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Santé

Pr Elhadj Saidou Baldé : « valoriser scientifiquement les savoirs traditionnels, renforcer la collaboration » pour mieux faire face aux pathologies

Pr Elhadj Saidou Baldé, chercheur, directeur de l'IRDPMAG © Ibrahima Moudias

Il a également lancé un appel fort à la collaboration entre médecine moderne et médecine traditionnelle

Le « mot, la plante et le couteau » : trois outils du médecin

Le chercheur a rappelé une citation marquante : « le médecin dispose de trois outils : le mot, la plante et le couteau ». Autrement dit, l’anamnèse, les traitements médicamenteux et la chirurgie. Mais selon lui, le principal défi des systèmes de santé africains reste la faible collaboration entre cliniciens et chercheurs, notamment dans l’étude scientifique des savoirs traditionnels.

Une biodiversité exceptionnelle au service de la santé

La Guinée dispose d’un patrimoine naturel remarquable. Pour le scientifique, le pays compte près de 3 500 espèces végétales, dont 1 352 endémiques, réparties dans quatre régions naturelles à la faune et à la flore très variées. Cette richesse constitue une base importante pour la médecine traditionnelle, largement utilisée dans la prise en charge des maladies de la peau.

Une enquête nationale auprès des tradithérapeutes

Selon le chercheur, une enquête menée dans plusieurs régions du pays auprès de 255 tradithérapeutes a permis d’identifier 139 espèces végétales appartenant à une trentaine de familles botaniques.

Les traitements reposent principalement sur l’utilisation de plantes sous forme de décoctions, de bains ou d’applications locales, et plusieurs espèces sont citées dans toutes les régions, révélant ainsi un consensus national sur leur efficacité dans la prise en charge des infections cutanées. Ces données concordent avec la littérature scientifique internationale qui confirme l’activité biologique de plusieurs de ces plantes.

Le rôle clé du microbiome cutané

La présentation a également insisté sur le microbiome de la peau, composé de bactéries, virus et champignons qui jouent un rôle essentiel de barrière protectrice.

Les composés bioactifs des plantes souvent lipophiles peuvent traverser la peau et agir directement sur ce microbiome, expliquant l’efficacité de nombreux traitements traditionnels appliqués par bains ou lotions.

Pollution, urbanisation et nouvelles pathologies

Le développement minier et l’ouverture des corridors économiques pourraient entraîner une augmentation des maladies dermatologiques, liée à la pollution et à l’accès accru aux soins.

Pour le chercheur, cette évolution représente aussi une opportunité de recherche pour mieux comprendre l’impact environnemental sur la santé de la peau.

Des molécules prometteuses pour la pharmacie et la cosmétique

Plusieurs composés végétaux suscitent un intérêt particulier dans la recherche, notamment les flavonoïdes, les tanins et les polyphénols. Ces molécules sont reconnues pour leurs propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires, régénératrices du collagène et anti-allergiques.

Elles entrent déjà dans la composition de certains produits dermatologiques approuvés par la FDA américaine, ce qui confirme leur potentiel thérapeutique.

Une autre piste prometteuse concerne les vésicules extracellulaires d’origine végétale, capables de transporter des principes actifs à travers la peau à un coût inférieur à celui des équivalents d’origine animale.

Vers une innovation thérapeutique made in Guinée

Les premières analyses en laboratoire montrent déjà des résultats encourageants, même si les travaux restent en cours. Pour le Pr Baldé, la priorité est désormais claire : « renforcer la collaboration entre dermatologues et chercheurs utiliser la bio-informatique et la nanotechnologie valoriser scientifiquement les savoirs traditionnels ». L’objectif est de développer de nouveaux médicaments et produits dermatologiques issus de la flore guinéenne.

Un appel à la collaboration scientifique

Le chercheur a lancé un appel à la communauté dermatologique. Selon le Pr Baldé, la valorisation de la biodiversité guinéenne pourrait devenir un levier majeur d’innovation thérapeutique tout en renforçant les liens entre médecine traditionnelle et recherche biomédicale moderne.

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