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FactuSciencesSanté

NON, les graines de fenugrec ne peuvent pas remplacer les médicaments contre le diabète comme l’affirme Barry Pellal

le fenugrec

Le tradipraticien Barry Pellal affirme dans une vidéo publiée le 14 avril 2026 sur sa page Facebook Barry Pellal Médias et largement partagée par ses abonnés que « les personnes atteintes de diabète, quel que soit le type, peuvent abandonner leurs médicaments au profit d’une préparation à base de graines de fenugrec ». Une affirmation qui n’est pas étayée par les preuves scientifiques disponibles et qui peut être dangereuse, notamment pour les personnes atteintes de diabète de type 1.

À la date du 13 août 2026, la vidéo totalisait 3 907 mentions « J’aime », 1 304 commentaires et 8 271 partages. L’auteur y affirme textuellement : « Quel que soit le type de diabète que vous avez, je dis bien, et vous avez bien entendu, quel que soit le type de diabète qui vous fracasse, qui vous fatigue, prenez les médicaments là vous mettez ça à côté. Allez-y chercher les graines de fenugrec, tu cherches ça en grande quantité, tu envoies, tu prends une poignée, tu mets dans un 2 litres d’eau. Tu attends que ça se dissolve. Tu remis comme ça se doit. Jusqu’à ce que les graines se dissolvent et deviennent de l’eau. Se mélange avec cette eau. Tu prends cette eau, tu bois matin, midi, soir ».

Il recommande également d’éviter les sucreries et « les fruits qui sont trop sucrés », avant de conclure : « Il n’y a pas de maladie qui n’a pas de guérison ».

Dans cet article, Universciences vérifie ces affirmations à partir de publications scientifiques, de sources institutionnelles et de l’avis du Dr Jean Loua, médecin interne du service de Diabétologie de l’hôpital régional de Conakry.

Qui est Barry Pellal ?

Connu sur les réseaux sociaux en Guinée comme tradipraticien, Barry Pellal publie régulièrement des contenus consacrés à la santé, aux plantes médicinales et aux remèdes traditionnels. Dans la vidéo vérifiée, il s’adresse directement aux personnes vivant avec le diabète et présente le fenugrec comme un substitut aux médicaments, sans distinguer les différents types de diabète, une distinction pourtant fondamentale.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le diabète regroupe plusieurs formes, notamment les types 1, 2 et gestationnel. Le type 1 se caractérise par une production insuffisante d’insuline et nécessite une administration quotidienne de cette hormone ; le type 2 correspond à une utilisation inefficace de l’insuline par l’organisme. Cette distinction est au cœur de notre vérification.

Le fenugrec a-t-il réellement un effet sur la glycémie ?

Oui, et c’est précisément ce qui donne à l’affirmation son apparence de crédibilité. Le fenugrec (Trigonella foenum-graecum), utilisé depuis longtemps comme aliment et plante médicinale, a fait l’objet de plusieurs essais cliniques et méta-analyses sur ses effets sur la glycémie.

Une revue systématique de 2023 indexée par la National Library of Medicine (NLM), portant sur 14 essais cliniques et 894 participants, observe une amélioration de certains paramètres glycémiques — dont une diminution de l’HbA1c — chez les personnes ayant consommé du fenugrec, tout en soulignant la faible qualité et l’hétérogénéité des études disponibles. Une revue systématique plus récente, publiée en 2025 sur 26 essais randomisés, retrouve des effets favorables similaires sur la glycémie à jeun et l’HbA1c, mais appelle-t-elle aussi à des essais de meilleure qualité pour confirmer ces résultats.

Interrogé sur cette question, le Dr Jean Loua invite à ne pas aller plus vite que les données scientifiques : « Je ne peux pas beaucoup m’aventurer sur leur mécanisme d’action, leurs effets secondaires ou encore leurs éventuels effets bénéfiques ». Il précise qu’à sa connaissance, le fenugrec ne fait pas partie des médicaments antidiabétiques utilisés dans la prise en charge du diabète.

