À l’UGANC, 206 diplômés appelés à transformer leurs recherches en solutions pour la Guinée

Plan d'ensemble à la cérémonie de remise des diplômes à l'UGANC © Ibrahima Sory Moudias
L’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC) a célébré, ce samedi 26 septembre 2026, la remise de diplômes de Master et de Doctorat à 206 récipiendaires. Une cérémonie placée sous le signe de la reconnaissance, de la recherche scientifique et, surtout, de la responsabilité de mettre les connaissances produites au service de la société guinéenne.
Il y avait de la fierté, de l’émotion et, derrière les sourires, le poids d’une responsabilité nouvelle. Ce samedi, l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry a honoré 206 diplômés, dont 138 titulaires d’un Master et 68 nouveaux docteurs dans plusieurs spécialités dont : santé publique, microbiologie, biologie médicale, mathématiques, informatique, environnement.
Pour le professeur Alpha Kabinet Keita, recteur de l’UGANC, cette cérémonie ne pouvait être réduite à une simple remise de diplômes. Prenant la parole devant les récipiendaires, les enseignants, les familles et les représentants des institutions, il a d’abord invité l’assistance à observer une minute de silence en mémoire des enseignants et maîtres disparus ces derniers mois. « Aujourd’hui, c’est un jour pour rendre hommage », a-t-il déclaré, avant de saluer la mémoire de ceux qui ont contribué à transmettre le savoir et à bâtir l’université.
Plusieurs années de formation et de recherche
La cérémonie intervient trois ans après le lancement de ces rendez-vous annuels de remise de diplômes. Mais, selon le recteur, celle de cette année revêt une portée particulière. Derrière les chiffres annoncés se cachent, selon lui, « des années de terrain, de paillasses, de calculs, de nuits de rédaction », souvent réalisées avec des moyens modestes. Une réalité qui concerne particulièrement une grande partie des récipiendaires, déjà enseignants-chercheurs ou chercheurs en activité.
Ces derniers ont dû mener leurs travaux scientifiques tout en continuant à assurer leurs cours, leurs encadrements et leurs responsabilités professionnelles et personnelles. « Le mérite vous revient d’abord », a souligné le professeur Alpha Kabinet Keita, tout en rendant hommage aux encadreurs, aux directeurs de mémoire, aux membres des jurys et aux familles qui ont accompagné les diplômés tout au long de leur parcours.
Au-delà du diplôme, le recteur a rappelé ce que représente réellement une formation par la recherche : apprendre à poser une question, construire une méthode, produire des données fiables et soumettre ses résultats au jugement des pairs. « Un master, un doctorat, au-delà du concept, ce n’est pas simplement un certificat de présence », a-t-il insisté.
Des recherches tournées vers les réalités du pays
Santé publique, microbiologie, biologie médicale, environnement, énergie, océanographie, chimie, produits naturels, mathématiques, informatique, génie civil ou encore télécommunications : les travaux présentés par les nouveaux diplômés couvrent des domaines directement liés aux besoins de la Guinée.
Pour le recteur, cette diversité montre que la recherche universitaire ne doit pas rester enfermée dans les amphithéâtres et les laboratoires. Les mémoires et les thèses produites portent, selon lui, des résultats et des recommandations qui peuvent contribuer à soigner la population, protéger l’environnement, gérer les ressources naturelles, produire de l’énergie ou encore développer les infrastructures.
C’est pourquoi il a lancé un appel clair aux institutions publiques, aux collectivités, aux entreprises et aux partenaires : faire sortir les travaux scientifiques des rayonnages pour leur donner une utilité concrète. « Un pays qui forme des chercheurs sans les utiliser, sans utiliser leurs résultats, paie deux fois leur formation », a-t-il averti.
Un message auquel a fait écho le représentant du ministère de l’Enseignement supérieur, Dr Mory Sidimé, responsable de la planification au sein du département. Selon lui, la cérémonie traduit concrètement les efforts engagés dans le cadre du programme de formation des formateurs, notamment à travers l’objectif de formation de 5 000 Masters et 1 000 docteurs.
Il estime que les recherches menées par les récipiendaires doivent désormais contribuer à la résolution des problèmes auxquels la société guinéenne est confrontée. « Ces problèmes sont dans notre société », a-t-il relevé, soulignant que les solutions issues de ces recherches sont pensées à partir des réalités du terrain. Pour le représentant du ministère, les mémoires et les thèses constituent ainsi non seulement une contribution à la communauté scientifique, mais aussi une source potentielle d’aide à la décision pour les responsables publics.
« Une grande responsabilité » pour les nouveaux diplômés
Parmi les voix entendues au cours de la cérémonie, celle de la Dre Mariama Camara, enseignante-chercheure au département de chimie de l’UGANC et représentante des récipiendaires, traduit particulièrement cet état d’esprit.
Pour elle, l’obtention du diplôme est certes un moment de « joie » et de « fierté », mais cette fierté s’accompagne immédiatement d’une responsabilité : celle de continuer à produire, transmettre et valoriser le savoir. Son propre travail de recherche porte sur la caractérisation des bauxites de Boffa pour la production de l’alumine par le procédé Bayer.
À travers ce travail, la chercheure mesure la responsabilité qui accompagne l’investissement consenti par la nation dans la formation de ses cadres. « C’est ce que la nation a investi en nous. Il est de notre devoir de faire fructifier cet investissement au bénéfice du bien commun », a-t-elle déclaré.
Une phrase résume l’esprit de cette cérémonie : le diplôme ne constitue pas l’aboutissement du parcours scientifique, mais une étape supplémentaire au service de la connaissance et du développement.
52 femmes sur 206 diplômés : un défi qui reste posé
Si la cérémonie est un moment de satisfaction, elle est également l’occasion de regarder les défis qui demeurent. Sur les 206 diplômés, seules 52 sont des femmes, soit environ un quart des récipiendaires.
Pour le professeur Alpha Kabinet Keita, cette situation appelle à poursuivre les efforts en faveur d’une meilleure représentation des femmes dans les formations avancées et la recherche scientifique. Le recteur a également insisté sur la nécessité de garantir des financements stables et prévisibles pour les laboratoires, les équipements, les bourses, la mobilité scientifique et la publication des travaux. Car, selon lui, investir dans la recherche nationale revient aussi à renforcer la capacité du pays à produire ses propres réponses plutôt qu’à dépendre systématiquement de solutions conçues ailleurs.
Une nouvelle étape commence
Dans les différentes interventions, un même message s’est finalement dégagé : le diplôme ne doit pas être une fin en soi. Aux nouveaux diplômés, le recteur a demandé de rester curieux, rigoureux et honnêtes avec les données produites, de continuer à publier, à partager leurs résultats et surtout à transmettre à leur tour.
Former d’autres chercheurs, partager les connaissances et maintenir vivante la curiosité scientifique : pour lui, c’est aussi une manière de rester fidèle à ceux qui ont enseigné avant eux.
Pour le Pr Aboubacar Oumar Bangoura, directeur du service des études avancées à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, les nouveaux diplômés de l’UGANC sont désormais appelés à franchir une nouvelle étape : transformer les connaissances acquises et les résultats obtenus en contributions concrètes à la société.
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