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Santé

Guinée : des chercheurs alertent sur la circulation de la leptospirose chez les rongeurs

un rongeur dans la rue © pexels

Lors du colloque scientifique consacré à l’approche One Health, la Dre Solène Grayo et le Dr Siba Pricemou, chercheurs à l’Institut Pasteur de Guinée, ont présenté les résultats d’une étude majeure sur les micromammifères en Guinée et leur rôle dans la transmission de maladies zoonotiques. Une recherche qui met en lumière les liens étroits entre santé humaine, animale et environnementale

La leptospirose est une maladie infectieuse causée par des bactéries du genre Leptospira. Elle est transmise à l’homme par les animaux principalement les rongeurs, les chiens, les porcs ou les bovins, via leur urine, ou par contact avec de l’eau, de la terre ou des aliments contaminés. La transmission d’une personne à une autre reste exceptionnelle, précise l’OMS.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), après une période d’incubation généralement comprise entre 7 et 10 jours, la maladie se manifeste par de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires, notamment dans les mollets, une rougeur des yeux et un sentiment général de malaise. Ces symptômes, proches de ceux du paludisme ou d’autres infections, rendent le diagnostic difficile. Or, un diagnostic rapide est essentiel : sans traitement précoce, la leptospirose peut évoluer vers des formes graves, avec insuffisance rénale ou cardiaque, voire des hémorragies pulmonaires pouvant mettre la vie en danger.

Des micromammifères au cœur des équilibres écologiques

La Dre Grayo a rappelé le rôle central des micromammifères dans les écosystèmes. « Ce sont vraiment des indicateurs clés de la santé de nos écosystèmes vis-à-vis des changements, et notamment des activités anthropiques », a-t-elle souligné.

 Dotés de sens très développés malgré une vision limitée, ces animaux s’adaptent facilement à leur environnement. Leur régime alimentaire évolue en fonction des activités humaines, qu’elles soient rurales ou urbaines. « Toutes les activités anthropiques poussent progressivement ces micromammifères à s’adapter à un large éventail d’alimentation », a-t-elle expliqué.

 Mais cette capacité d’adaptation a un revers. En modifiant les paysages déforestation, urbanisation, exploitation minière l’homme favorise la prolifération d’espèces dites nuisibles, comme les rats et les souris.  « Certains micromammifères sont des réservoirs de zoonoses », a rappelé la chercheuse, insistant sur les implications pour la santé humaine et animale.

 Une vaste étude de terrain à l’échelle nationale

 Entre novembre 2022 et avril 2025, les équipes de l’IPGUI ont mené plusieurs missions dans les quatre régions naturelles de Guinée. Ces campagnes ont combiné sensibilisation des populations, capture d’animaux et analyses en laboratoire. Au total, « nous avons pu capturer 400 micromammifères, avec l’identification de 10 espèces », a précisé la Dre Grayo.

Les résultats montrent une forte variabilité selon les régions.

Dans les zones forestières, la biodiversité est plus riche, tandis que dans la région maritime, elle est fortement réduite. « Dans plus de 89 % des cas, nous avons des animaux domestiques, notamment les souris et les rats », a indiqué la Dre Solène Grayo, pointant un déséquilibre écologique préoccupant.

Autre facteur de risque identifié : les activités portuaires, notamment à Conakry. Elles favorisent l’introduction de nouvelles espèces et de pathogènes. « Les activités portuaires sont des moteurs d’introduction des micromammifères et des pathogènes associés », a-t-elle averti, évoquant notamment les orthohantavirus déjà détectés dans plusieurs villes africaines.

La leptospirose, une menace sous-estimée

La seconde partie de la présentation, assurée par le Dr Siba Pricemou, s’est concentrée sur la leptospirose, une maladie encore peu documentée en Guinée. « Dans des pays comme le nôtre, un danger invisible circule dans l’eau et à travers les rongeurs : la leptospirose », a-t-il alerté.

Cette zoonose bactérienne est causée par des bactéries du genre Leptospira, présentes dans l’environnement et transmises principalement par l’eau contaminée. Les symptômes, souvent confondus avec ceux du paludisme, compliquent le diagnostic. « Elle se manifeste par des douleurs abdominales, de la fièvre, des maux de tête et en cas de complication, une insuffisance rénale », a détaillé le Dr Pricemou.

Des résultats scientifiques préoccupants

Une étude menée en région forestière, notamment à Macenta, a permis d’obtenir des résultats significatifs. Selon le Dr Pricemou, sur 43 micromammifères capturés, 3 se sont révélés porteurs de leptospires, soit un taux de 7,1 %.

« Nous avons détecté deux espèces de leptospires dans trois réservoirs différents », a expliqué le Dr Pricemou. Parmi elles, Leptospira borgpetersenii et une autre espèce proche de Leptospira kirschneri, potentiellement encore peu documentée.

Ces résultats révèlent une double diversité tant sur les espèces de leptospires que sur les réservoirs, ce qui « constitue un réel risque de contamination de la population humaine », a-t-il insisté.

 Un enjeu majeur de santé publique

 Les deux chercheurs convergent sur un point essentiel : la nécessité d’une approche intégrée. Le concept « One Health », qui relie santé humaine, animale et environnementale, apparaît comme indispensable face à ces défis. « Il est crucial d’étudier et de surveiller ces micromammifères pour la santé de nos écosystèmes, de nos élevages et de notre propre santé », a résumé la Dre Grayo.

Pour le Dr Pricemou, les perspectives sont claires : « Nous souhaitons étendre cette étude aux autres régions de la Guinée et mieux comprendre le niveau d’exposition des populations humaines ». Dans un contexte de changements climatiques, d’urbanisation rapide et de pressions environnementales croissantes, cette étude constitue une alerte scientifique majeure.

Elle met en évidence non seulement la circulation de pathogènes encore peu étudiés, mais aussi le rôle clé des rongeurs dans leur propagation. Pour les chercheurs de l’IPGUI, renforcer la surveillance, la recherche et la sensibilisation des populations est désormais une priorité.

 

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