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Pêche

Guinée : quand le dérèglement climatique bouscule la pêche artisanale

Conakry, des pêcheurs dans leur pirogue s'apprêtent à aller pêcher en mer © Fodé Touré

Chaque année, la saison des pluies de juillet-août rebat les cartes pour les pêcheurs artisanaux du littoral guinéen. Entre vents violents, houle imprévisible et filets endommagés, ce métier ancestral doit désormais composer avec un climat de plus en plus capricieux ; dans une période qui coïncide, par ailleurs, avec le repos biologique essentiel à la reproduction des espèces marines.

Navette à la main, Ismaël Camara tisse et raccommode patiemment les mailles de son filet avant chaque sortie en mer. Un geste qu’il répète inlassablement depuis quinze ans, avec la précision et la patience qu’exige ce métier. Mais année après année, la mer se montre de plus en plus imprévisible. Vents violents, forte houle, filets endommagés, fortes pluies : les éléments viennent perturber un équilibre déjà fragile entre l’homme et l’océan.

« Pendant cette période, nous rencontrons beaucoup de difficultés. Il y a des cailloux en mer qui peuvent déchirer nos filets. Lorsque cela arrive, il est impossible de pêcher. On peut passer de deux à cinq jours, voire une semaine, à réparer le filet. Quand il y a beaucoup de vent, nous ne pouvons pas sortir en mer. Les fortes pluies perturbent également notre travail », témoigne Ismaël Camara, pêcheur.

Des conséquences économiques qui remontent toute la chaîne

Ces conditions météorologiques extrêmes ne sont pas sans conséquences sur l’ensemble de la filière. Au port de pêche de Kaporo, les vendeuses de poisson attendent, parfois pour rien : les arrivages se raréfient. Résultat, c’est tout un équilibre économique qui se fragilise. Moins de poisson sur les étals, des prix qui grimpent, des revenus qui s’effritent : le climat impose sa loi jusque dans le porte-monnaie des ménages.

« En cette saison des pluies, les pêcheurs ramènent moins de poissons. Parfois, nous passons toute la journée au port sans rien acheter. Quand le poisson est rare, son prix augmente et nous sommes obligées de l’acheter plus cher, qui varie entre 500.000 à 800.000 GNF les tas de poisson. Nous vendons difficilement et nos bénéfices diminuent », explique Mariama Ciré Camara, vendeuse de poisson.

Le repos biologique, un rempart pour les ressources marines

Au-delà de la météo, cette période révèle aussi un enjeu écologique majeur : la protection des écosystèmes marins. Juillet et août correspondent en effet au repos biologique, ces mois durant lesquels la pêche industrielle et semi-industrielle est formellement interdite par le ministère de la Pêche. Une mesure de préservation environnementale essentielle, pour laisser aux espèces marines le temps de se reproduire, et éviter qu’un littoral déjà mis à rude épreuve par le changement climatique ne voie ses ressources s’épuiser définitivement.

« Si on fait le calcul avant le repos biologique le stock qu’on avait et après le repos biologique on verra le stock a augmenté. Et l’augmentation là c’est ce qui va nous permettre d’augmenter notre alimentation. Parce que on aura les ressources biologiques de quoi varier l’alimentation donc son importance c’est d’abord l’augmentation des ressources maritimes, l’augmentation de l’économie bleue. Donc sa permet â l’économie nationale d’évoluer et ca permet aussi à la population de mieux se nourrir », explique Soriba Touré, environnementaliste.

Dérèglement climatique, mer de plus en plus capricieuse, écosystèmes à préserver : la pêche artisanale guinéenne est aujourd’hui en première ligne face aux bouleversements environnementaux. Mais malgré les vents contraires, pêcheurs et vendeuses continuent, jour après jour, d’incarner cette résilience face au changement climatique.

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