Aller au contenu
À la une
Virus des moustiques en Guinée : une étude révèle une circulation discrète dans huit régions16 séances de chimiothérapie : M’balia Batchily raconte son combat contre le cancer du seinSurdité en Guinée : quand la perception sociale complique le suiviÀ l’UGANC, 206 diplômés appelés à transformer leurs recherches en solutions pour la GuinéeLe vinaigre de cidre, la cannelle, le thé vert et le clou de girofle ne « tuent » pas le sucre dans l’organisme des diabétiquesRetards cardiaques à Conakry : ce que révèle une étude guinéenneDécoction de corossol, citronnelle et cendre pour traiter tous les cancers : attention à ce remède dangereux pour la santé NON, les graines de fenugrec ne peuvent pas remplacer les médicaments contre le diabète comme l’affirme Barry PellalVirus des moustiques en Guinée : une étude révèle une circulation discrète dans huit régions16 séances de chimiothérapie : M’balia Batchily raconte son combat contre le cancer du seinSurdité en Guinée : quand la perception sociale complique le suiviÀ l’UGANC, 206 diplômés appelés à transformer leurs recherches en solutions pour la GuinéeLe vinaigre de cidre, la cannelle, le thé vert et le clou de girofle ne « tuent » pas le sucre dans l’organisme des diabétiquesRetards cardiaques à Conakry : ce que révèle une étude guinéenneDécoction de corossol, citronnelle et cendre pour traiter tous les cancers : attention à ce remède dangereux pour la santé NON, les graines de fenugrec ne peuvent pas remplacer les médicaments contre le diabète comme l’affirme Barry Pellal
EpidémieScience

Virus des moustiques en Guinée : une étude révèle une circulation discrète dans huit régions

Capture macro détaillée d'un moustique Aedes albopictus sur peau humaine. © Pixels

Une enquête menée dans huit régions du pays révèle une circulation étendue, mais discrète, de virus transmis par des insectes. Le Zika et le virus du Nil occidental arrivent en tête. L’étude ne signale aucune épidémie en cours, elle montre surtout combien ces virus sont difficiles à repérer.

Aucune épidémie de grande ampleur n’a été officiellement signalée, et pourtant ces virus circulent. C’est ce que montre une étude conduite par des chercheurs guinéens du Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (CERFIG), rattaché à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, en collaboration avec des équipes françaises.

Ces travaux ont été publiés dans l’International Journal of Epidemiology, une revue scientifique internationale éditée par Oxford University Press pour le compte de l’Association internationale d’épidémiologie. Mis en ligne le 23 septembre 2026, ils figurent dans le volume 55, numéro 5 (octobre 2026), sous le titre « Spatial distribution and factors associated with the seroprevalence of arboviruses in Guinea: a nationwide cross-sectional survey », que l’on peut traduire par « Répartition géographique et facteurs associés à la séroprévalence des arbovirus en Guinée : une enquête transversale à l’échelle nationale ».

Les chercheurs ont analysé le sang de 1 098 personnes à la recherche des traces d’un contact passé avec huit virus. Résultat : 25 % d’entre elles (entre 22 et 28 % en tenant compte de la marge d’erreur, après ajustement statistique) en avaient rencontré au moins un.

Arbovirus, anticorps, séroprévalence : de quoi parle-t-on ?

Les arbovirus sont des virus transmis à l’être humain par des insectes ou d’autres arthropodes, le plus souvent des moustiques, parfois des tiques. L’étude en a recherché huit : la dengue, le Zika, le virus du Nil occidental, le virus Usutu, le chikungunya, le virus O’nyong-nyong, la fièvre de la vallée du Rift et la fièvre hémorragique de Crimée-Congo.

