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Environnement

Chercher l’eau, subir la vie : le quotidien des femmes de Tayaki

Une fille portant un bidon qui part à la recherche d’eau potable, à Tayaki © Mansa Moussa MARA/UniverSciences

Situé sur les côtes guinéennes, en plein cœur de la capitale, Tayaki est un village côtier à quelques kilomètres du quartier Kobaya, en banlieue de Conakry. Dans ce village de pêcheurs, la routine des femmes est marquée par la recherche de l’eau dans un puits situé à environ trois kilomètres. Cette denrée précieuse y est extrêmement difficile à trouver.

Après les silhouettes impressionnantes des maisons du quartier Kobaya, il faut parcourir plusieurs kilomètres sur une route poussiéreuse et enclavée, traversant des zones marécageuses, pour atteindre Tayaki. Dans ce village, l’accès à l’eau est un véritable défi. Très tôt le matin, les femmes se réunissent au centre du village avant d’entamer leur marche quotidienne vers le point d’eau.

« Chaque matin, nous parcourons des kilomètres pour aller chercher de l’eau. On doit traverser toute la forêt pour en trouver, et en plus, elle est de très mauvaise qualité. Mais on n’a pas le choix », témoigne M’Mbalia Soumah, habitante de Tayaki.

Chaque matin, à Tayaki, c’est la ruée vers l’eau. Munies de bidons et de seaux, les femmes entament un long trajet à la recherche de cette ressource vitale. Parmi elles, on retrouve aussi de jeunes enfants portant des bidons de 10 litres. Un parcours éprouvant, mais indispensable à la survie des nombreuses familles de la localité.

« Ce trajet nous fatigue énormément. Parfois, on a mal partout, mais on doit le faire pour avoir de l’eau », explique Mbalia.

En cette saison sèche, l’eau du puits présente une couleur rougeâtre. « Après la saison des pluies, on peut avoir de l’eau propre ici. Mais en saison sèche, elle devient rougeâtre », précise Yakha Bangoura.

Elle ajoute : « Quand vous arrivez, vous devez faire la queue. S’il y a beaucoup de monde, ceux qui en ont les moyens achètent l’eau : un bidon coûte 5 000 GNF. Ceux qui n’ont pas d’argent vont en ville pour en chercher. »

Une eau rougeâtre destinée à la consommation à Tayaki

Sur le chemin du retour, portant une bassine remplie d’eau, Yakha estime que, faute de pouvoir faire ce trajet, certains sont contraints d’acheter cette ressource pourtant essentielle.

« Chaque matin et chaque soir, c’est ici que nous prenons de l’eau. Si tu ne peux pas faire ce trajet, tu achètes un bidon à 5 000 GNF », dit-elle.

Malgré sa couleur rougeâtre, cette eau est consommée par l’ensemble des familles de Tayaki. Une fois puisée et versée dans des seaux, elle présente une teinte inquiétante, sans pour autant empêcher sa consommation, grâce à des méthodes de traitement locales.

« C’est cette eau que nous puisons et ramenons à la maison pour y mettre de la pierre d’alun. Quand elle devient claire, on peut préparer le riz avec. Sinon, il faut aller à Kobaya chercher de l’eau, mais là-bas, il faut de l’argent », explique Mamie Camara.

À Tayaki, la difficulté d’accès à l’eau ne relève pas seulement d’un manque d’infrastructures, elle est aussi étroitement liée aux pressions environnementales. La dégradation des zones côtières, l’avancée de l’eau salée et les effets du changement climatique fragilisent les ressources en eau douce, rendant leur disponibilité de plus en plus incertaine.

La coloration rougeâtre observée en saison sèche peut ainsi refléter des déséquilibres naturels accentués par ces perturbations. Dans ce contexte, la question de l’accès à l’eau devient indissociable des enjeux environnementaux, posant le défi urgent de protéger les écosystèmes tout en garantissant des conditions de vie dignes aux populations locales.

Mansa Moussa Mara

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