À Dalaba, au cœur du Fouta, pousse une plante que l’on appelle Vernonia djalonensis, appelée en langue locale Tékara par les habitants, est depuis des générations un remède naturel très apprécié pour soulager la toux. Mais aujourd’hui, ce trésor botanique risque de disparaître.
Le Dr Mohamed Kerfalla Camara, pharmacien et enseignant-chercheur, a consacré une étude scientifique à cette plante devenue rare, avec un message clair : « si rien n’est fait, elle pourrait s’éteindre silencieusement ». Son étude a été publiée dans la revue European Scientific Journal (ESJ).
Le chercheur s’est rendu dans les villages, a interrogé les habitants, discuté avec les guérisseurs et parcouru les plateaux de Dalaba où la plante tente encore de survivre. Ce qu’il découvre est frappant. « Vernonia djalonensis n’existe plus que sur deux petits sites, Bowal Tankon et Bowal Touppé Mama. À mesure que Dalaba s’urbanise, que les habitats s’étendent et que la pression humaine augmente, l’espace vital de cette plante se réduit. Sa disparition serait irréversible », alerte-t-il.
Pourtant, la plante reste omniprésente dans la mémoire collective. Tous les habitants rencontrés la connaissent ; ils l’utilisent presque de la même façon depuis des décennies : cueillir la plante, la faire bouillir et boire une tasse matin et soir pour apaiser la toux. Un geste simple, transmis de génération en génération, et qui fait partie du quotidien. Le Dr Camara a voulu comprendre pourquoi cette plante suscite autant de confiance. Ses analyses en laboratoire lèvent le mystère. « Vernonia djalonensis renferme plusieurs molécules actives : tanins, flavonoïdes, stéroïdes, saponosides, connues pour leurs effets anti-inflammatoires et antitussifs » confie-t-il.
Mais un danger invisible se cache derrière le succès de la plante. La plupart des utilisateurs arrachent la plante entière pour la faire bouillir, un geste qui, répété des centaines de fois, fragilise dramatiquement l’espèce. « Si l’on continue comme ça, la plante ne pourra pas se régénérer », explique le chercheur. Une alternative existe pourtant : n’utiliser que les feuilles, ce qui permettrait de préserver la plante tout en maintenant son usage thérapeutique.
Au fil de son enquête, le Dr Camara prend conscience d’une réalité plus large, la disparition de Vernonia djalonensis serait aussi la perte d’un savoir traditionnel. La pharmacopée guinéenne, riche et encore en grande partie inexplorée, repose sur ces plantes que l’on croit éternelles. Mais elles ne le sont pas.
Son étude se veut donc un appel, non seulement aux scientifiques, mais aussi aux autorités et aux communautés locales. Protéger les espaces où pousse la plante, sensibiliser les populations, encourager sa culture en pépinière, poursuivre la recherche sur ses effets médicinaux sont entre autres des mesures urgentes pour éviter que Tékara ne devienne un souvenir.
Dans un pays où de nombreuses familles se soignent grâce à la médecine traditionnelle, la disparition d’une espèce comme Vernonia djalonensis serait une perte immense, scientifique autant que culturelle. Grâce au travail du Dr Camara, la Guinée sait désormais que cette petite plante de Dalaba n’est pas un simple remède contre la toux. C’est un patrimoine vivant. Et il est temps de le protéger.
Alpha Oumar Bagou Barry













