Aller au contenu
À la une
Dengue, fièvre jaune, virus West Nile : une étude guinéenne révèle une circulation silencieuse dans tout le paysPaludisme : quand les mathématiques s’invitent dans la lutte contre la maladieGuinée : quand le dérèglement climatique bouscule la pêche artisanaleSaisie de 41 kg d’hippocampes et 26 kg d’ailerons de requin, les dessous d’un trafic qui menace la biodiversité marine« Soigner sa bouche, c’est protéger tout son corps », déclare le Pr FadigaSanté oculaire : le macérât de petit cola, un danger derrière la promesse de soigner la vue floueCybersécurité : une fuite massive d’identifiants Fortinet expose des milliers d’équipements à travers le mondeMalé Camara, doctorant, met en lumière le potentiel encore sous-exploité du Haut bassin du fleuve SénégalDengue, fièvre jaune, virus West Nile : une étude guinéenne révèle une circulation silencieuse dans tout le paysPaludisme : quand les mathématiques s’invitent dans la lutte contre la maladieGuinée : quand le dérèglement climatique bouscule la pêche artisanaleSaisie de 41 kg d’hippocampes et 26 kg d’ailerons de requin, les dessous d’un trafic qui menace la biodiversité marine« Soigner sa bouche, c’est protéger tout son corps », déclare le Pr FadigaSanté oculaire : le macérât de petit cola, un danger derrière la promesse de soigner la vue floueCybersécurité : une fuite massive d’identifiants Fortinet expose des milliers d’équipements à travers le mondeMalé Camara, doctorant, met en lumière le potentiel encore sous-exploité du Haut bassin du fleuve Sénégal
InterviewSanté

Dr Seydou Sidibé : de Macenta à la santé publique, le parcours d’un médecin guinéen engagé

Dr Seydou Sidibé, médecin © Infographie @LeBagou / UniverSciences

Dans les couloirs de la médecine guinéenne, certains parcours racontent bien plus qu’une réussite individuelle. Ils disent l’histoire d’une vocation, d’une famille, d’un pays en quête de mieux-être. Celui du Dr Seydou Sidibé en fait partie.

Tout commence dans la préfecture forestière de Macenta, où il voit le jour comme benjamin d’une fratrie de six enfants. Une enfance simple, marquée par la chaleur familiale et une valeur cardinale : l’éducation. Ses parents, tous deux illettrés, n’ont pourtant qu’une seule ambition pour leurs enfants celle de les voir aller plus loin qu’eux. « Ils ont tout donné afin que nous puissions obtenir ce qui leur a le plus manqué : la formation académique », raconte-t-il aujourd’hui avec gratitude.

L’enfant de Macenta et les promesses de l’école

À l’âge de cinq ans, alors que ses parents quittent Macenta pour s’installer à Conakry, le jeune Seydou passe quelque temps chez son oncle maternel dans la sous-préfecture de Missamana, dans la préfecture de Kankan. Trop jeune pour être officiellement inscrit à l’école, il y est admis comme auditeur libre. Une manière d’occuper ses journées, mais surtout un premier contact décisif avec l’univers scolaire.

Plus tard, il rejoint ses parents à Conakry et entame officiellement sa scolarité à l’école primaire de Matoto 2. Élève sérieux et discret, il se distingue rapidement grâce à son travail et à l’encadrement constant de son cousin Mody Sidibé, qui le suivra durant tout son parcours préuniversitaire. Du collège au lycée de Yimbayah, son chemin scolaire se poursuit avec régularité.

Une fascination précoce pour la médecine

Mais derrière ce parcours scolaire se cache une fascination bien plus ancienne. Enfant souvent malade, Seydou Sidibé est régulièrement pris en charge par son oncle paternel, feu Abou Sidibé, médecin chef de l’Enelgui, une structure devenue plus tard la Sogel, puis l’actuelle Électricité de Guinée.

Le jeune garçon observe ce médecin respecté et l’impact qu’il a sur la communauté. « J’étais très fasciné par tout ce qu’il représentait pour la communauté. Cela m’a très tôt donné le goût de ce métier plus que noble », affirme le Dr Seydou Sidibé. Peu à peu, l’idée de devenir médecin cesse d’être un rêve lointain pour devenir une véritable vocation.

Intégrer la faculté de médecine, un obstacle difficile

En 2005, après les deux sessions du baccalauréat et le concours d’entrée à l’université, Seydou Sidibé intègre l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il est d’abord orienté en biochimie. Mais le jeune étudiant refuse d’abandonner son objectif. « J’ai tout mis en œuvre pour être en médecine, car c’était mon rêve d’enfant de soigner des gens », rapporte-t-il.

Sa détermination finit par porter ses fruits. Après plusieurs années d’études exigeantes, il obtient son diplôme de médecin en 2012 au sein de la 47ᵉ promotion de la faculté de médecine de l’université.

