De 30 hectares à seulement 7 aujourd’hui, le Jardin botanique de Camayenne, premier jardin d’essai d’Afrique de l’Ouest créé en 1897, est progressivement étouffé par l’urbanisation à Conakry. Berceau de l’expérimentation agricole guinéenne et patrimoine scientifique majeur, ce site historique survit sans budget suffisant, avec des espèces centenaires menacées et des infrastructures à l’abandon. Face à cette lente disparition, l’urgence d’un sursaut national s’impose.
Premier jardin botanique d’Afrique de l’Ouest, ce site historique fut le berceau de l’expérimentation agricole en Guinée. Mais il faut le dire clairement que ce patrimoine a été piégé et attaqué par l’urbanisation. De 30 hectares à l’origine, il ne reste aujourd’hui que 7 hectares, selon le sous-lieutenant Djibril Traoré, responsable du Jardin Botanique de Camayenne. Plus de 75 % de sa superficie a disparu, absorbée par des constructions administratives et institutionnelles. Parmi les édifices réalisés sur cet espace figurent la cité ministérielle, l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, l’Hôpital national Donka, le Stade du 28 Septembre et la Grande Mosquée Fayçal, entre autres infrastructures majeures.
« Il s’est établi du pont 8 novembre jusqu’à Dixinn Terrasse. Mais avec l’urbanisation, nous sommes coincés entre la Mosquée Fayçal et le Cimetière de Cameron », regrette le sous-lieutenant Traoré.

Le berceau de l’agriculture moderne guinéenne
Dès 1898, les premières expérimentations sur les bananiers et les ananas y sont lancées. Les plants testés à Camayenne sont ensuite vulgarisés à Boffa, Dubréka, Coyah, Kindia et Forécariah. Résultat, dans les années 1950, la Guinée devient l’un des meilleurs exportateurs de bananes et d’ananas de la sous-région.
« Les premiers essais ont porté sur les bananiers et les ananas. Ça a commencé dès 1898 », explique le responsable du jardin botanique.
En 1905 déjà, le jardin comptait 225 espèces végétales, mais aujourd’hui, il n’en resterait officiellement que 114 sur seulement 7 hectares, contre 30 hectares à l’origine, selon le sous-lieutenant Traoré. Une réduction drastique, symbole d’un patrimoine qui s’effrite.
Des espèces centenaires menacées
Mangoustaniers, abricotiers, sapotiers, khaya senegalensis, des espèces emblématiques, certaines âgées de plus de 100 ans, sont aujourd’hui menacées de disparition. Les mangoustaniers, symboles du tout premier plant introduit dans le jardin a presque disparu.
« Il ne nous reste que trois pieds ici », affirme le sous-lieutenant Traoré. Sans intervention rapide, ces témoins vivants de notre histoire agricole risquent de disparaître à jamais.

Des infrastructures coloniales à l’abandon
Les bâtiments datant de 1897 existent encore, mais ne sont plus opérationnels. Pour le Sous-lieutenant Traoré, le jardin manque de tout. « Pas de budget de fonctionnement, d’équipements techniques et biologiques, de sécurisation suffisante, d’un plan d’assainissement durable ».
Un projet existe mais attend des financements
Toutefois le sous-lieutenant Djibril Traoré, responsable du jardin et son équipe, ont mis en place projet structuré en cinq volets et soumis, notamment avec l’appui de la BND et en collaboration avec un programme financé par l’Union européenne. Il tiendra en compte notamment de : « la Réhabilitation des infrastructures historiques, l’enrichissement botanique (replantation sur 2 hectares), la sécurisation complète du site, l’assainissement et la création d’un espace de détente et d’attraction touristique », nous confie le sous-lieutenant Djibril.
Tourisme vert, recherche scientifique, développement agricole, éducation environnementale, création d’emplois, tel est l’immense potentiel du jardin botanique.
Un levier pour l’économie locale et le tourisme
Imaginez un site historique datant de 1897, restauré et mis en valeur, intégré aux circuits touristiques de Conakry. Un jardin botanique attractif pourrait devenir à la fois un pôle scientifique, un centre d’expérimentation agricole et un espace de loisirs pour les familles. Il servirait également de vitrine écologique pour montrer la richesse naturelle de la Guinée. Dans plusieurs pays africains, les jardins botaniques jouent un rôle moteur dans le développement économique et touristique.
L’heure de l’action
Le Jardin botanique de Camayenne n’est pas un simple espace vert. C’est un patrimoine national, un acquis de notre indépendance et un symbole scientifique de toute la sous-région. Sa survie ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté d’un service rattaché à la Direction nationale des Eaux et Forêts, qui dispose d’un budget insuffisant.
« Sauver le Jardin botanique de Camayenne, c’est préserver notre mémoire, renforcer notre économie verte et investir dans l’avenir », conclut le sous-lieutenant Djibril Traoré.
Sauver le Jardin botanique de Camayenne, ce n’est pas seulement préserver des arbres centenaires. C’est protéger une mémoire scientifique, offrir un espace d’apprentissage aux générations futures et ouvrir une voie concrète vers une économie verte durable. Le site existe, le projet aussi. Reste désormais une volonté collective pour empêcher que ce patrimoine unique ne disparaisse définitivement du paysage guinéen.
Mamadou Kindy BAH












