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Environnement

Guinée : arrêt temporaire de la coupe de bois, un geste salutaire mais encore insuffisant face à l’urgence écologique

Coupe du Bois, forêt de Kakoni, Gaoul © ONG Locale

Le Ministère guinéen de l’Environnement et du Développement Durable a annoncé, par un communiqué daté du 1er juillet 2025, l’arrêt des activités de coupe et de transport de bois sur toute l’étendue du territoire national pour la période allant du 7 juillet au 30 septembre 2025. Une décision prise dans le cadre du repos biologique, visant à préserver les ressources forestières gravement menacées par une exploitation intense et souvent incontrôlée.

Une mesure nécessaire face à l’érosion du couvert forestier

La Guinée, surnommée « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », a perdu près de 30 % de son couvert forestier en 30 ans, selon les données de Global Forest Watch. En 2022, plus de 13 600 hectares de forêts primaires ont été détruits, avec une hausse marquée dans les zones comme la Basse-Guinée et la Guinée Forestière, où les essences précieuses comme l’acajou, le niangon ou le teck sont particulièrement convoitées.

La pression s’intensifie, notamment à cause de l’exploitation industrielle et artisanale de bois d’œuvre, la production de charbon de bois (source d’énergie pour plus de 80 % des ménages guinéens), l’extension anarchique des zones agricoles.

Des flux de bois difficilement contrôlables

Malgré l’existence d’un cadre législatif notamment la Loi L/2017/060/AN et l’arrêté de 2016 encadrant l’exploitation forestière, l’application reste inégale. De nombreuses zones d’abattage clandestin échappent à tout contrôle officiel.

Les données manquent sur le volume exact du bois exporté légalement. Toutefois, certains rapports estiment que plus de 60 % du bois abattu en Guinée n’est pas déclaré, ce qui fait perdre d’importantes recettes à l’État tout en accentuant la dégradation de l’environnement.

Un repos biologique… mais aux effets limités

La mesure du MEDD s’inscrit dans une logique écologique louable, mais sa temporalité (moins de 3 mois) et son application essentiellement théorique limitent fortement son impact. En effet, les ressources humaines et logistiques de la Gendarmerie environnementale restent largement insuffisantes pour couvrir l’ensemble du pays. Les sanctions prévues par la loi sont rarement appliquées. Certains acteurs de la filière bois trouvent des moyens de contournement, notamment en anticipant les coupes ou en obtenant des dérogations officieuses.

Si la pause annoncée peut contribuer à freiner temporairement l’hémorragie forestière, elle ne suffira pas à inverser la tendance sans réformes structurelles, parmi lesquelles : la digitalisation du suivi forestier (géolocalisation, drones, bases de données ouvertes), le renforcement des mécanismes de traçabilité du bois, l’implication accrue des communautés locales dans la gestion participative des forêts, et surtout, un engagement politique fort pour faire respecter les lois existantes.

L’arrêt de la coupe de bois décrété par le ministère est un signal positif. Mais au-delà du symbole, la protection durable des forêts guinéennes nécessite un changement de paradigme, associant surveillance efficace, éducation environnementale, alternatives énergétiques durables et implication citoyenne.

Le patrimoine forestier de la Guinée est une richesse pour les générations futures. Le préserver ne doit pas être une mesure temporaire, mais un engagement permanent.

Alpha Oumar Bagou Barry

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