mercredi 21 janvier 2026 :
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Pr Alkhaly Doumbouya : « le repos biologique redonne vie à nos mers »

Face à la diminution inquiétante des ressources halieutiques, la Guinée a instauré une période de repos biologique allant du 1er juillet au 31 août de chaque année. Une stratégie fondée sur des recherches scientifiques, visant à préserver la reproduction des poissons et à garantir la sécurité alimentaire de la population.

Au niveau mondial, 60 % des stocks de poissons sont victimes d’une surpêche insoutenable pour leur reconstitution et seulement 10 % sont prélevés de façon à assurer le renouvellement des espèces avertit l’ONU.

Le repos biologique est une mesure de protection des ressources halieutiques. C’est une période durant laquelle la pêche est interdite dans certaines zones afin de permettre au stock de poissons de se reproduire, de se reposer et de se reconstituer. Cela implique l’arrêt de toute activité de pêche, surtout dans des zones spécifiques comme la Zone Économique Exclusive (ZEE).

Une mesure appuyée par les scientifiques

Face à la raréfaction progressive des ressources halieutiques le long des côtes guinéennes, les acteurs de la pêche artisanale se tournent vers des solutions durables. Conscients de l’importance de préserver la biodiversité marine pour les générations futures, ils expérimentent désormais le repos biologique.

« Après plusieurs années, nous avons constaté une forte diminution des ressources halieutiques en Guinée. L’abondance de poissons a commencé à baisser, contrairement aux périodes antérieures. Nous avons alors décidé, nous aussi, de mettre en place le repos biologique chez nous », a affirmé le Pr Alkhaly Doumbouya, chercheur, chef du département de gestion du littoral au centre national des sciences halieutiques de Boussoura.

« Nous faisons des recherches pour évaluer la biomasse et déterminer le niveau de poissons qu’il est possible de capturer, afin que la ressource se renouvelle et ne disparaisse pas », a-t-il affirmé.

Applicabilité dans la sous-région et ailleurs

Le repos biologique existe déjà dans d’autres pays, mais en Guinée, la diversité des poissons rend cette mesure encore plus importante. Elle est bénéfique pour la population, pour la pêche artisanale et surtout pour l’avenir de la pêche nationale. « Dans des pays comme le Maroc, la Mauritanie et le nord du Sénégal, le repos biologique s’applique surtout à des ressources mono-spécifiques. En Guinée, nos ressources sont multi-spécifiques. Une fois en mer, on trouve plusieurs types de poissons dans une même zone », a expliqué le Pr Doumbouya.

L’importance de la biodiversité pour la pêche artisanale

En Guinée, la pêche artisanale reste le pilier de l’alimentation en poisson. Une réalité que rappellent avec fierté les acteurs du secteur, conscients de leur rôle vital dans la sécurité alimentaire du pays. « Nous faisons partie de la pêche artisanale. Nous savons que 80 % de la consommation de poisson en Guinée provient de la pêche artisanale. Au niveau du débarquement, ce sont les poissons frais, et non congelés, qui y sont vendus », a affirmé Abdoulaye Camara, vice-président du comité de protection de la pêcherie au port de pêche de Boulbinet.

« Nous rendons service à la population jour et nuit. Nous collaborons avec l’État, notamment avec le ministère de la Pêche et de l’Économie. Le ministre nous encourage à rapprocher les pêcheurs artisans de l’administration et à continuer de servir la population », a ajouté Abdoulaye Camara.

Selon le Pr Doumbouya, la pêche artisanale est moins destructrice car elle utilise des filets sélectifs, contrairement aux chalutiers industriels qui ramassent tout, y compris les juvéniles.
« C’est pourquoi la pêche artisanale est parfois autorisée durant cette période, contrairement à la pêche industrielle », a-t-il précisé.

Des résultats visibles et encourageants

Depuis 2019, le repos biologique produit des effets positifs sur la mer. « Deux ans après sa mise en place, les pêcheurs ont remarqué le retour de certaines espèces qu’ils ne voyaient plus depuis longtemps », a souligné le Pr Doumbouya.

Ces campagnes permettent aussi de mesurer l’état des poissons avant et après le repos biologique. « La première campagne a lieu entre avril, mai et juin, pour évaluer l’abondance des espèces dans la ZEE. La deuxième campagne se tient entre septembre et novembre, pour évaluer les résultats après le repos biologique » selon le Pr Doumbouya.

Les recherches confirment que le repos biologique donne de bons résultats. « Les comparaisons montrent une augmentation de la biomasse, une croissance des juvéniles et une meilleure taille des espèces capturées », conclut le Pr Doumbouya.

Le repos biologique est donc une mesure essentielle pour assurer la durabilité des ressources halieutiques en Guinée. Il permet non seulement de protéger la reproduction des poissons, mais aussi d’améliorer les conditions de pêche pour les artisans et de garantir la sécurité alimentaire des populations.

Kadiza Sow

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