Le vinaigre de cidre, la cannelle, le thé vert et le clou de girofle ne « tuent » pas le sucre dans l’organisme des diabétiques

Visuel intégrant le verdict après le travail de vérification © Bagou BARRY
Cette vidéo de 2 minutes 36 secondes (lien archivé ici) dans laquelle l’auteur prétend partager des astuces « pouvant tuer » le sucre dans l’organisme des diabétiques est fausse. Publiée en novembre 2025 sur le réseau social Facebook par Barry Pellal Media avec comme description « Astuces qui tue le Sucre dans votre corps », la vidéo totalisait, au moment de la publication de cet article, plusieurs millions de vues, plus de 33 000 partages et plus de 1 500 commentaires.
Dans la vidéo, l’auteur affirme que quatre remèdes naturels peuvent « tuer le sucre » dans l’organisme des personnes diabétiques : le vinaigre de cidre de pomme dilué dans l’eau, le thé à la cannelle, le thé vert, et le jus ou la poudre de clou de girofle. La vidéo cible explicitement les personnes diabétiques, prédiabétiques ou grandes consommatrices de sucre, en présentant ces remèdes comme immédiatement efficaces.

D’abord, nous avons identifié et isolé chaque affirmation. La vidéo présente quatre remèdes distincts comme capables de « tuer le sucre » dans l’organisme. Chaque affirmation a été vérifiée séparément, en confrontant les allégations aux preuves scientifiques sur chaque ingrédient. Pour chaque ingrédient, nous avons recherché des études cliniques et des méta-analyses publiées dans des revues, notamment Diabetes Care, Journal of the Endocrine Society et Journal of Natural Medicine, LaNutrition.fr et aussi Medisite.fr, ainsi que de la Fédération Française des Diabétiques.
Nous avons sollicité l’avis d’un spécialiste. Dr Amadou Bah, chef du service de diabétologie au CHU Donka, a été contacté pour contextualiser les données scientifiques dans la réalité médicale guinéenne et évaluer les risques concrets pour les patients. Enfin, pour plus de précision, nous sommes allés à la rencontre du Dr Tanou Valdez Bah, pharmacien et spécialiste en sciences des produits naturels et chercheur à l’Institut de recherche et de développement des plantes médicinales et alimentaires de Guinée (IRDPMAG).
Le vinaigre de cidre de pomme : PARTIELLEMENT VRAI
Le vinaigre de cidre n’élimine pas le diabète, mais il peut faire baisser la glycémie. Il ne remplace pas les médicaments, mais il peut compléter le traitement du diabète, selon LaNutrition.
Dr Amadou Bah précise que « beaucoup de plantes et écorces ont un pouvoir hypoglycémiant immédiat, mais pas dans la durée, alors que les médicaments du diabète ont tous un temps d’action et un temps d’élimination scientifiquement établis. » L’expression « tuer le sucre » est fausse et trompeuse : le vinaigre régule la glycémie, il ne l’élimine pas.
C’est également l’avis du Dr Tanou Valdez Bah. Pour lui, les espèces citées par ce tradipraticien ont montré, dans la littérature scientifique, un potentiel de réduction de la glycémie, « je ne dirais pas tuer le diabète », nuance-t-il. Mais ce sont des tests qui restent au niveau du laboratoire, beaucoup plus des tests in vitro, même pas sur des souris, poursuit-il. « Donc, on ne pourra pas dire que ce sont des remèdes forcément qui traitent le diabète, mais qui peuvent avoir des potentiels anti-diabétiques parce qu’il faut faire la différence », explique le spécialiste des plantes médicinales et alimentaires.
Le thé à la cannelle : PARTIELLEMENT VRAI
Des méta-analyses relayées par E-Santé.fr publiées entre 2024 et 2025 rapportent une diminution significative de la glycémie à jeun chez les patients diabétiques de type 2 et les prédiabétiques, avec une réduction moyenne d’environ 15 mg/dL. La méta-analyse la plus récente (2025), qui regroupe 28 essais randomisés et 3 054 patients diabétiques de type 2, chiffre cette baisse à 15,26 mg/dL à jeun et 39,22 mg/dL après les repas, pour des doses inférieures ou égales à 2 g par jour.
Ces effets ne sont toutefois pas immédiats, car une supplémentation continue sur une période de 8 à 12 semaines est souvent nécessaire pour observer des changements biologiques significatifs, s’accordent les chercheurs. Selon E-Santé, la cannelle ne constitue en aucun cas un substitut aux traitements médicamenteux prescrits. Affirmer que ça « tue complètement » le sucre est scientifiquement inexact et exagéré.
Dr Valdez Bah lui, il soulève des interrogations restées sans réponse dans la vidéo. Pour lui, il est nécessaire de savoir de quel type de cannelle il s’agit, parce qu’il y a deux types de cannelle.
« Il y a la cannelle de type cassia et il y a la cannelle de type Ceylan… Et en plus des plantes qu’il cite, c’est quelle partie de la plante qui est active ? Quel est le type de préparation qu’il fait ? Quelle est la posologie qu’il donne ? », s’interroge le spécialiste des plantes médicinales et alimentaires.La quasi-totalité des essais cliniques sur la glycémie portent sur la cannelle de Cassia. Or celle-ci contient jusqu’à 250 fois plus de coumarine que la cannelle de Ceylan, une molécule toxique pour le foie à doses élevées et répétées. Consommer quotidiennement de la cannelle Cassia pour « faire baisser le sucre » n’est donc pas sans risque.
