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Paludisme : quand les mathématiques s’invitent dans la lutte contre la maladie

Les participants et formateurs à l'atelier tenue à Forékariah © Ibrahima Bathe Kaba

Le CERFIG, le projet WAMCAD et le réseau international AMMnet ont réuni en cette fin de Juillet 2026, à Conakry puis à Maferinyah, mathématiciens, chercheurs et cadres de la santé publique autour d’un même objectif : mettre les équations au service de la lutte contre le paludisme.

Comment savoir, avant même de les mettre en œuvre, si une campagne de distribution de moustiquaires ou une nouvelle stratégie de dépistage fera vraiment reculer le paludisme ? C’est la question à laquelle tente de répondre la modélisation mathématique, une discipline encore peu connue du grand public mais de plus en plus utilisée par les chercheurs en santé publique. En traduisant la propagation d’une maladie en équations, elle permet de simuler des scénarios, d’anticiper l’évolution d’une épidémie et d’orienter les décisions avant même d’agir sur le terrain.

C’est autour de cet outil que se sont mobilisés, fin juillet 2026, le Centre de Recherche et de Formation en Infectiologie de Guinée (CERFIG), le projet WAMCAD (West African Center for Applied Malaria Dynamics) et le réseau international AMMnet (Applied Malaria Modeling Network), à travers deux temps forts : une rencontre à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC), puis un atelier de formation de trois jours à Maferinyah.

Premier rendez-vous : les mathématiciens de l’UGANC découvrent le paludisme

Le 24 juillet, les étudiants et enseignants-chercheurs de l’Institut Ouest-Africain de Mathématiques (IOAM), rattaché à l’UGANC, ont participé à une réunion d’initiation organisée sur leur propre campus. Objectif : leur montrer comment leur discipline peut directement contribuer à la santé publique. Le professeur Alioune Camara a ouvert la rencontre en rappelant « l’importance de bâtir des ponts entre les mathématiques et la lutte contre les maladies infectieuses », avant de présenter le projet WAMCAD. M. Abdoulaye Bangoura et le Dr Ibrahima Kaba ont ensuite pris le relais pour introduire le réseau AMMnet, ses formations, ses webinaires et ses opportunités de collaboration scientifique.

C’est le Dr Alpha Oumar Bah qui a conduit la session principale : une introduction aux principes de base de la modélisation appliquée au paludisme, illustrée d’exemples concrets. Pour des mathématiciens habitués aux équations abstraites, voir leur discipline se déployer directement sur un enjeu de santé publique guinéen a suscité un vif intérêt, confirmé par une séance de questions-réponses animée qui a clôturé la journée.

Les participants à la réunion d’initiation à l’UGANC, le 24 juillet 2026.

À Maferinyah, trois jours pour se former aux outils de la modélisation

Quelques jours plus tard, du 27 au 29 juillet, le CERFIG et ses partenaires ont organisé un atelier plus approfondi au Centre National de Recherche et de Formation en Santé Rurale (CNRSR) de Maferinyah, dans la préfecture de Forécariah. Cette fois, le public visé était plus large : cadres du ministère de la Santé, responsables sanitaires déconcentrés, chercheurs, universitaires et étudiants, soit 19 participants au total, encadrés par cinq facilitateurs.

La formation s’est construite en trois temps. La première journée a permis de présenter le projet WAMCAD et le réseau AMMnet, avant une initiation au logiciel R/RStudio, un outil informatique gratuit très utilisé pour traiter et visualiser des données de santé.

« La valeur des données ne réside pas seulement dans leur collecte, mais surtout dans l’utilisation qui en est faite pour orienter les décisions et améliorer les interventions. »

Cette phrase, prononcée par une participante au cours des échanges, résume à elle seule tout l’enjeu de l’atelier.

La deuxième journée a permis d’approfondir la pratique de R/RStudio, avant deux présentations scientifiques : le Dr Abdourahmane Diallo a montré, par la modélisation, comment prédire l’impact de futures interventions antipaludiques en Guinée, tandis que le Dr Marouf Diallo a présenté une étude évaluant l’effet de la gratuité sélective des soins et du diagnostic différencié sur la charge du paludisme dans le pays, une démonstration concrète de la capacité des modèles à éclairer des choix de politique de santé.

La dernière journée, animée par le Dr Alpha Oumar Bah, a été consacrée à l’initiation à la modélisation mathématique elle-même. Les participants y ont découvert les « modèles compartimentaux », qui consistent à répartir une population en plusieurs groupes, individus sensibles, exposés, infectieux, guéris, vaccinés ou en quarantaine ; puis à modéliser mathématiquement la façon dont les personnes passent d’un groupe à l’autre au fil du temps. Réunis en petits groupes, les participants ont eux-mêmes construit leurs propres modèles, avant de les présenter et d’en discuter collectivement. Un modèle dit « SIR » (Sensibles-Infectieux-Guéris), l’un des plus utilisés en épidémiologie, leur a ensuite été présenté sous RStudio, concrétisant les notions abordées tout au long de la journée.

Travaux pratiques sur R/RStudio lors de l’atelier de Maferinyah, du 27 au 29 juillet 2026

Une communauté scientifique en construction

Au-delà des compétences techniques acquises, les deux rencontres ont surtout permis de rapprocher des mondes qui se croisent rarement : mathématiciens, épidémiologistes, cadres de santé publique et chercheurs. Les échanges ont mis en lumière un besoin réel de coordination, notamment avec la Direction Nationale de l’Épidémiologie et de la Lutte contre la Maladie (DNELM), et une volonté partagée de poursuivre ces formations, en les approfondissant et en les délocalisant à l’intérieur du pays.

Les participants ont été invités à rejoindre le réseau AMMnet, qui propose formations, mentorat et collaborations scientifiques à l’échelle internationale. Une manière, pour la Guinée, de se doter progressivement d’une expertise nationale en modélisation mathématique, un outil discret mais de plus en plus stratégique pour mieux comprendre les épidémies et, surtout, mieux les combattre.

Au-delà des connaissances techniques acquises en R/RStudio et en modélisation mathématique, l’atelier a favorisé le dialogue entre les différents acteurs du système de santé et a ouvert de nouvelles perspectives de collaboration en matière de recherche et de formation. Il a également mis en évidence le potentiel de la modélisation en tant qu’outil stratégique pour accompagner la planification, le suivi et l’évaluation des interventions de lutte contre le paludisme et d’autres maladies prioritaires en Guinée.

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