Mamou : « les forêts deviennent vulnérables… » inquiétude de l’inspecteur régional des eaux et forêts

La région de Mamou, située à 250 km de Conakry, est dotée d’un climat tropical, et de plusieurs forêts classées. Mais, malgré les efforts fournis par les autorités, les menaces environnementales sont réelles dans la région. Déjà, le constat est que peu d’aspects de la vie resteront en marge des graves conséquences de la dégradation de l’environnement. Mamadou Tounkara, inspecteur régional des eaux et forêts de Mamou dresse le bilan des activités de reboisement et tire la sonnette d’alarme sur les effets du changement climatique de plus en plus inéluctable. Interview.

Universciences : un réchauffement climatique couplé à la pandémie de coronavirus cette année, dites-nous comment se porte l’environnement dans la région ?

Mamadou Tounkara : dans la région de Mamou, l’environnement se porte bien. L’initiative présidentielle de 2019 a permis d’appuyer le Ministère de l’environnement dans l’exécution des activités de reboisement. Sur ce, la région de Mamou a été appuyée à hauteur de 45 hectares répartis entre les trois (3) préfectures. D’abord, la préfecture de Mamou a eu 27 hectares, ensuite la préfecture de Dalaba a bénéficié de 10 hectares et enfin la préfecture de Pita a eu 8 hectares. Ces activités ont été exécutées au courant de l’année 2019.

En dehors de ces activités, il y a eu plusieurs activités d’ONG, des organisations de la société civile, des services déconcentrés et des communautés. Ce qui a fait qu’en 2019 nous avons eu 174,19 hectares de réalité. Par ailleurs, en fin d’année, nous étions obligés de faire le bilan de l’initiative présidentielle. Un plan d’action qui prenait en compte 16 activités, devrait être réalisé en 2020. Parmi ces 16 activités, nous avons pu réaliser 13 activités compte tenu de la pandémie de coronavirus.

Du 15 novembre au 31 décembre, nous faisons la mise des feux précoces. Ensuite, nous mettons les allergènes de pépinière. Nous avons également l’axe assainissement piloté par les communautés. Donc, nous avons fourni 120 agents venant des services de l’Etat, des services déconcentrés, des assistants communautaires, des relais communautaires et des conseils communaux. Dans la sous-préfecture de Dounet et celle d’Ourékaba nous avons déclenché 508 villages dont 230 villages à OuréKaba et 278 villages à Dounet. Parmi ces 508 villages nous avons pu certifier 489 villages. Il ya donc manque à gagner  pour 19 autres villages.

Universciences : selon vous, la pandémie de coronavirus a mis un coup de frein sur certaines activités, allez-vous réaliser ces activités non exécutées ?

Mamadou Tounkara : nous avons prévu de relancer les activités qui n’ont pas été exécutées au courant de l’année 2021. Il est prévu également la sensibilisation des communautés autour des instruments juridiques. Cela se fera en langues nationales, parce que quand on travaille avec des personnes, il est nécessaire de leur parler dans une langue accessible. Aujourd’hui, nous avons la gestion de 36 forêts dans la région dont 18 forêts classées à Mamou, 7 forêts classées à Dalaba et 11 forêts classées à Pita.

Universciences : Y a-t-il un risque réel de dégradation de l’environnement à Mamou ?

Mamadou Tounkara : Il faut le reconnaître, aujourd’hui les forêts sont vulnérables, avec le changement climatique, les gens s’attaquent aux berges des cours d’eaux. Les fabricants de briques cuites, les agriculteurs qui pratiquent la culture maraîchère s’attaquent aux berges des cours d’eau. On assiste aussi à une coupe abusive du bois vert pour l’alimentation des fours à pain. Certains sont capables même de détourner certains cours d’eau. Avec tous ces facteurs dégradants, on assiste à l’avancée du désert par certains endroits dans la région. C’est effectif, quand on parle de changement climatique, cela a une mauvaise répercussion sur l’environnement.

Universciences : avec la baisse du niveau d’eau dû aux changements climatiques, y a-t-il un risque de disparition de certains cours d’eaux à Mamou ?

Mamadou Tounkara : Le problème lié aux changements climatiques n’est pas spécifique à la région de Mamou seule, c’est un problème d’ordre mondial. En occident par exemple, on assiste à la fonte des glaciers qui entraîne des inondations. Si on tient compte de l’histoire, dans les temps jadis il y avait beaucoup de cours d’eaux qui ont disparu dans certaines villes. Certains cours d’eaux aussi sont saisonniers. Les mauvaises  pratiques agricoles, notamment la culture sur brûlis, ont contribué à la dégradation de l’environnement.

Universciences : en partie, ce sont les activités de l’homme sur terre qui constituent ces facteurs dégradants de l’environnement, alors, avez-vous impliqué les populations dans la protection des acquis environnementaux ?

Mamadou Tounkara : C’est l’une des raisons fondamentales de notre mission ici. Nous sommes là pour couronner non seulement l’instrument juridique mais aussi toutes autres activités liées à la protection de l’environnement. Nous le faisons aujourd’hui avec les communautés. C’est d’ailleurs une partie du plan d’action qui doit être réalisé en 2021 et qui implique la traduction des textes juridiques pour les rendre plus accessibles chez les communautés. La majeure partie de ces forêts ont été classées de 1936 à 1948. Depuis cette époque, presqu’aucune forêt n’a été classée. C’est pourquoi, la responsabilité du déclassement d’une forêt ne relève que du président de la République.

Universciences : quels messages avez-vous à l’endroit des populations locales qui font au quotidien des activités néfastes et dégradantes sur l’environnement ?

Mamadou Tounkara : le temps nous a renvoyé trois types de sols dû aux changements climatiques aujourd’hui. Les sols dégradés; les sols érodés et les sols dégradés et en même temps qu’érodés. Mais malheureusement tout cela est dû à l’activité de l’homme sur terre. Donc, les populations doivent connaître et appliquer les bonnes pratiques afin de protéger l’environnement. L’utilisation abusive des pesticides qui polluent les eaux continentales est un problème majeur pour notre environnement. Si nous parlons de forêts classées c’est parce que nos aînés les ont protégé contre les facteurs dégradants. Il faut nécessairement que les populations acceptent de limiter les effets néfastes sur les forêts classées.

 

Propos recueillis par Mamadou Kindy Bah de retour de Mamou pour L’AJSG

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