Face à la hausse inquiétante du diabète de type 2 dans le monde, les chercheurs s’accordent de plus en plus sur l’importance d’une approche globale de la maladie. C’est dans ce contexte qu’une étude dirigée par le Dr Alhassane Diallo, enseignant-chercheur au Département de Santé publique de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, apporte une contribution scientifique majeure.
Publiée en juin 2025 dans la revue Diabetes, Obesity and Metabolism, cette recherche internationale démontre qu’une simple perte de poids, associée à un meilleur contrôle du sucre dans le sang, peut réduire de manière significative le risque de décès chez les personnes atteintes de diabète de type 2.
Une méta-analyse de grande ampleur
Fruit d’une analyse approfondie de 44 essais cliniques menés à travers le monde, cette étude a porté sur plus de 274 000 patients. Ses résultats montrent que chaque kilogramme perdu est associé à une diminution de 3,4 % du risque de mortalité, tandis qu’une réduction d’un point de l’hémoglobine glyquée (HbA1c), indicateur clé du contrôle glycémique, entraîne une baisse supplémentaire de 7,6 % de ce risque.
Selon le Dr Diallo, ces deux paramètres agissent de manière indépendante mais complémentaire, contribuant ainsi à prévenir les complications cardiovasculaires et rénales souvent liées au diabète.
« Nos résultats montrent que pour les personnes diabétiques, même une perte modeste de poids combinée à une meilleure maîtrise du sucre dans le sang peut sauver des vies », explique le chercheur guinéen.

Entretien avec le Dr Alhassane Diallo
UniverSciences : Quelle a été la principale motivation derrière cette étude ?
Dr Diallo : Les travaux antérieurs ont montré que les traitements contre le diabète réduisent certains événements cardiovasculaires majeurs, comme les infarctus ou AVC, notamment grâce à la baisse du taux de sucre dans le sang. Cependant, le bénéfice sur la mortalité toutes causes confondues restait incertain, de même que le rôle spécifique joué par la perte de poids. Pour répondre à ces deux questions cliniques pertinentes, nous avons voulu déterminer si la réduction du sucre dans le sang et du poids corporel était associée à une baisse du risque de décès et d’événements cardiovasculaires.
UniverSciences : Comment ces résultats peuvent-ils s’appliquer au contexte guinéen ?
Dr Diallo : Nos résultats indiquent que l’effet bénéfique des traitements contre le diabète de type 2 sur la mortalité passe en partie par leurs effets sur la réduction du poids corporel et de la glycémie. Chaque baisse de 1 % de l’hémoglobine glyquée réduit le risque de mortalité de 8 %, quel que soit l’effet du traitement sur le poids.
Et chaque kilogramme perdu réduit ce risque de 3 %, indépendamment de la glycémie. Nous recommandons donc aux patients guinéens de renforcer les mesures hygiéno-diététiques, notamment celles visant à contrôler le poids corporel, en parallèle du traitement médical.
UniverSciences : Peut-on obtenir les mêmes bénéfices sans médicament, uniquement par le mode de vie ?
Dr Diallo : Les traitements pharmacologiques et les mesures hygiéno-diététiques sont complémentaires et doivent être combinés pour offrir le plus grand bénéfice au patient.
Dans notre étude, les participants, âgés en moyenne de 63 ans, avec un indice de masse corporelle moyen de 31,2 kg/m² et une hémoglobine glyquée moyenne de 8 % suivaient tous un régime hygiéno-diététique, en plus des médicaments testés. Cela confirme l’importance d’une alimentation équilibrée, d’une activité physique régulière et du suivi médical dans la gestion du diabète.
UniverSciences : Quels conseils donneriez-vous aux patients diabétiques pour améliorer leur qualité de vie ?
Dr Diallo : Nos résultats renforcent les recommandations nationales et internationales : le contrôle du sucre dans le sang et du poids corporel réduit le risque de décès dans les trois ans de 8 %. Le diabète de type 2 est une maladie chronique grave, avec des complications multiples. Le but du traitement est de prévenir ces complications et d’améliorer la qualité de vie.
Nous recommandons donc aux patients surveiller régulièrement leur taux de sucre dans le sang (à jeun et après repas) ; contrôler leur poids corporel et leur tension artérielle ; pratiquer une activité physique régulière ; respecter les prises de médicaments ; adopter un régime alimentaire sain : moins de sel, de sucre et d’aliments ultra-transformés, plus de fruits et légumes.
UniverSciences : Envisagez-vous de conduire des études cliniques en Afrique de l’Ouest ?
Dr Diallo : Oui, je le souhaite vivement. Nous travaillons à développer des recherches cliniques adaptées aux réalités africaines, en collaboration avec les autorités sanitaires, les instituts de recherche nationaux et internationaux, et les industriels.
L’objectif est de mieux comprendre les interactions entre métabolisme, obésité et maladies cardiovasculaires dans nos contextes spécifiques.

Réalisée en collaboration avec l’Université de Montpellier et l’INSERM (France), cette étude met aussi en évidence l’importance du contexte local. En Guinée, le diabète est souvent diagnostiqué tardivement, faute de dépistage systématique.
« Dans nos contextes, il est urgent d’insister sur la prévention, l’éducation nutritionnelle et le dépistage précoce. Ce sont des leviers accessibles et efficaces », souligne le Dr Diallo.
Alpha Oumar Bagou BARRY













