Ils avaient jusqu’au jeudi soir pour se mettre d’accord. Après dix jours d’intenses négociations, les 185 pays représentés à la cinquième, et en principe, dernière réunion du comité intergouvernemental de négociations pour aboutir à un traité mondial contre la pollution plastique ont échoué à trouver un terrain d’entente.
Présenté au milieu de la nuit de jeudi à vendredi, un nouveau texte de compromis comportait encore plus d’une centaine de points à clarifier après dix jours de discussion. Cependant, les chefs de délégation réunis en session informelle n’ont pas réussi à se mettre d’accord.
« Nous n’aurons pas de traité sur la pollution plastique ici à Genève », a résumé le représentant de la Norvège au cours d’une séance plénière au lever du jour, le vendredi 15 août rapporte la RFI.
Un peu plus tôt, l’Inde et l’Uruguay avaient souligné l’incapacité des négociateurs « à trouver un consensus ». La ministre française de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, s’est dite « déçue » et « en colère » après l’échec des négociations.
« Une poignée de pays, guidés par des intérêts financiers de court terme et non par la santé de leurs populations et la durabilité de leur économie, ont bloqué l’adoption d’un traité ambitieux contre la pollution plastique », a-t-elle déploré dans une déclaration sur la RFI.
Sérieuse discorde entre les deux camps
De profondes divisions demeurent entre les deux camps qui se sont affrontés sur le sujet. Les « ambitieux », dont l’Union européenne, le Canada, l’Australie, beaucoup de pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’îles, veulent nettoyer la planète du plastique qui commence à la gangréner et affecte la santé humaine, et surtout réduire la production mondiale de plastique. En face, des pays essentiellement pétroliers refusent toute contrainte sur la production d’hydrocarbures à la base de l’industrie plastique et toute interdiction de molécules ou d’additifs dangereux. La stratégie de ces pays pour faire durer éternellement ces négociations sans aboutir a encore fonctionné à nouveau. Et, même avec une nouvelle session à venir, on a du mal à voir pourquoi ils seraient plus constructifs la prochaine fois.
L’horizon reste incertain
L’avenir des négociations n’était pas clair dans l’immédiat, selon nos confrères de l’AFP. L’Ouganda a demandé une nouvelle session de négociation à une date ultérieure et la Commissaire européenne à l’environnement, Jessika Roswall, a estimé que Genève avait permis d’établir « une bonne base » pour une reprise des négociations. Le diplomate équatorien Luis Vayas Valdivieso, qui présidait déjà aux négociations lors de l’échec de la précédente séquence diplomatique en Corée du Sud à Busan en décembre 2024, devrait donner une brève conférence de presse, selon les services onusiens. Sa méthode et le processus de négociations ont été sévèrement critiqués tout au long de la séquence diplomatique de Genève, mais souvent de manière anonyme.
Déception des ONG présentes
Mécontentement aussi pour les ONG qui étaient très mobilisées. Certains observateurs rappellent toutefois qu’il a fallu vingt ans à d’autres accords internationaux pour aboutir à un traité de telle envergure, qui malheureusement n’a pas donné d’espoir. « Une profonde déception », a dit de son côté le délégué de Tuvalu, pour les petits États insulaires qui récupèrent sur leurs côtes la pollution plastique charriée par l’océan, rapportent nos confrères de la RFI.
Une immense déception pour l’Afrique aussi car, le continent attendait ce traité pour l’aider à faire face aux montagnes de déchets plastiques venus du nord et qui finissent sur ses territoires.
Alors que celle-ci a doublé entre 2000 et 2020, et qu’elle pourrait dépasser 1,2 milliard de tonnes d’ici 2060 selon l’OCDE, une centaine d’États réclament un traité ambitieux pour permettre de réduire la production mondiale de plastique.
Cette défaite des pourparlers vient s’ajouter à la longue liste des autres échecs sur le climat.
Issa Barry













