« Soigner sa bouche, c’est protéger tout son corps », déclare le Pr Fadiga

Pr Mohamed Sid-Dick Fadiga, enseignant à l'UGANC © Ministère de l'enseignement supérieur
Troisième fléau mondial, juste derrière le cancer et les maladies cardiovasculaires : les maladies de la bouche frappent quelque 3,7 milliards de personnes à travers le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, elles sont encore réduites à une affaire de sourire et de caries.
Lors des 2èmes Journées scientifiques d’odontologie de Guinée, le Pr. Mohamed Sid-Dick Fadiga, enseignant à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, a rappelé une réalité bien plus large : « une bouche négligée ne reste pas dans la bouche. Elle peut atteindre le cœur, dérégler le diabète, menacer une grossesse ».
La bouche, un maillon essentiel du bien-être général
La santé bucco-dentaire se définit comme l’absence de toute pathologie de la bouche capable de limiter la capacité de mordre, de mâcher, de sourire ou de parler, et donc d’entamer le bien-être psychosocial d’une personne.
« La santé bucco-dentaire ne se limite pas à l’apparence du sourire ou à la prévention des caries, la bouche joue un rôle essentiel dans plusieurs fonctions vitales, comme la mastication, déglutition, la parole et même la digestion. Lorsqu’un problème survient à ce niveau, c’est tout le système qui peut en être affecté », explique le Pr. Fadiga.
Les chiffres disent l’ampleur du problème. Selon l’OMS, la carie touche 60 à 90 % des enfants scolarisés et près de 90 % des adultes. Les maladies parodontales concernent, quant à elles, 15 à 20 % des adultes d’âge moyen, autour de 35 ans.
Comment la bouche agit sur le reste du corps ?
Pourquoi un tel poids ? Parce que la bouche n’est pas un territoire à part. « La cavité buccale abrite des milliards de bactéries, dans une bouche saine, cette flore vit en équilibre, mais dès que cet équilibre se rompt, le danger apparaît », souligne le Pr. Fadiga.
Ces micro-organismes peuvent causer des inflammations ailleurs dans le corps. Ainsi, ces infections non traitées peuvent devenir un facteur de risque pour d’autres affections.
Le conférencier insiste sur ce point : « Une mauvaise santé bucco-dentaire ne se limite pas à la bouche. Les bactéries et les infections dentaires peuvent migrer dans l’organisme et aggraver des maladies systémiques comme le diabète, les affections cardiovasculaires, rénales, articulaires ou neurologiques. »
Le mécanisme est concret. Une infection installée dans la bouche entretient une inflammation chronique. Certaines bactéries buccales peuvent aussi passer dans la circulation sanguine, parfois à la faveur d’un brossage trop vigoureux ou de soins mal réalisés. Ce phénomène, la bactériémie, peut entraîner des complications lorsque ces bactéries atteignent des organes comme le cœur ou les poumons. « Une bouche en mauvaise santé peut rapidement devenir source de déséquilibre pour l’ensemble du corps », ajoute Pr. Fadiga.
Autres liens avec certaines pathologies
Les liens avec les grandes maladies sont aujourd’hui documentés et le Pr. Fadiga les a passé en revue lors de ces 2èmes journées. Côté cœur, l’inflammation des gencives favorise le passage des bactéries dans le sang, ce qui peut enflammer les vaisseaux et augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral ou d’infarctus du myocarde.
L’endocardite, citée en exemple, illustre jusqu’où un foyer buccal peut atteindre cet organe.
Avec le diabète, la relation joue dans les deux sens. Un diabète non équilibré ou mal contrôlé aggrave les maladies des gencives, et inversement, une infection parodontale sévère rend la régulation de la glycémie plus difficile.
Pendant la grossesse, les infections bucco-dentaires non traitées sont reconnues comme un facteur aggravant, augmentant le risque d’accouchement prématuré ou de faible poids du bébé à la naissance. Du côté des poumons, les bactéries de la bouche, une fois inhalées, accroissent le risque de pneumonie, en particulier chez les personnes âgées ou dont les défenses sont affaiblies. La santé mentale, enfin, n’est pas épargnée : elle s’entretient mutuellement avec la santé orale, ce qui plaide, selon le conférencier, pour une prise en charge globale du patient.
4 gestes pour prévenir et se protéger ?
Face à ces risques, la prévention reste la meilleure arme. Le Pr. Fadiga insiste là-dessus : « La prévention est la meilleure approche pour protéger à la fois la bouche et la santé générale. Adopter une bonne hygiène bucco-dentaire permet de réduire l’inflammation, de prévenir les infections et de maintenir un microbiote équilibré ».
Pour cela, ajoute-t-il, l’OMS recommande quatre gestes au quotidien : « Se brosser les dents deux fois par jour, pendant au moins deux minutes, utiliser un dentifrice fluoré pour renforcer l’émail et prévenir les caries, nettoyer entre les dents, au fil dentaire ou à la brossette, là où la brosse ne passe pas, consulter un chirurgien-dentiste au moins une fois par an. »
La santé bucco-dentaire est bien plus qu’une question d’esthétique, elle influence directement le fonctionnement du corps humain et peut prévenir, sur le long terme, de nombreux problèmes de santé. « En prendre soin, c’est investir dans le bien-être global », conclut le Pr. Fadiga.
À lire aussi
SantéScience
Dengue, fièvre jaune, virus West Nile : une étude guinéenne révèle une circulation silencieuse dans tout le pays
Une équipe de chercheurs guinéens vient de publier, dans la revue Tropical Medicine and Health, les résultats d’une vaste enquête menée dans…
SantéNTIC
Paludisme : quand les mathématiques s’invitent dans la lutte contre la maladie
Le CERFIG, le projet WAMCAD et le réseau international AMMnet ont réuni en cette fin de Juillet 2026, à Conakry puis à…
SantéFactuSciences
Santé oculaire : le macérât de petit cola, un danger derrière la promesse de soigner la vue floue
En Guinée, un tradipraticien suivi par plus de 130 000 personnes sur Facebook affirme que le macérât de petit cola guérit la vue…