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Environnement

Saisie de 41 kg d’hippocampes et 26 kg d’ailerons de requin, les dessous d’un trafic qui menace la biodiversité marine

Des hippocampes séchés et 26 kg d'ailerons de requin et de raie saisies © Eagle Guinée

En fin du mois de mai 2026, l’ONG Eagle Guinée, en collaboration avec les services spéciaux guinéens, a réalisé une importante saisie, 41 kg d’hippocampes séchés et 26 kg d’ailerons de requin et de raie, lors de l’interpellation de quatre présumés trafiquants d’espèces marines protégées.

Hippocampes, requins, raies : qui sont-ils vraiment ?

Les hippocampes

Malgré leur allure singulière, tête de cheval, corps recourbé, nage verticale, les hippocampes sont bel et bien des poissons, regroupés dans le genre Hippocampus. On en connaît aujourd’hui 46 espèces dans le monde, vivant principalement dans les eaux peu profondes : herbiers marins, mangroves, récifs coralliens. Ce sont des nageurs très lents et peu mobiles, qui s’accrochent aux algues ou aux coraux avec leur queue préhensile plutôt que de fuir le danger, un mode de vie qui les rend particulièrement vulnérables face à la pêche.

Les requins

Les requins sont des poissons cartilagineux, leur squelette n’est pas fait d’os, mais de cartilage, comme nos oreilles. On en recense plus de 500 espèces, des plus petites (30 cm) aux plus grandes du monde marin, comme le requin-baleine, qui peut dépasser 12 mètres tout en se nourrissant uniquement de plancton. Présents dans les océans depuis plus de 400 millions d’années, bien avant les dinosaures, les requins sont des prédateurs le plus souvent situés au sommet de la chaîne alimentaire marine. Ce rôle de régulateur des écosystèmes explique pourquoi leur disparition a des effets en cascade sur tout l’équilibre marin.

Les raies

Les raies appartiennent elles aussi aux poissons cartilagineux. On en compte plus de 600 espèces, reconnaissables à leur corps aplati en forme de disque et à leurs nageoires pectorales élargies, qui leur donnent cette allure d’« aile » lorsqu’elles nagent. Certaines, comme la raie manta, peuvent atteindre 7 mètres d’envergure. Beaucoup vivent près des fonds marins, où elles se nourrissent de mollusques et de crustacés ; d’autres, comme les raies manta, filtrent le plancton en pleine eau. Comme les requins, elles grandissent lentement et ont peu de petits ce qui les rend tout aussi fragiles face à la surpêche.

Toutes les espèces d’hippocampes sont protégées par la Convention CITES des Nations unies, mais elles sont gravement menacées par le commerce illégal international. Ce Trafic met en lumière un commerce discret mais lucratif, alimenté par la demande internationale.

Selon Antonia Malina Gustafsson, coordinatrice d’Eagle Guinée, les produits saisis étaient probablement destinés à l’exportation vers des pays asiatiques, où les hippocampes sont utilisés dans certaines pratiques de médecine traditionnelle et où les produits dérivés de requins restent très recherchés. « De nombreux hippocampes et ailerons de requins sont exportés vers la Chine ou d’autres pays asiatiques. Là-bas, les hippocampes sont notamment utilisés dans certaines pratiques de médecine traditionnelle », explique-t-elle.

Selon les Services spéciaux, cette activité n’est pas à ses débuts : « Ces individus et d’autres non identifiés pour le moment mènent ce trafic depuis très longtemps et dans la plus grande clandestinité. Ces personnes seront conduites devant le parquet compétent et les magistrats compétents en la matière pour les fins de droit. »

Pourquoi les hippocampes et les requins attirent-ils autant les trafiquants ?

