Après près de cinq années de mission en Afrique de l’Ouest, dont un séjour en Guinée entre janvier 2024 et août 2025, Pierre-Alain Rubbo, Conseiller régional en santé mondiale pour les ambassades de France, dresse un bilan dense et éclairant de son action. De la coopération sanitaire franco-guinéenne aux défis futurs, son témoignage révèle les coulisses d’un travail diplomatique et scientifique majeur.
Un rôle stratégique au cœur de la diplomatie sanitaire
« Il existe précisément 11 postes de ce type dans le monde, la plupart en Afrique », explique Pierre-Alain Rubbo. Conseiller régional en santé mondiale, il avait pour mission de couvrir plusieurs pays – Guinée, Sierra Leone, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie – et de conseiller les ambassadeurs sur les politiques sanitaires. Selon lui, ce réseau, placé sous l’autorité du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, illustre « l’importance de la thématique santé dans la diplomatie et les relations internationales de la France ». Son rôle consistait aussi à veiller à ce que les investissements français « bénéficient au plus grand nombre et soient en adéquation avec les besoins exprimés et avec la stratégie française en santé mondiale 2023-2027. »
La Guinée, un partenaire de longue date
La coopération franco-guinéenne en santé n’est pas nouvelle. « Nous avons même célébré ensemble fin 2024 le centenaire de l’IRBAG à Kindia », rappelle M. Rubbo. La crise Ebola de 2014 a renforcé ce partenariat, dont des infrastructures de référence comme le CERFIG ou le nouvel Institut Pasteur de Guinée en sont les plus concrètes illustrations.
D’ici peu, quatre hôpitaux régionaux à vocation universitaire seront livrés, un projet emblématique qui vise à rapprocher les soins spécialisés des populations à l’intérieur du pays. « En Guinée plus qu’ailleurs, la santé est l’axe prépondérant de la relation politique entre la Guinée et la France », affirme-t-il, soulignant que les investissements bilatéraux en santé représentaient près de 60 millions d’euros en 2024.
Des crises sanitaires riches en enseignements
Son mandat a été marqué par des crises majeures : Ebola, Covid-19, mpox. « C’était une période très chargée mais aussi très riche humainement », confie-t-il. Ces épreuves ont permis d’améliorer la préparation et la coopération : « La science doit toujours être au service des décideurs, et les décideurs doivent s’appuyer sur la science pour orienter leurs politiques publiques. »
Il insiste aussi sur les défis silencieux : vaccination insuffisante des enfants, maladies chroniques, pollution ou encore accidents de la route. « Trop peu d’enfants sont suffisamment vaccinés, ce qui engendre des épidémies à répétition et donc de nombreux décès pour des maladies évitables. Ce n’est pas une fatalité ! »
Le financement durable, un enjeu majeur
Pour Rubbo, la question des ressources reste centrale : « C’est clairement aujourd’hui l’enjeu majeur au niveau mondial. La solidarité internationale est remise en cause par certains et les ressources financières nationales sont insuffisamment orientées vers la santé. » Il cite comme modèle d’un partenariat réussi la lutte contre la maladie du sommeil en Guinée, officiellement éliminée comme problème de santé publique en janvier 2025. « Vous le voyez, les fruits des efforts solidaires et durables sont récoltés près de 30 ans après. »
Mais il appelle la Guinée à investir davantage : « Le pays devra consacrer une part plus importante de son budget au sujet de la santé. Nul doute que les retombées économiques liées à Simandou 2040 pourront être massivement réinvesties dans le système de santé afin de réduire drastiquement le recours aux financements extérieurs qui se raréfient. »
Succès et défis à venir
Outre l’élimination de la maladie du sommeil, Rubbo se dit marqué par « les relations humaines tissées au fil des années », qu’il considère comme la clé des succès futurs. Mais les défis restent nombreux : montée en puissance des maladies chroniques, pressions environnementales, émergence de nouvelles épidémies, etc. « La Guinée est un laboratoire à ciel ouvert pour le concept One Health », souligne-t-il, appelant à intégrer santé humaine, animale et environnementale dans les politiques publiques du fait des interrelations fortes et avec certains déséquilibre des écosystèmes induits par l’exploitation minière.
Une Guinée en transformation
Au terme de sa mission, Rubbo reste optimiste : « On m’a souvent dit que la Guinée devrait être un leader économique et politique en Afrique de l’Ouest. J’espère que le pays bénéficiera de cette opportunité exceptionnelle de Simandou et du potentiel humain existant et à venir sur le territoire et dans la diaspora, dont une grande partie est en France, pour mener à bien ses ambitions dans le domaine de la santé. »
À l’heure où les crises sanitaires redessinent les équilibres mondiaux, son appel résonne comme un avertissement mais aussi comme un espoir pour l’avenir du pays et de la sous-région.
Alpha Oumar Bagou BARRY