Les chercheurs n’ont pas cherché des malades. Ils ont cherché dans le sang des anticorps de type IgG, ces traces que le corps garde après avoir rencontré un virus. Mesurer la part de personnes qui portent ces traces, c’est calculer ce que les scientifiques appellent la séroprévalence. Le Dr Salifou Talassone Bangoura, auteur principal de l’étude, la définit ainsi :

« La séroprévalence correspond à la proportion de personnes dans la population chez lesquelles nous avons retrouvé des anticorps IgG dirigés contre les arbovirus. Autrement dit, la proportion des personnes ayant été en contact avec le virus à un moment de leur vie et qui ont développé des anticorps contre ce virus. »

Il insiste sur un point : « la présence de ces anticorps IgG chez une personne ne signifie pas qu’elle est actuellement malade. Elle indique plutôt une infection antérieure. » Le chiffre de 25 % veut donc dire qu’une personne testée sur quatre avait déjà croisé l’un des huit virus, souvent sans le savoir. Pour le chercheur, cela « sous-entend que les arbovirus circulent dans les régions sans qu’on s’en rende compte ».

Pourquoi une telle enquête ?

En Guinée, la surveillance de ces maladies repose surtout sur les patients qui se rendent dans les établissements de santé. Entre 2000 et 2024, elle a permis de confirmer 947 cas de fièvre jaune, dont 284 décès, deux cas de dengue, dont un décès, et un cas de chikungunya, sans décès. Mais cette méthode laisse passer beaucoup d’infections, notamment celles qui ne provoquent aucun symptôme ou des symptômes légers.

Les signes de ces maladies ressemblent en outre à ceux du paludisme, première cause de consultation, ce qui complique le diagnostic. Les capacités des laboratoires sont limitées et les agents de santé sont encore peu familiarisés avec ces virus. Quelques études existaient, mais elles portaient sur des groupes ou des zones précis : aucune n’avait encore mesuré l’exposition de la population à l’échelle du pays.

Comment l’enquête a été menée

Entre mai et juillet 2023, des équipes de terrain ont visité des ménages tirés au sort dans les capitales de huit régions administratives : Conakry (commune de Matoto), Boké, Faranah, Kankan, Kindia, Labé, Mamou et N’Zérékoré. Au total, 367 ménages, soit 1 098 personnes âgées de 5 ans et plus, ont participé.

Sept équipes, chacune composée de trois enquêteurs, d’un superviseur et d’un infirmier ou d’un médecin, ont interrogé les familles sur leur logement, l’accès à l’eau, l’usage de la moustiquaire et les abords des habitations. Elles ont aussi relevé les endroits où les moustiques peuvent se reproduire : déchets, épaves, jardins potagers. Quatre gouttes de sang prélevées au bout du doigt ont ensuite été déposées sur du papier filtre, puis analysées au CERFIG. Les adultes ont donné leur accord par écrit ; pour les mineurs, celui d’un parent ou d’un tuteur était exigé.

Ce que révèlent les résultats

Le Zika arrive en tête, avec 12,0 % des personnes testées, juste devant le virus du Nil occidental (11,6 %). Viennent ensuite le virus Usutu (3,8 %), le virus O’nyong-nyong (2,4 %) et la dengue (2,0 %).

Les écarts entre régions sont importants. L’exposition globale atteint 61,9 % à Kindia et 56,0 % à Boké, contre 37,0 % à Mamou et 22,2 % à Conakry. Elle tombe à environ 11 % à Faranah (10,8 %) et à N’Zérékoré (10,9 %). Boké se distingue pour le Zika (33,0 %), Kindia pour le virus du Nil occidental (46,6 %), et ces deux régions sont aussi les plus touchées par le virus Usutu (23,7 % à Kindia, 19,0 % à Boké).

L’âge joue un rôle net : la part de personnes exposées passe de 10,3 % chez les 5-14 ans à 49,1 % chez les 45 ans et plus. Pour les auteurs, cela traduit une exposition qui s’accumule au fil de la vie et une transmission silencieuse, installée de longue date. Les femmes sont aussi davantage concernées (29,2 % contre 22,4 % chez les hommes), et cet écart persiste une fois les autres facteurs pris en compte. Les personnes vivant dans des ménages aisés sont elles aussi plus souvent exposées. Enfin, certains participants avaient des anticorps contre plusieurs virus à la fois, le plus souvent le Zika et le virus du Nil occidental.

Pourquoi Boké et Kindia ?