Pour la coordinatrice de l’ONG Eagle Guinée, la réponse est simple « Il s’agit d’un trafic très lucratif. En même temps, les risques encourus restent relativement faibles, et les lois ne sont pas toujours appliquées avec rigueur. C’est justement l’une des raisons pour lesquelles nous menons ce combat. »

Antonia Malina Gustafsson, coordinatrice d’Eagle Guinée

Elle renchérit : « Si vous vous rendez dans certains marchés de poissons, vous pouvez voir des raies auxquelles les ailerons ont déjà été retirés. Cette pratique est interdite, mais elle n’est même pas forcément dissimulée. »

Les recherches scientifiques confirment l’ampleur du phénomène. Dans une étude publiée en 2025 dans la revue Conservation Biology, la chercheuse Sarah Foster et ses collègues ont recensé près de cinq millions d’hippocampes saisis dans le monde entre 2010 et 2021. Les auteurs estiment toutefois que ces chiffres ne représentent qu’une infime partie du commerce réel. « Ce que nous observons n’est que la partie émergée de l’iceberg », souligne Sarah Foster.

Selon cette même étude, les réseaux de contrebande impliquent au moins 62 pays. Les cargaisons d’hippocampes sont souvent associées à d’autres produits issus du trafic d’espèces sauvages, notamment les ailerons de requins, révélant l’existence de filières criminelles organisées.

Des réseaux qui dépassent les frontières guinéennes

Depuis près de quatre décennies, ce réseau criminel trafique des hippocampes. Il s’est développé en un vaste réseau transfrontalier impliquant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau, la Gambie et le Sénégal.

Le mode opératoire est généralement le même : les espèces sont capturées dans les zones de pêche, collectées par des intermédiaires puis acheminées vers des marchés ou des réseaux d’exportation clandestins. Certaines cargaisons transitent par voie terrestre avant d’être expédiées vers l’étranger.

« En général, ce sont nos enquêteurs infiltrés dans les réseaux de trafiquants de produits fauniques qui nous renseignent sur l’existence des trafics et sur les personnes impliquées », explique Antonia Gustafsson.

La législation guinéenne prévoit des sanctions pour ce délit. L’article 165 du Code de protection de la faune sauvage punit la capture d’espèces intégralement protégées d’une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 10 à 50 millions de francs guinéens. L’article 3 de l’arrêté portant protection des espèces sauvages du ministère de l’environnement interdit également la capture, la détention, le transport, la vente et l’exportation de ces espèces et de leurs produits dérivés.

Une menace pour les océans et les pêcheurs

Au-delà de l’aspect judiciaire, les spécialistes s’inquiètent des conséquences écologiques de ce commerce illégal qui contribue à la disparition de ces espèces.

« Chaque espèce animale joue un rôle essentiel dans son écosystème. Les requins sont des prédateurs qui régulent les populations de gros poissons. À long terme, cela peut avoir des conséquences économiques importantes pour les communautés de pêche », rappelle Gustafsson.

Leur disparition pourrait déséquilibrer la chaîne alimentaire marine et affecter les ressources halieutiques dont dépendent de nombreuses communautés côtières.

Les hippocampes jouent également un rôle important : « Ils sont souvent considérés comme des indicateurs de la bonne santé des écosystèmes marins, un peu comme les grenouilles dans les milieux terrestres. Mais au-delà de leur rôle écologique, ces espèces font partie du patrimoine naturel de la Guinée », explique-t-elle.

La chercheuse Sarah Foster les décrit comme « un symbole de la biodiversité des océans ». Pour les chercheurs de Project Seahorse, le déclin de ces espèces constitue un signal inquiétant sur l’état des habitats côtiers. À terme, la raréfaction de la biodiversité marine pourrait fragiliser davantage les moyens de subsistance des pêcheurs guinéens.

Ce graphique montre le chemin du trafic international

La loi guinéenne rappelle d’ailleurs l’importance de cette protection. L’article 3 du Code de protection de la faune sauvage et de la réglementation de la chasse stipule que « la faune sauvage et ses habitats constituent les éléments essentiels du patrimoine biologique renouvelable de la Nation ».

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