Covid19 et élection : « la probabilité d’enregistrer de nouveaux cas à travers ces campagnes est plausible » prévient Alioune Camara

Durant des mois, les politiques ont quitté les startings blocks laissant le coronavirus sur la ligne de départ. Pire, le virus a malmené toutes les activités politiques. Malgré tout, la mobilisation de la majorité des guinéens à battre campagne en vue du scrutin présidentiel du 18 Octobre prochain, anime la vie politique. Drainer des foules c’est le sport favori des politiciens, alors que la politique reprend petit à petit ses droits, avec tous les risques liés à la contagion. Le professeur d’épidémiologie à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Alioune Camara, parle sans détour à Universciences.

Universciences : le risque de propagation du virus est élevé. Est-ce qu’il ya des probabilités de contamination en ce temps de campagne ?

Alioune Camara : la probabilité qu’on est de nouveaux cas à travers ces campagnes-là n’est pas nulle. C’est-à-dire, avoir à peu près moins de 10% de taux de positivité. Donc la contamination va se multiplier. Imaginez-vous ce qui se passe, on avait à peu près 3 personnes contaminées sur une population de 100. Encore, on a 10 personnes pour une population de 100. Le taux de transmission va s’élever et on aura beaucoup plus de cas positifs que ce qu’on a observé.

Universciences : y a t-il des mesures au-delà des gestes barrières qu’il faut préconiser ?

AC : non. Au fait, celles qui sont reconnues sont déjà suffisantes. Principalement porter le masque, c’est vraiment l’une des stratégies qui ont montré leur efficacité. Egalement se laver les mains autant de fois qu’il est possible. Utiliser les solutions hydro-alcooliques à chaque fois. Et si possible, éviter les contacts rapprochés. Mais j’avoue que pendant la campagne, c’est très compliqué d’éviter que quelqu’un vous touche.

Universciences : selon vous pourquoi c’est difficile pour les gens qui mobilisent pendant la campagne électorale de respecter ces gestes barrières ?

AC : c’est difficile, il faut l’avouer lorsque vous avez la population qui se réunit à un endroit, le respect des mesures barrières devient compliqué. Dans la plupart du temps, ce sont des activités qui se font à des moments festifs, maintenir l’ordre dans cette situation apparaît compliqué. Je pense, en plus d’avoir ces mesures barrières, les partis politiques devaient s’atteler à faire de la sensibilisation à l’endroit des militants en portant le message que le risque de contamination est toujours présent. Pas parce qu’on est en campagne, il ne faut baisser les bras devant cette infection.

Universciences : avez-vous d’autres conseils à donner notamment aux militants des partis politiques  qui doivent jouer un rôle important dans la lutte contre la propagation du virus ?

AC : je n’ai pas envie de faire peur. L’Etat a atténué les mesures de restrictions parce que le taux de propagation a baissé. Les restrictions ont fatigué toute la population, on connaît l’impact socio-économique que cela à donner sur la vie des gens. Si jamais on se lâche et que la contamination reparte de plus belle, qu’on connaisse à nouveau un pic ; l’Etat sera dans l’obligation de remettre en place ces mesures barrières là avec toutes les conséquences que cela peuvent apporter. Nous devons maintenir le cap, on a tout à y gagner.

 

Propos recueillis par Hadiatou BARRY

Décryptage Amadou Dari DIALLO

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