Une profession au service des autres

Pour Seydou Sidibé, la médecine ne se résume pas à une profession. Elle est d’abord une responsabilité humaine. « Savoir que des personnes comptent sur soi pour améliorer leur santé est à la fois passionnant et émouvant », confie-t-il. Cette conviction explique l’énergie qu’il consacre à son travail et sa manière d’aborder chaque patient avec attention.

La pandémie, un tournant personnel et professionnel

La pandémie de COVID-19 va marquer profondément son parcours. Et pour cause, le médecin en fera lui-même l’expérience. « C’était le 30 avril 2020 que tout a commencé », se souvient-il. Ce jour-là, alors qu’il consulte dans sa clinique à Enco5, en plein mois de Ramadan, un malaise brutal le surprend vers midi.

« Je croyais que c’était l’effet du jeûne ou peut-être un début de paludisme, car j’en fais souvent un épisode chaque année », raconte-t-il. Mais avant le coucher du soleil, son état se dégrade rapidement. « Je ne tenais plus sur pieds : fièvre, toux sèche, malaise… », se rappelle le médecin.

Conscient du contexte sanitaire, il décide immédiatement de prendre des précautions et de s’isoler à domicile. Il met en place ce qu’il appelle une « bulle sanitaire », avec seulement son épouse à l’intérieur, elle aussi médecin, qui lui administre les premiers soins sous la supervision de son médecin traitant.

Face à l’aggravation rapide de son état, un test PCR est réalisé le 2 mai au centre médical des Flamboyants. Le verdict tombe, il est positif au coronavirus. La réaction du médecin est immédiate. Il informe ses voisins et tout le personnel de sa clinique.

« J’ai orienté tout le monde vers les Flamboyants pour se faire tester. Heureusement, une seule de mes infirmières était positive », explique-t-il. Ils sont ensuite admis dans un centre de traitement épidémiologique, avant d’être pris en charge au centre de Nongo. Son épouse aussi testée positive sortira au bout d’une semaine, lui et son ami resteront quatorze jours.

De patient à acteur de la riposte

Guéri, le médecin décide de s’engager pleinement dans la riposte nationale coordonnée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Sa maîtrise de plusieurs langues français, anglais, soussou, poular et malinké lui vaut la confiance des responsables pour participer au projet « Stop Covid-19 en 60 jours », basé sur des équipes mobiles chargées de dépister, trier et prendre en charge les cas dans les communautés.

Le Dr Sidibé est déployé dans la commune de Ratoma, alors l’une des zones les plus touchées de la capitale. Initialement prévue pour deux mois, la mission durera finalement près de vingt mois. « C’est l’une de mes plus grandes fiertés de médecin », affirme-t-il. Avec son équipe, il contribue à la prise en charge de près de 3 000 personnes atteintes de la maladie.

Mais le travail ne consiste pas seulement à soigner. « Nous avons dû vaincre des réticences phénoménales et convaincre des familles qui hésitaient à signaler les malades », se souvient-il. Pour lui, cette expérience a profondément transformé sa vision de la médecine. « Dès lors, j’ai pris pour objectif d’évoluer d’un cran et de penser à une prise en charge populationnelle. », dit-il.

La révélation de la santé publique

Résident au Canada à ce jour, il s’est engagé dans une spécialisation en Santé publique. Selon lui, cette discipline lui a ouvert une perspective nouvelle. « Là où la médecine clinique agit sur l’individu, la santé publique s’intéresse aux populations, aux systèmes et à la prévention. Cette branche m’a donné une nouvelle vision de la santé », affirme-t-il. Sans cette découverte, confie-t-il, il aurait probablement choisi la pédiatrie.

Apprendre sans cesse, chercher toujours

Dans un monde scientifique en évolution permanente, Dr Sidibé cultive une discipline simple : apprendre sans relâche. « La meilleure manière de rester à jour, c’est de ne jamais arrêter de lire et de se former en permanence. J’aime chercher », dit-il. Cette curiosité l’a conduit à développer des collaborations scientifiques avec plusieurs institutions internationales, notamment l’Université de Montréal et l’Université Laval.

Son ambition est de renforcer la santé en Guinée

Mais au-delà des collaborations internationales, son objectif reste profondément tourné vers son pays. « La finalité de tout ce parcours est de rentrer pour apporter notre contribution à la valorisation du secteur de la santé en Guinée », affirme-t-il. Pour lui, le système sanitaire guinéen doit évoluer vers un modèle plus intégré et plus adapté aux réalités locales.

Un médecin profondément humain

Malgré son parcours et ses ambitions, Seydou Sidibé reste d’une grande modestie. « Je suis un homme ordinaire », dit-il. Son principal défaut, reconnaît-il, est une empathie parfois trop forte. « Mon empathie est tellement poussée qu’elle prête à confusion avec la sympathie, et cela m’empêche parfois de dire non », dit-il.

Mais c’est peut-être précisément cette sensibilité qui définit le mieux le médecin qu’il est devenu : un professionnel convaincu que la science n’a de sens que si elle reste profondément humaine. Car derrière le médecin et le chercheur, il y a toujours cet enfant de Macenta qui rêvait simplement de soigner les autres.

Mamadou Kindy Bah

Partager

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *