Coopération scientifique : comment la France accompagne la recherche et la santé en Guinée ?

Déjeuner de Presse à l’Ambassade France en Guinée © @LeBagou / UniverSciences
Pendant des décennies, la Guinée a dû faire face à de nombreux défis sanitaires, souvent dans un contexte de ressources limitées et de dépendance à l’expertise extérieure. Des maladies comme la trypanosomiase humaine africaine à la crise sans précédent de l’épidémie d’Ebola entre 2014 et 2016, le pays a été confronté à des urgences sanitaires qui ont profondément marqué son système de santé.
Mais ces crises ont aussi servi de catalyseur. Elles ont permis l’émergence progressive d’un écosystème scientifique national, structuré autour de la recherche, de la surveillance épidémiologique et de la formation. Aujourd’hui, la Guinée ne se contente plus de subir les crises sanitaires, elle contribue activement à la production de connaissances scientifiques à l’échelle internationale.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la coopération avec la France, qui place la science et la recherche au cœur de son action en matière de santé publique. Lors d’un déjeuner de presse à Conakry, l’ambassadeur de France en Guinée est revenu sur les grandes orientations de ce partenariat stratégique.
« La santé est notre secteur principal d’intervention en Guinée », a affirmé Luc Briard, insistant sur une approche globale qui place la recherche scientifique au centre des réponses sanitaires. Dans un contexte marqué par la montée de la désinformation, notamment autour des vaccins, il a rappelé l’importance de défendre la rigueur scientifique. « On voit aujourd’hui des vérités alternatives […] qui remettent en cause la rationalité scientifique en matière de santé, c’est pourquoi nous défendons une approche scientifique », a-t-il déploré.
Un écosystème scientifique renforcé après les crises
L’un des points marquants de cette coopération repose sur le renforcement de la recherche scientifique en Guinée, notamment à la suite des crises sanitaires comme Ebola. Selon l’ambassadeur, ces épreuves ont contribué à structurer un écosystème scientifique reconnu à l’échelle internationale.
« Vous avez la chance, dans votre malheur post-Ebola, d’avoir créé un écosystème scientifique de recherche de qualité mondiale », a-t-il souligné.
Ce travail a notamment été salué par la communauté scientifique internationale, avec la distinction de chercheurs guinéens comme les professeurs Alpha Kabinet Keïta et Abdoulaye Touré, récompensés pour leurs travaux en épidémiologie, à travers le Prix Christophe Mérieux. Leurs recherches mettent en lumière les interactions entre la santé humaine, animale et environnementale, une approche aujourd’hui connue sous le concept de « One Health ».
Cette dynamique est soutenue par plusieurs institutions partenaires, notamment Institut Pasteur, ANRS, IRD et CIRAD.
Au cœur de ce dispositif, le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée – CERFIG joue un rôle central dans la production de connaissances scientifiques en Guinée, notamment sur les maladies infectieuses et les enjeux de santé publique.
Des politiques publiques appuyées par la science
Au-delà de la recherche, la coopération se traduit également par un appui aux politiques publiques de santé. L’ambassadeur a cité l’exemple de la lutte contre la maladie du sommeil, dont l’élimination a été récemment certifiée par l’OMS.
Ce succès est le fruit de plusieurs décennies de recherche et de surveillance épidémiologique. « C’était encore un travail fait sur la science avec des chercheurs guinéens qui travaillent depuis 30 ans sur cette maladie », a-t-il rappelé.
La formation des professionnels de santé constitue également un pilier important de cette coopération. Grâce au programme Erasmus+, plusieurs dizaines de médecins guinéens bénéficient chaque année de formations spécialisées dans des hôpitaux français, contribuant ainsi au renforcement des compétences locales.
Vers une souveraineté sanitaire en Guinée
Un autre enjeu majeur évoqué concerne la souveraineté sanitaire. Aujourd’hui encore, de nombreux patients guinéens sont contraints de se rendre à l’étranger pour se faire soigner, notamment pour certains cancers ou interventions spécialisées.
L’objectif, selon l’ambassadeur, est de renverser cette tendance en renforçant les capacités locales. « L’idée des autorités guinéennes, c’est que l’argent utilisé pour soigner les patients à l’étranger puisse être investi ici. La France accompagne ainsi dans l’équipement des hôpitaux », a-t-il expliqué.
Cette stratégie vise à améliorer l’offre de soins en Guinée tout en garantissant un meilleur suivi des patients. Elle s’inscrit dans une logique de partenariat étroit. « C’est partenariat d’égal à égal, On ne fait rien sans nos partenaires guinéens », a insisté Luc Briard.
Une coopération scientifique tournée vers l’avenir
La collaboration franco-guinéenne se concrétise également à travers des projets de recherche conjoints. L’ambassadeur a notamment évoqué un projet innovant mené en co-tutelle entre chercheurs guinéens et français sur l’analyse des eaux usées à Conakry, un outil de plus en plus utilisé pour surveiller la circulation de maladies.
Ce type d’initiative illustre une coopération basée sur le partage des connaissances et le développement de solutions adaptées aux réalités locales.
À travers ces différents axes, la France entend soutenir durablement le développement scientifique et sanitaire de la Guinée. Une coopération qui, au-delà des infrastructures et des financements, repose avant tout sur un principe fondamental, faire de la science un levier central pour améliorer la santé des populations.
Alpha Oumar Bagou BARRY
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