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Santé

Neurofibromatose de type 1 : quand la peau cache une urgence de la moelle épinière

Des taches sur la peau © uoflhealth

Un jeune homme de 25 ans. Des taches sur la peau connues depuis l’enfance. Et puis, progressivement, une paralysie qui s’installe. Le réflexe médical est immédiat : chercher une lésion dans le cerveau. L’IRM cérébrale est réalisée, elle revient normale. C’est l’imagerie de la moelle épinière qui donne enfin la réponse et elle change tout.

Ce cas clinique, présenté par Sako Aboubacar Sidiki et le Dr Aïssatou Diallo lors des 6èmes Journées de la Société Guinéenne de Dermatologie à Conakry, pose une question fondamentale que tout clinicien devrait garder en tête, une paralysie d’un côté du corps n’est pas forcément d’origine cérébrale.

Une maladie génétique bien plus fréquente qu’on ne le croit

La neurofibromatose de type 1, ou NF1, est souvent présentée comme une maladie rare. Les chiffres racontent une autre histoire. Une méta-analyse publiée en 2023 dans la revue Orphanet Journal of Rare Diseases, portant sur vingt études internationales, établit la prévalence de la NF1 à environ 1 personne sur 3 164 dans le monde (https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10500831/). D’autres sources situent son incidence à une naissance sur 3 500, ce qui en fait l’une des maladies génétiques à transmission autosomique dominante les plus répandues au monde (ScienceDirect, 2022).

En Guinée comme dans plusieurs autres pays d’Afrique subsaharienne, elle est très probablement sous-diagnostiquée, faute de sensibilisation suffisante et de plateaux techniques adaptés.

La maladie est causée par une mutation du gène NF1, situé sur le chromosome 17. Ce gène produit normalement une protéine appelée neurofibromine, qui fonctionne comme un frein naturel sur la multiplication des cellules. Quand ce frein lâche, des tumeurs bénignes, les neurofibromes, peuvent se former n’importe où dans l’organisme : sous la peau, le long des nerfs, à l’intérieur de la colonne vertébrale. Environ la moitié des personnes atteintes sont victimes d’une mutation survenue spontanément, sans aucun antécédent familial connu, ce qui complique considérablement la détection précoce.

Les premiers signes visibles sont cutanés : des taches de couleur café-au-lait caractéristiques, des nodules sous la peau, une pigmentation particulière des aisselles. Ce sont généralement ces signes qui conduisent au diagnostic initial, un diagnostic qui, trop souvent, s’arrête là.

Quand la moelle épinière prend le clinicien par surprise

C’est précisément ce qui s’est passé pour ce patient de 25 ans, déjà suivi pour une NF1. Deux mois avant son hospitalisation, il avait subi l’ablation d’un neurofibrome dans la région lombaire, une intervention sans lien apparent avec ce qui allait suivre. Puis les douleurs cervicales sont apparues. Puis une faiblesse progressive du côté gauche du corps, touchant aussi bien le bras que la jambe. L’examen neurologique montrait les signes classiques d’une atteinte des voies motrices : muscles tendus, réflexes exagérés, déficit moteur.

L’IRM cérébrale, réalisée en première intention, ne montre rien d’anormal. C’est l’IRM de la colonne cervicale qui révèle la cause : un neurofibrome comprimant la moelle épinière entre les vertèbres C2 et C4, la repoussant vers l’arrière.

Ce type de présentation, une compression médullaire révélant une NF1 reste rare mais documenté dans la littérature internationale, y compris chez des patients sans antécédents familiaux connus (PMC, 2023) https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10336349/. La leçon que les auteurs en tirent est cliniquement précieuse : dans le contexte d’une NF1, toute paralysie progressive doit faire évoquer une compression médullaire, pas seulement une atteinte cérébrale.

Des signaux d’alerte à ne jamais ignorer

Les atteintes de la moelle épinière représentent moins de 5 % des formes symptomatiques de la NF1, mais elles figurent parmi les plus graves. Les lésions cervicales hautes exposent notamment à un risque de dysfonction respiratoire, en raison de la proximité avec le tronc cérébral (PMC, 2022) https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9398895/. La moelle épinière ne dispose que d’un espace très limité avant d’être comprimée, et une fois les séquelles neurologiques installées, elles peuvent être irréversibles.

Sako Aboubacar Sidiki et le Dr Aïssatou Diallo identifient plusieurs signaux d’alerte qui doivent conduire immédiatement à une imagerie chez tout patient suivi pour NF1 « une faiblesse ou une perte de sensation progressive dans un membre, des douleurs persistantes dans le dos ou la nuque, des difficultés à marcher, ou des troubles du contrôle des sphincters. Face à ces symptômes, l’IRM médullaire n’est pas une option à envisager, c’est une urgence diagnostique ».

Une maladie qui ne se ressemble jamais

Ce cas illustre aussi l’un des défis les plus complexes de la NF1 : son extraordinaire variabilité clinique. Deux patients porteurs de la même mutation peuvent présenter des tableaux cliniques radicalement différents. Les complications et le pronostic sont très variables, et les patients atteints de NF1 ont une espérance de vie réduite de dix à quinze ans par rapport à la population générale (Orphanet / NCBI, 2020) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6998847/, principalement en raison du risque accru de tumeurs malignes.

Pour les cliniciens africains, ce cas est un rappel fort, « la prise en charge de la NF1 ne peut pas s’arrêter au suivi dermatologique. Elle exige une vigilance neurologique permanente et une collaboration entre dermatologues, neurologues et neurochirurgiens, une interdisciplinarité encore difficile à organiser dans des systèmes de santé aux ressources limitées » a expliqué.

Une question systémique au-delà du cas individuel

Le cas présenté par Sako Aboubacar Sidiki et le Dr Aïssatou Diallo dépasse la simple curiosité médicale. Il pose une question que les systèmes de santé africains ne peuvent pas continuer à ignorer : combien de compressions médullaires liées à la NF1 sont-elles confondues avec des accidents vasculaires cérébraux, faute d’accès à une IRM médullaire ? Combien de patients perdent définitivement l’usage de leurs membres parce que le diagnostic est posé trop tard ?

La réponse passe par la formation des cliniciens de première ligne, la sensibilisation au polymorphisme de la NF1 et le renforcement des plateaux d’imagerie. Des chantiers immenses, que les Journées de la Société Guinéenne de Dermatologie contribuent, cas par cas, à rendre visibles.

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