La quatrième édition des Journées scientifiques de la Société guinéenne de santé publique s’est ouverte ce vendredi 28 novembre, réunissant décideurs, chercheurs, partenaires techniques et financiers, ainsi que des experts venus de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Un rendez-vous devenu incontournable, dans un contexte marqué par des enjeux sanitaires mondiaux, des crises récurrentes et une baisse des financements, qui poussent les nations à réinventer leurs stratégies de résilience.
Des avancées en santé publique
C’est le Dr Oumar Diouhé Bah, ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, qui a prononcé l’allocution d’ouverture officielle de ces 4èmes Journées scientifiques de la Société guinéenne de santé publique. Dans son intervention, le ministre a insisté sur les progrès récents, notamment en matière de vaccination.
« L’éléphant est en train de prendre du poids. Il est prêt à faire vraiment la course qu’il faut », a-t-il déclaré, faisant référence au système sanitaire guinéen. Il a également souligné que la communauté internationale a récemment reconnu des avancées exceptionnelles et historiques dans la couverture vaccinale en Guinée. Le message du ministre est clair et sans ambiguïté : « La Guinée veut consolider les acquis et accélérer les réformes pour répondre aux attentes des populations », a affirmé le Dr Oumar Diouhé Bah.
Une jeune société guinéenne de santé publique, mais déjà un pilier
Le président de la Société guinéenne de santé publique, le Pr Abdoulaye Touré, maître d’œuvre de l’événement, a salué la forte mobilisation des experts et partenaires. Il a rappelé, à cette occasion, le chemin parcouru. « Nous avons organisé les premières Journées en pleine pandémie de Covid-19. Nous n’avons pas arrêté, et aujourd’hui nous tenons la 4ᵉ édition pour pérenniser ce rendez-vous », s’est réjoui le Pr Abdoulaye Touré.
Cette année, le thème met l’accent sur la sécurité sanitaire, la vaccination, la santé maternelle, ainsi que sur la nécessité de disposer d’architectures de santé capables de prévenir, détecter et répondre aux crises. Le Pr Touré a toutefois alerté sur un contexte mondial préoccupant, marqué par la rareté des ressources financières dans le secteur de la santé. « Nous assistons à une réduction tendancielle des financements alloués à la santé et à la recherche biomédicale. Parallèlement, la désinformation menace la confiance du public dans nos institutions », a-t-il expliqué.
Les Journées se veulent ainsi une réponse collective, articulée autour de conférences, de communications orales et de posters, abordant des thématiques allant des maladies endémiques à l’intelligence artificielle en santé publique.
La Guinée reste un éléphant en matière de santé publique
Au nom de Gavi, l’Alliance du Vaccin, Komi Ahawo a livré un discours marqué à la fois par l’émotion et par l’historique du partenariat avec la Guinée. « Il fut un temps où, pour comprendre la résilience d’un système de santé, il fallait venir en Guinée. Dans mon village, on dit qu’un éléphant, même s’il a maigri n’importe comment, on ne peut pas l’appeler chèvre », se souvient Komi Ahawo, directeur régional Afrique de l’Ouest et du Centre au secrétariat général de Gavi.
Pour lui, la Guinée demeure un acteur majeur de la réflexion scientifique sur la santé publique en Afrique. Malgré les défis, le pays continue de faire le choix de la confiance et de poser les bases d’une reconstruction systémique. Il a néanmoins mis en garde : « Le financement mondial et l’aide publique au développement subissent des réductions drastiques. Au lieu de mettre plus d’argent pour la santé, pensons déjà à obtenir plus de santé avec le financement disponible. »
Gavi a réaffirmé son engagement à soutenir le renforcement des chaînes d’approvisionnement, des outils numériques, de la surveillance génomique et des technologies émergentes en Guinée. « La route est encore longue, mais nous continuerons d’avancer aux côtés de la Guinée avec la même ambition et la même foi dans les capacités de ce pays », a-t-il conclu.
Une salle pleine d’idées, de sagesse et d’intelligence
Prenant la parole à son tour, le chargé des programmes de santé à la délégation de l’Union européenne, Enrico Colombo, s’est réjoui de la diversité des acteurs réunis à ces Journées. « Une salle pleine d’idées, pleine d’analyses, pleine de sagesse et pleine d’intelligence », a-t-il déclaré avec enthousiasme.
Dans un discours d’une grande profondeur, il est revenu sur les fondements de la santé publique, convoquant Hippocrate pour souligner la noblesse et la complexité de la discipline.
« La santé publique est un art et une science… c’est à la fois le savoir d’un savant, l’art d’un artisan et la finesse d’un artiste », a affirmé Enrico Colombo.
Selon lui, la Guinée se trouve à un tournant essentiel, où la prévention doit redevenir centrale : nutrition, qualité des aliments, addictions, vaccination, santé mentale.
« La santé publique est indissociable des considérations économiques, environnementales et sociales », a-t-il rappelé, appelant à des interventions intelligentes et durables.
Entre la présentation de résultats de recherche particulièrement pertinents et des débats scientifiques ouverts et participatifs, les participants se sont dits rassurés quant à la capacité du pays à avancer collectivement vers des solutions durables. Portés par cette dynamique, ils affichent désormais une réelle sérénité quant à la suite des travaux.
Comme l’a rappelé le Pr Touré dans son allocution : « Ces Journées doivent formuler des recommandations pertinentes pour éclairer les décisions publiques. »
Mamadou Kindy BAH













