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Les plantes qui soulagent : quand la médecine traditionnelle kpèlè soigne les hémorroïdes

Décoction de plante, à l’IRDPMAG © @LeBagou / UniverSciences

Les hémorroïdes, un mal aussi ancien que tabou, touchent une grande partie de la population adulte guinéenne. Dans la région forestière, à Lola, au cœur de la communauté kpèlè, la médecine traditionnelle reste la première réponse pour apaiser douleurs et saignements.

Une étude menée par le Dr Mohamed Kerfalla Camara, chercheur à l’Institut de recherche et de valorisation des plantes médicinales et alimentaires de Guinée et enseignant chercheur à l’UGANC, vient lever le voile sur les plantes locales utilisées dans le traitement de cette affection. Son étude a été publiée dans la revue Ramres, du CAMES.

Une enquête au cœur du savoir traditionnel

Pendant plusieurs semaines, l’équipe du Dr Camara a sillonné les villages de la préfecture de Lola. Guérisseurs, femmes herboristes et anciens ont partagé leurs connaissances sur les plantes employées contre les hémorroïdes. Grâce à des entretiens et à des observations directes, les chercheurs ont recueilli les noms vernaculaires, les modes de préparation et les perceptions locales de la maladie.

Les plantes qui soignent

Vingt espèces végétales ont été recensées, parmi lesquelles certaines sont particulièrement populaires. Les feuilles d’Alchornea cordifolia, appelée « Kpèbè », sont utilisées en décoction ou en cataplasme. Mitracarpus scaber, connu sous le nom de « Tombéa », s’applique directement sous forme de jus frais. D’autres plantes comme Ageratum conyzoides (« Gbanlè »), Newbouldia laevis (« Wolou ») et les feuilles de goyavier (Psidium guajava) servent à des bains de siège ou à des lavages anaux. Leur efficacité repose sur leurs propriétés anti-inflammatoires, astringentes et cicatrisantes.

Quand soigner, c’est aussi rétablir l’équilibre

Chez les Kpèlès, les hémorroïdes ne sont pas seulement vues comme un trouble physique. Elles sont perçues comme le signe d’un déséquilibre interne, souvent causé par l’alimentation ou un excès de chaleur corporelle. La guérison passe donc par une approche globale, où le corps et l’esprit doivent retrouver leur harmonie. Dans ce système, les guérisseurs ne sont pas de simples soignants : ils sont les gardiens d’un savoir ancestral et d’une cohésion communautaire précieuse.

Préserver un patrimoine vivant

L’étude du Dr Camara révèle l’immense potentiel de la pharmacopée guinéenne, mais aussi sa fragilité. Avec la disparition progressive des détenteurs du savoir traditionnel et la surexploitation de certaines espèces, ce patrimoine est menacé. Le chercheur plaide pour une valorisation scientifique des plantes médicinales, « afin d’en identifier les principes actifs et d’envisager leur utilisation dans la médecine moderne. C’est une manière de protéger à la fois la biodiversité et la culture des peuples forestiers » nous confie-t-il.

Qui est le Dr Mohamed Kerfalla Camara ?

Chercheur passionné par les plantes et les savoirs traditionnels, le Dr Mohamed Kerfalla Camara est titulaire d’un doctorat (PhD) en pharmacognosie. Il enseigne depuis plus de vingt ans à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, où il est l’un des pionniers de l’ethnopharmacologie en Guinée. À l’Institut de recherche et de valorisation des plantes médicinales et alimentaires de Guinée, il consacre sa carrière à la transformation des produits naturels africains et à la reconnaissance scientifique des médecines traditionnelles. Son travail allie rigueur académique et respect du savoir ancestral.

Entre science et tradition

En mettant en lumière les pratiques médicinales du peuple kpèlè, l’étude du Dr Camara contribue à tisser des ponts entre science moderne et savoir traditionnel. Documenter, protéger et valoriser ces connaissances, c’est offrir de nouvelles pistes pour la santé publique tout en honorant la mémoire vivante des guérisseurs et des plantes qui soignent.

Alpha Oumar Bagou Barry

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