Comment expliquer ces écarts ? Le Dr Bangoura avance plusieurs hypothèses : « La forte séroprévalence observée dans les régions de Boké et Kindia pourrait s’expliquer par plusieurs hypothèses, notamment des différences d’exposition humaine, la densité et la répartition des vecteurs (moustiques du genre Aedes, Culex et Anophèle), l’écologie et les conditions environnementales locales propres à chaque région. »

Ces deux régions de Basse-Guinée reçoivent entre 3 000 et 4 000 millimètres de pluie par an. Elles se caractérisent aussi, explique le chercheur, par « des activités agricoles et minières intenses, favorisant la prolifération de gîtes larvaires », c’est-à-dire de lieux où les larves de moustiques se développent.

À Kindia, ce sont surtout les cultures près des maisons qui sont en cause : « les pratiques agricoles à proximité immédiate des habitations, en particulier les jardins potagers, maintiennent des zones d’eaux stagnantes propices à la reproduction des moustiques ». À Boké, c’est l’activité minière, « souvent organisée en continu », qui favorise la création de lieux de reproduction. La ville est de plus un carrefour économique qui attire des populations d’autres régions et de pays voisins, et la région borde Kédougou, au Sénégal, déjà connue pour la circulation d’arbovirus. Pour le Dr Bangoura, cette mobilité compte :

« La mobilité humaine, notamment celle de personnes infectées mais asymptomatiques, représente un mécanisme potentiel d’introduction et de circulation silencieuse des arbovirus dans les zones périurbaines et urbaines […]. »

Les « asymptomatiques », ce sont les personnes infectées qui ne présentent aucun signe de maladie. Quant aux femmes, les chercheurs évoquent leur place centrale dans les activités du foyer (gestion de l’eau, jardinage, entretien des espaces extérieurs, soin des animaux), qui pourrait les exposer davantage. Toutes ces explications restent des hypothèses : une enquête menée à un instant donné permet de repérer des liens, pas d’établir une cause.

Ce que l’étude ne dit pas

Ces chiffres se lisent avec précision. Avoir des anticorps signifie avoir rencontré un virus par le passé, pas être malade aujourd’hui, et l’étude ne rapporte aucune épidémie en cours. Elle ne comporte pas non plus de données sur les moustiques eux-mêmes.

Autre limite : l’enquête s’est déroulée uniquement dans les capitales régionales. Les 25 % concernent donc les personnes testées dans ces villes, et non l’ensemble de la population. Le Dr Bangoura le reconnaît :

« Notre étude a été réalisée dans les capitales régionales et ne permet donc pas de décrire précisément la situation dans les zones rurales. Il serait nécessaire de mener des études complémentaires, notamment dans les différentes préfectures et en milieu rural, où les niveaux d’exposition et la dynamique de circulation des arbovirus pourraient différer de ceux observés en milieu urbain. »

Dernière précaution : l’absence d’un test dit de neutralisation, plus poussé, qui aurait permis de mieux distinguer des virus proches, a pu créer des confusions entre eux. Les auteurs soulignent toutefois que les cas d’anticorps multiples sont restés peu nombreux.

Par ailleurs, les faibles taux observés pour la dengue, le virus O’nyong-nyong, la fièvre de la vallée du Rift et la fièvre de Crimée-Congo ne signifient pas que ces virus sont sans importance : une large partie de la population ne les a jamais rencontrés et reste donc sensible. Les auteurs ajoutent que la circulation de plusieurs sérotypes (variantes) de dengue pourrait, comme ailleurs, accroître le risque de forme sévère.

Quelles suites ?

Pour les chercheurs, cette enquête apporte la première preuve, à l’échelle du pays, de la circulation simultanée de plusieurs arbovirus en Guinée. Ils appellent à renforcer la surveillance des maladies et celle des moustiques, à disposer de diagnostics fiables, à améliorer la lutte contre les vecteurs et la sensibilisation des communautés, et à mieux préparer la réponse aux épidémies futures. Ils recommandent aussi que les prochaines études croisent des données de santé, d’environnement et de climat.

Le Dr Bangoura conclut sur l’importance de renforcer la surveillance des arboviroses dans les structures sanitaires, ainsi que les mesures de prévention et de sensibilisation au niveau communautaire.

Partager

À lire aussi