove, parfois par méconnaissance des conséquences. « Ils ignorent les conséquences par rapport à ces coupes de bois là, parce qu’une fois que ces bois là sont coupés, ça dégrade non seulement l’environnement, mais aussi la rareté des espèces de poissons qui ne se développent pas à ce niveau là maintenant, ça devient un problème pour les populations riveraines », explique Dr Abdoulaye Ibrahima Camara, chercheur au Centre de Recherche Scientifique de Conakry-Rogbanè.

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La dégradation avancée de cette zone a déjà entraîné la disparition des casiers rizicoles qui garantissaient autrefois la sécurité alimentaire des populations riveraines. « Comme vous constatez sur ces sites, c’était des casiers rizicoles, mais à cause de la montée des eaux salines, nous avons perdu une partie de ce terrain », remarque le chercheur.

Tout cela s’explique par la disparition de la mangrove, car elle joue le rôle de protecteur, c’est-à -dire lorsque la mangrove est coupée ça favorise la montée des eaux salines qui empêche le développement de la culture du riz. La mangrove joue aussi le rôle d’interface entre l’écosystème marin et celui terrestre, « elle joue le rôle écologique parce que c’est là où plusieurs espèces de poissons se reproduisent », précise le Dr Camara.

La mangrove regorge également des vertus thérapeutiques, notamment les rhizophora, les avicennia et d’autres comme les tamarinds qui remplissent une valeur nutritive. « Le rhizophora qu’on appelle kinsi, est un anti-anémie, ça traite l’hémorroïde, les poissons se nourrissent également de ses grains. Quand vous prenez l’avicennia, ça traite la maladie de jaunisse, le palu. Donc vouloir détruire la mangrove, on se fait du mal contre nous », affirme Bangoura Fode Bassy, chercheur au Centre de Recherche Scientifique de Conakry-Rogbanè.

Comment mettre fin à la destruction de la mangrove dans les zones côtière ?

L’une des activités pratiquées dans les zones côtières est la saliculture. Cette activité consiste à chauffer la saumure pour faire évaporer l’eau afin d’obtenir les cristaux de sels à travers des fours traditionnels qui sont à l’origine d’une part à la coupe de la mangrove notamment les rhizophora et les palétuviers. « Il faut échanger les pratiques qui dégradent l’environnement au profit de certaine pratiques plus innovantes et moins polluantes. Aujourd’hui il faut changer ces fours traditionnels en des fours modernes, au lieu que ces fours continuent à utiliser les bois ou les palétuviers issus de la mangrove, ils vont maintenant utiliser le courant ou bien d’autres sources d’énergie pour pouvoir diminuer la fréquence abusive du bois de la coupe de la mangrove », propose Habib Ly, membre de l’ONG, Agir Contre Les Changement Climatique.

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Le développement des foyers améliorés peut contribuer à réduire la consommation de bois issus de la mangrove. La bâche solaire en est une expérience qui est beaucoup plus sollicitée au niveau des zones côtières, cette solution permet aux femmes de faire leur saliculture à travers l’énergie solaire sans utiliser les bois issus de la mangrove.

La restauration constitue également une approche pour reconstituer les surfaces perdues. 

« Les superficies qui sont perdues, nous essayons de les reprendre en passant directement par le reboisement, on a appris avec les scientifiques qu’il y a deux principales espèces qui sont généralement reboisées. Le genre rhizophora et le genre avicenna », explique Aboubacar Soumah, coordinateur de projet de restauration de la mangrove au sein de l’ONG Guinée Écologie.

Quand les superficies sont grandes parsemées, ils appliquent une autre stratégie appelée régénération du naturel, qui consiste à accompagner la nature à se restaurer. Par exemple sur les zones côtières abandonnées par les communautés, où l’agriculture était pratiquée. Les communautés développent des digues qui bloquent la circulation de l’eau. « Nous, pour favoriser la restauration naturelle de cet écosystème, nous contribuons à anéantir et à aplanir ces digues là, et à restaurer le système de circulation de l’eau. Donc, si les systèmes naturels sont restaurés, les grains sont acheminés directement par les courants de marée et favorise la restauration des zones perdues », souligne Aboubacar Camara.

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La destruction de la mangrove entraîne la disparition des ressources aquatiques, et des vertus thérapeutiques qu’elle procure. Elle anéantit également sa capacité de séquestration de carbone, favorisant le réchauffement climatique et des épisodes d’inondations au détriment de ceux qui dépendent d’elle.

Ibrahima Sory Bah et Fanta Barry

Ce reportage est réalisé dans le cadre du Projet Terra Africa piloté par CFI Media.

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Oumar Bagou

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