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Science

Investissement scientifique : la Guinée loin des standards africains

Des biologistes en plein travail dans un laboratoire à Conakry © LeBagou @UniverSciences

L’Institut de statistique de l’UNESCO vient de publier sa mise à jour 2026 des statistiques mondiales sur la recherche et le développement (R&D), dans le cadre du suivi de l’Objectif de développement durable 9.5, qui vise à renforcer les capacités scientifiques et technologiques des nations.

Le constat est sans appel, l’Afrique reste en marge de l’économie mondiale de la connaissance, et la Guinée, elle, n’apparaît même pas dans le tableau des vingt pays africains les plus engagés en matière de R&D.

Une Afrique scientifique à plusieurs vitesses

Le continent africain consacre globalement 34,78 milliards de dollars à la recherche et au développement, un chiffre qui masque de profondes inégalités. L’Égypte domine largement avec 16,43 milliards de dollars investis, loin devant l’Afrique du Sud et le Nigeria. Rapportées au PIB, les dépenses de R&D confirment cette hiérarchie : l’Égypte alloue 1,03 % de son PIB à la recherche, suivie du Kenya (0,81 %), du Rwanda (0,79 %), de la Tunisie (0,75 %), de la Namibie et du Maroc (0,65 %), et de l’Afrique du Sud (0,61 %).

En Afrique de l’Ouest, c’est le Sénégal qui tire son épingle du jeu avec 0,58 % du PIB consacré à la R&D, s’imposant comme le moteur scientifique de la sous-région.

Dans l’espace UEMOA, des écarts saisissants

Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, les disparités sont frappantes. Le Sénégal (0,58 %) devance nettement le Burkina Faso (0,25 %) et le Togo (0,19 %). Plus surprenant encore, la Côte d’Ivoire, première économie de la zone, ne consacre que 0,07 % de son PIB à la recherche, révélant un décalage criant entre puissance économique et investissement scientifique.

Guinée, une quasi-absence préoccupante

Dans ce paysage déjà contrasté, la situation de la Guinée est particulièrement alarmante. Le pays investit moins de 0,1 % de son PIB dans la R&D, l’un des niveaux les plus faibles du continent, très loin de l’objectif d’au moins 1 % recommandé par l’Union africaine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, la Guinée compte moins de 50 chercheurs par million d’habitants, alors que la moyenne mondiale avoisine 1 400 chercheurs par million, et que l’Afrique du Sud en recense plus de 900. Les dépenses publiques en éducation ne dépassent pas 2,8 % du PIB, contre une moyenne de 4 % pour l’Afrique subsaharienne.

Des conséquences concrètes sur le développement national

Ce sous-investissement chronique n’est pas sans effet. Selon la Banque mondiale et l’UNESCO, un faible engagement en R&D freine la diversification économique, limite la création d’industries à forte valeur ajoutée, affaiblit la capacité d’innovation locale et réduit l’aptitude du pays à adapter ses réponses technologiques aux défis agricoles, sanitaires et énergétiques. En l’absence d’une recherche nationale robuste, l’économie guinéenne demeure largement tributaire des matières premières et des technologies importées.

Un risque de décrochage durable

Les rapports de l’UNESCO et de l’Union africaine sont formels, les pays qui investissent aujourd’hui dans la recherche bâtissent les fondations de leur industrialisation future. L’absence de la Guinée dans les classements africains constitue donc un signal stratégique que les décideurs ne peuvent plus ignorer.

Des efforts existent. Le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a récemment procédé à la signature des contrats de performance 2026 avec les Institutions de Recherche Scientifique (IRS) et les Centres de Documentation et d’Information (CDI). Une initiative encourageante, qui s’ajoute à la rénovation à l’équipement de certains laboratoires de certaines universités guinéennes, la création de la cité des sciences et de l’innovation de Guinée, mais dont les effets resteront limités tant que le niveau de financement demeurera en deçà des standards continentaux.

Sans une volonté politique forte, accompagnée d’investissements massifs et structurés, la Guinée risque de s’éloigner durablement de l’économie de la connaissance avec des répercussions profondes sur la croissance, l’emploi qualifié et la souveraineté technologique du pays.

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