Le constat est donc nuancé : le fenugrec mérite d’être étudié, mais son éventuel effet sur la glycémie ne suffit pas à en faire un traitement du diabète. C’est précisément là que se situe le problème avec la vidéo de Barry Pellal.

Des résultats scientifiques qui ne disent pas ce que la vidéo leur fait dire

Aucune des données disponibles ne permet de conclure qu’une personne diabétique peut arrêter son traitement pour boire de l’eau de fenugrec à la place. Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH), organisme des National Institutes of Health américains, adopte une position prudente : certaines recherches suggèrent que le fenugrec pourrait contribuer à réduire la glycémie chez les personnes atteintes de diabète de type 2, mais la qualité insuffisante de plusieurs études ne permet pas d’en tirer des conclusions solides.

Le Dr Jean Loua fait la même distinction : « Il existe effectivement des aliments qui ont un effet hypoglycémiant. Cela signifie qu’ils peuvent contribuer à diminuer légèrement la glycémie. Mais cela ne veut absolument pas dire que cet aliment est un médicament capable de traiter ou de guérir le diabète ». Faire baisser légèrement une glycémie et traiter la maladie sont deux choses différentes.

Une recette maison sans validation clinique

Barry Pellal recommande une préparation précise : une poignée de graines de fenugrec dissoute dans deux litres d’eau, à boire matin, midi et soir. Nous n’avons trouvé aucune étude clinique validant cette recette comme traitement du diabète. Les essais existants utilisent des formes, des quantités et des durées différentes, dont les résultats ne peuvent pas être transposés à une préparation domestique dont le dosage n’est pas standardisé.

Le problème principal : « mets tes médicaments à côté »

L’auteur ne présente pas le fenugrec comme un complément possible au traitement : il conseille explicitement aux personnes diabétiques de mettre leurs médicaments de côté. Or, l’OMS rappelle que le diabète se traite par une combinaison de mesures hygiéno-diététiques, de médicaments et de suivi médical, et que pour les personnes atteintes de type 1, l’insuline est indispensable à la survie. Les recommandations 2026 de l’American Diabetes Association et le CDC confirment que la plupart des adultes vivant avec un diabète de type 1 doivent recevoir de l’insuline selon un schéma adapté ; une préparation de fenugrec ne peut donc pas s’y substituer.

Le Dr Jean Loua insiste sur ce qui distingue une maladie chronique d’une affection que l’on pourrait faire disparaître en prenant temporairement un produit : « On ne peut donc pas dire à une personne : « Prenez ce médicament pendant un certain temps et, lorsque vous arrêterez, votre diabète sera définitivement réglé. » » Il ajoute : « Il ne faut surtout pas oublier la chronicité et le caractère progressif de la maladie ». Pour le diabète de type 1, qualifié de maladie auto-immune, la question se pose avec encore plus d’acuité : « Comment peut-on alors prendre quelques graines et affirmer automatiquement qu’elles peuvent faire disparaître la maladie ? », interroge le diabétologue.

Le fenugrec n’est pas non plus sans risque

Autre raccourci fréquent : penser qu’une plante est sans danger parce qu’elle est naturelle. Le NCCIH indique que le fenugrec peut provoquer des effets indésirables digestifs (diarrhées, nausées), une baisse excessive de la glycémie à forte dose, des réactions allergiques et des interactions avec certains médicaments. L’organisme recommande aux personnes déjà sous traitement de consulter un professionnel de santé avant d’en consommer.

