Le gouvernement guinéen a suspendu, du 7 juillet au 30 septembre 2025, les activités de coupe et de transport du bois sur toute l’étendue du territoire. Une décision prise dans le cadre du repos biologique, visant à préserver des ressources forestières de plus en plus menacées.
Chaque année 10 millions d’hectares de forêts disparaissent à cause de la déforestation et environ 70 millions d’hectares partent en fumée, selon l’organisation des nations unies. La Guinée, a perdu près de 30 % de son couvert végétal en 30 ans, selon les données de Global Forest Watch. « En 2024, la Guinée a perdu environs 149 000 hectares de forêts naturelles entre 2001 et 2024, soit une réduction de 6,7% par rapport l’an 2000. En 2023, plus de 9 200 hectares ont été déboisés notamment dans la région de la Guinée forestière », rapporte Global Forest Watch.
La pression s’intensifie, à cause à l’exploitation industrielle et artisanale de bois d’œuvre. La production de charbon de bois est la principale source d’énergie pour plus de 80 % des ménages en Guinée, et aussi l’extension anarchique des zones agricoles, note Global Forest Watch.
Une réponse institutionnelle
Pour minimiser les risques de destruction du couvert végétal, le repos biologique s’appuie sur le code forestier, qui organise l’exploitation des ressources naturelles.
« Ce texte prévoit que pour chaque arbre coupé, dix doivent être replantés. Toutefois, le reboisement ne peut pas se faire à n’importe quel moment. Une période propice est définie pour permettre la régénération naturelle des ressources forestières et mener des campagnes de reboisement massif sur l’ensemble du territoire », explique Mamadou Alpha Baldé, chargé de communication au ministère de l’environnement et du développement durable.
La mise en œuvre débute par un communiqué officiel interdisant la coupe et le transport de bois sur toute l’étendue du territoire. Les conservateurs de la nature, les cantonnements forestiers et les sections des forêts et faunes cessent alors de délivrer permis, bordereaux de route et autres documents liés à l’exploitation forestière.
« Aucune coupe légale n’est autorisée. Des cordons forestiers sont installés sur les principaux axes routiers et des patrouilles mixtes, renforcées par une brigade spécialisée, veillent sur le terrain, avec une vigilance accrue pendant cette période », ajoute Mamadou Alpha Baldé.
Il note cependant que : « c’est difficile de quantifier les avancées aujourd’hui. Mais le fait que le repos soit respecté par tous les acteurs impliqués : syndicats du bois, fédération nationale des professionnels de la filière bois, office guinéen du bois, direction nationale des forêts et de la faune et la gendarmerie environnementale constitue déjà un progrès ».
Sur le terrain, le rôle des cantonnements
À Gaoual, le chef cantonnement forestier confirme l’effectivité et l’application strict de ces directives. « Nous avons mis en place des équipes de surveillance dans les districts et secteurs pour traquer les contrevenants. Notre rôle régalien est de protéger la forêt et nous faisons tout pour empêcher les coupes illicites, surtout en cette période », affirme le chef cantonnement forestier basé dans la préfecture de Gaoual.
Les pratiques d’anticipation des acteurs économiques
Malgré l’existence d’un cadre législatif notamment la Loi L/2017/060/AN du 12 Décembre 2017et l’arrêté A/2016/5059/MEFF du 5 septembre 2016, notamment l’article 42,59 et 81 relatifs à la gestion durable des ressources forestière, son application reste inégale. De nombreuses zones d’abattage clandestin échappent à tout contrôle officiel.
Ce repos biologique, instauré chaque année pendant la saison des pluies, intervient dans un contexte de déclin accélérée de la couverture forestière nationale. Mais sa temporalité (moins de 3 mois) et son application essentiellement théorique freines fortement son impact. En effet, les ressources humaines et logistiques de la Gendarmerie environnementale restent largement insuffisantes pour couvrir l’ensemble du pays. Certains acteurs de la filière bois trouvent des moyens de contournement, notamment en anticipant les coupes.

Faouly SOUMAH, vendeur de bois et chef au port de Kaporo explique : « Nous le savons qu’à chaque année les autorités mettent en place une période d’arrêt, donc quand le moment approche, nous anticipons avant le communiqué du ministère ».
Propositions et appels
Pour les organisations de protection de l’environnement, cette mesure reste néanmoins un pas dans la bonne direction. « Le repos biologique facilite la restauration des écosystèmes et même l’augmentation des ressources aquatiques. Mais il faut aussi protéger la mangrove », souligne Habib Ly, de l’ONG Agir contre le réchauffement climatique (ACOREC). L’ONG appelle cependant à un appui concret de l’État pour accompagner ses projets : « Nous avons des initiatives, mais pas les moyens de les réaliser ».

Si la pause annoncée peut contribuer à arrêter temporairement le problème, elle ne suffira donc pas à inverser la tendance sans quelques réformes structurelles de base, parmi lesquelles : la digitalisation du suivi forestier, le renforcement des mécanismes de traçabilité du bois, l’implication accrue des communautés locales dans la gestion participative des forêts, et surtout, un engagement politique fort pour faire respecter les lois existantes.
Ainsi, les forêts guinéennes sont fortement impactées par les activités humaines notamment la déforestation due à la carbonisation du bois, les feux de brousse ou la coupe massive du bois pour des raisons commerciales. Les forêts claires et secondaires sont les plus affectées par la déforestation. En 2024, le pays avait 2 744 272 d’hectares de forêt claire sur la période de 2015 à 2020, aujourd’hui il a perdu 689 957 d’hectares de forêts selon des donnés publiés dans la Contribution Déterminée au niveau National de 2021 (CDN).
Issa BARRY













