Coronavirus : « la Guinée risque de tomber dans une crise alimentaire sans précédent » prévient Maladho Diallo

Coordinateur du projet, Partenariat des Jeunes pour le Développement Durable (PJDD), coopérative agro-pastorale qui porte le projet : « espoir jeune » Mamadou Maladho Diallo s’est confié à Universciences.com. Il nous livre ses constats et propositions liés aux difficultés auxquelles sont confrontées les acteurs du secteur agricole en Guinée ; alors que les agriculteurs sont sommés de continuer à travailler pour nourrir la population en cette période de pandémie de coronavirus. Interview.

Universciences : quelles sont les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur vos activités ?

Mamadou Maladho Diallo : les conséquences sont énormes en cette période de pandémie. Pourtant, s’il y a un maillon essentiel dans le secteur économique, c’est bien l’agriculture. Mais, dès lors que le secteur agricole tourne au ralenti, les agriculteurs sont directement touchés de plein fouet. Il est important de rappeler que les producteurs dépendent spécialement des hôtels. Parce que, c’est quand ces hôtels reçoivent une clientèle que la demande augmente à notre niveau. Or, dans ce domaine, quand vous n’arrivez pas à vendre vos produits, vous perdez tout de suite parce qu’il n’y a pas de capacités de production au niveau local et les produits sont périssables.

Universciences : les agriculteurs rencontrent-ils des difficultés pendant cette crise sanitaire de coronavirus ?

Mamadou Maladho Diallo : à ce jour, le problème réside à trois niveaux : premièrement, il ya  une forte baisse de la demande ; deuxièmement, il ya une chute libre des prix de vente sur le marché mais également, les pertes liées aux trafiques sont considérables. Car, les restrictions dans la circulation influencent négativement nos procédures d’acheminement des produits. Généralement, tous les produits locaux consommés à Conakry viennent de l’intérieur du pays. Bref, nous sommes dans une situation très extrême. Nous avons non seulement fauchés nos calculs, mais aussi, nous n’avons plus de liquidités. Aujourd’hui, nous sommes obligés de distribuer nous même nos produits. Ce qui était assuré avant l’épidémie par nos partenaires distributeurs.

Mais, Ces distributeurs sont aussi dans une situation délicate parce que les clients leurs doivent des impayés. Certes, si nous ne faisons pas attention, le pays risque de tomber dans une crise alimentaire sans précédent. Si nous ne sommes pas épaulés aussi, nous ne pouvons pas produire. Pourtant, nous sommes à un mois de la campagne agricole donc, c’est maintenant ou jamais. Malheureusement si nous ne bénéficions d’accompagnement, le pays risque de subir une crise alimentaire pendant et après cette pandémie de Covid-19.

Universciences : en termes de pertes peut-on avoir des statistiques comparativement à l’année dernière?

Mamadou Maladho Diallo : les pertes sont énormes et les conséquences désastreuses. Dans chaque spéculation, on a perdu au minimum 80% de la production. Imaginez quand d’habitude on vendait un kilo de poivrons à raison de 40.000 GNF l’année passée et aujourd’hui, la même quantité est vendue à 7000 GNF. Quant à la pomme de terre, elle était vendue à 15.000 GNF l’année dernière, actuellement, elle se négocie jusqu’à 5.000 GNF. Donc, nous perdons énormément. Cela anéanti le producteur et le distributeur.

Universciences : comment faire pour combler le fossé creusé par le coronavirus dans le secteur agricole ?

Mamadou Maladho Diallo : il n’est pas facile de combler ce vide grenier laissé par le coronavirus. Néanmoins, l’Etat doit s’organiser et mener une enquête approfondie pour pouvoir relancer ceux qui sont déjà dans la production.  Il faut mettre  également un fond à la disposition  des femmes, des jeunes du monde rural parce qu’ils font manger ceux qui sont en ville. Sinon les producteurs seront dans l’incapacité de produire.

Universciences : avec les restrictions actuelles dans le secteur des transports causées par la pandémie de covid-19, ya-t-il suffisamment d’intrants agricoles pour lancer la campagne de cette année ?

Mamadou Maladho Diallo : ils n’y a pas d’engrais et de semences dans les magasins de référence de l’Etat. J’ai personnellement fait le tour des magasins mais, il n’y en a pas. Avant, on achetait ces intrants à 150.000 GNF le sac d’engrais. En ce moment, c’est à raison de 380.000 GNF. Vouloir l’acheminer à l’intérieur du pays, c’est sans doute à raison de 420.000 GNF le sac. Donc ce n’est pas tout le monde qui peut s’offrir les engrais à ces prix-là.

Universciences : quel plan de relance serait envisageable pour sauver l’agriculture guinéenne ?

Mamadou Maladho Diallo : aujourd’hui, il est nécessaire que l’Etat rachète directement ces produits aux agriculteurs pour les distribuer soit dans les garnisons militaires ou les offrir aux plus vulnérables.  L’Etat doit nous aider dans la commercialisation des stocks disponibles, pour éviter que les produits ne pourrissent. Il faut également que toutes les parties prenantes soient représentées lors des discussions. Malheureusement le gouvernement prend moins ou pas les propositions des acteurs du secteur agricole.

Il faut que les autorités nous aident à avoir les intrants agricoles à temps pour combler le vide causé par le Covid-19. Il est important de rappeler que certains  agriculteurs  se sont endettés pour produire, malheureusement sans un bon plan de relance, ils ne pourront plus honorer leurs engagements. On nous parle de partenaires au développement mais généralement ils sont quasiment absents quand il s’agit d’assister les producteurs locaux. Pourtant, ils ont plein de choses à offrir aux agriculteurs de la Guinée pendant cette période de coronavirus.

Universciences : le plan de riposte économique et social contre le Coronavirus ne vous prend pas en compte ?

Mamadou Maladho Diallo : Nous avons entendu parler de plans de riposte économique et social contre le Covid-19, mais jusque-là personne ne nous a contacté pour nous faire des propositions. Fort heureusement, nous sommes dans les discours. Pourtant nous avons envoyé une note aux autorités pour leurs signaler les problèmes auxquels nous sommes confrontés et aussi nous avons proposé un plan de relance, mais personne ne nous a appelé par rapport à ces questions.

Universciences : merci d’avoir répondu à nos questions !

Mamadou Maladho Diallo : c’est à moi de vous dire merci !

 

Propos recueillis par Mamadou Kindy BAH

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