Le Dr Jean Loua appelle à la prudence face aux produits présentés en ligne comme des alternatives aux traitements médicaux : « Facebook, Google et les autres plateformes sont accessibles à tout le monde. Chacun peut y publier ce qu’il veut. Mais ce n’est pas parce qu’une information est publiée sur Internet qu’elle est automatiquement vraie ou scientifiquement validée ». Il ajoute que l’espoir d’une solution simple peut pousser des patients à modifier seuls leur traitement : « Une maladie chronique agit sur les personnes, y compris psychologiquement. Il faut essayer de comprendre cela. Cela agit beaucoup sur les patients ». Il précise : « Lorsqu’on dit à une personne qui souffre d’une maladie chronique : « Si tu prends ce produit, ta maladie va disparaître », certaines personnes vont tenter le coup sans même consulter leur médecin ».

« Évite les fruits trop sucrés » : une recommandation trop simpliste

La vidéo conseille aussi d’éviter « les fruits qui sont trop sucrés », donnant l’impression que le sucre naturellement présent dans certains fruits doit être systématiquement exclu de l’alimentation des personnes diabétiques. La réalité est plus nuancée : l’OMS recommande une alimentation saine et équilibrée dans la prévention et la prise en charge du diabète, l’alimentation et l’activité physique faisant partie des éléments essentiels de cette prise en charge. La question des fruits ne peut pas être réduite à une liste d’aliments « autorisés » ou « interdits » : la quantité consommée, la forme du fruit et la situation médicale de chaque personne doivent être prises en compte. Une recommandation générale de suppression ne remplace donc pas les conseils personnalisés d’un professionnel de santé.

« Il n’y a pas de maladie qui n’a pas de guérison »

Cette phrase est trompeuse appliquée au diabète. L’OMS décrit le diabète comme une maladie chronique dont les conséquences peuvent être évitées ou retardées grâce à une prise en charge appropriée — non guérie. Dans le cas du diabète de type 2, certaines personnes peuvent atteindre une rémission après une perte de poids importante ou certaines interventions médicales, mais les spécialistes parlent de rémission, non de guérison définitive. Le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK) précise que la rémission correspond à un retour de la glycémie dans une plage non diabétique pendant une période prolongée, sans médicaments, et que le terme « guérison » n’est pas utilisé car la glycémie peut redevenir diabétique, notamment en cas de reprise de poids.

Le Dr Jean Loua rappelle que l’annonce du diagnostic peut fragiliser psychologiquement le patient : « Le diabète est une maladie dont l’annonce n’est pas toujours facile à vivre. Une fois le diagnostic annoncé, la personne qui vit avec cette maladie peut être psychologiquement très affectée ». Pour lui, la prise en charge ne doit donc pas se limiter aux médicaments : « C’est pourquoi il faut aussi prendre en compte l’aspect psychologique de la maladie et accompagner les patients correctement ».

Au final, le fenugrec n’est pas une plante sans intérêt scientifique : plusieurs essais suggèrent qu’il pourrait améliorer certains paramètres glycémiques, notamment dans le diabète de type 2. Mais aucun de ces travaux ne démontre qu’il guérit le diabète ou qu’il peut remplacer un traitement prescrit, et aucun ne valide la recette précise diffusée dans la vidéo. Le Dr Jean Loua résume cette prudence : « Personnellement, je connais le fenugrec davantage comme complément alimentaire », précisant qu’il ne le connaît pas « comme un médicament permettant de gérer ou de guérir le diabète ».

Verdict : FAUX ET POTENTIELLEMENT DANGEREUX

Le fenugrec pourrait avoir un effet sur la glycémie, notamment dans le diabète de type 2, mais aucune preuve scientifique solide ne montre qu’il guérit le diabète ou remplace les traitements médicaux. La recette proposée par Barry Pellal n’a pas de posologie scientifiquement validée. Arrêter un traitement prescrit, notamment l’insuline, pour le remplacer par du fenugrec peut être dangereux, en particulier pour les personnes atteintes de diabète de type 1.

Cet article a été rédigé par Mamadou Kindy BAH dans le cadre du projet Fact-Check Citoyen financé par l’Association des Blogueurs pour une Citoyenneté Active (ABCA) et ses partenaires.

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