Le thé vert : VRAI AVEC NUANCES
L’épigallocatéchine 3 gallate (EGCG), un composant du thé vert, peut jouer un rôle important dans la réduction des pics de glycémie. Consommée en même temps que des aliments riches en amidon, cette molécule réduit le pic de glycémie qui se produit après le repas, avec une réduction pouvant atteindre 50 % avec de l’amidon de maïs, selon la Fédération Française des Diabétiques. Cette réduction de 50 % doit toutefois être relativisée. Elle a été mesurée chez la souris, dans une étude publiée en 2012, et non chez l’humain. Les auteurs estiment la dose testée à l’équivalent d’environ une tasse et demie de thé vert. Chez des personnes ne souffrant pas de diabète, le thé vert ne provoque pas d’hypoglycémie : il abaisse le taux de glycémie seulement chez les diabétiques, précise Creapharma. C’est l’affirmation la plus raisonnable de la vidéo, mais elle reste incomplète faute de préciser les doses et les limites de cet effet.
Le clou de girofle : PARTIELLEMENT VRAI
Des chercheurs ont examiné l’effet de 250 milligrammes d’extrait de clou de girofle riche en polyphénols sur des adultes prédiabétiques. « Pendant 30 jours, les participants ont pris un supplément de clou de girofle après les repas. Le groupe prédiabétique a enregistré des taux de glucose inférieurs de 27 % par rapport à la valeur initiale. Les chercheurs ont conclu qu’un extrait de clou de girofle riche en polyphénols peut aider à maintenir un métabolisme sain du glucose, en particulier chez les personnes atteintes de prédiabète », rapporte Ma Santé Naturelle. L’étude d’origine, publiée en 2019 dans BMC Complementary Medicine and Therapies, est un essai pilote en ouvert mené sur 13 volontaires seulement, dont 6 prédiabétiques. Ses résultats sont préliminaires et ne permettent aucune généralisation.
Selon Dr Valdez Bah, on ne peut même pas parler pour l’instant d’efficacité à l’échelle humaine, car ce sont des plantes, dans la littérature, qui ont été testées en laboratoire. « Mais il faut savoir qu’une plante peut être efficace parce qu’elle contient des métabolites qui peuvent être différents d’une zone à une autre » a-t-il renchéri.
Près de 589 millions d’adultes vivaient avec le diabète en 2024
Selon la Fédération Internationale du Diabète, près de 589 millions d’adultes vivaient avec la maladie en 2024, soit 11,1 % de la population mondiale âgée de 20 à 79 ans. Le diabète de type 2 représente à lui seul 92 % des cas, et sa prévalence a doublé en trente ans. Ces données proviennent de la 11e édition de l’Atlas du diabète de la FID, publiée en 2025, qui projette 853 millions d’adultes diabétiques en 2050 et estime à 252 millions le nombre de malades qui s’ignorent.
En Afrique subsaharienne, la situation est particulièrement préoccupante. D’après des données publiées sur ScienceDirect, le nombre de personnes diabétiques devrait presque tripler entre 2017 et 2045, passant de 16 à 41 millions.
En Guinée, la tendance suit la même trajectoire. Selon le chef du service de diabétologie au CHU Donka, environ 5 % de la population guinéenne est diabétique, avec une progression constante touchant toutes les couches sociales. Ce taux, issu de l’enquête nationale STEPS, avait déjà été avancé publiquement par le même spécialiste en mars 2025.
Dr Amadou Bah est formel : « Aujourd’hui, on n’arrive pas à guérir cette maladie métabolique liée à un défaut de production de l’insuline par le pancréas ». Il déplore par ailleurs les « communications absurdes sur les réseaux sociaux sur le diabète, sans contrôle, qui ont un impact négatif sur la prise en charge des patients diabétiques ».
Pour Dr Tanou Valdez Bah, on parle plutôt de la prise en charge du diabète, on ne parle pas d’un traitement du diabète. « Aller jusqu’à dire que ces plantes tuent le diabète, c’est peut-être trop dit, parce qu’on ne sait pas comment on tue un diabète, c’est une pathologie, on ne peut pas tuer la pathologie », affirme le pharmacien, spécialiste en sciences des produits naturels et chercheur à l’Institut de recherche et de développement des plantes médicinales et alimentaires de Guinée (IRDPMAG)
Ce qui est réellement dangereux
Toutes les sources consultées s’accordent à dire que les conseils visant à « tuer le sucre » sont dangereux pour les diabétiques. Elles insistent également sur le fait que l’hypoglycémie sévère peut provoquer un coma ou la mort, et aucun traitement ne doit être modifié sans avis médical.
« Il ne faut pas associer ces remèdes proposés par les tradipraticiens à leur traitement anti-diabétique, parce que s’il s’avère que leur traitement traditionnel est efficace, il y aura une double chute de la glycémie et qui peut conduire à une hypoglycémie sévère », prévient Dr Valdez.
Dr Amadou Bah rappelle quant à lui que la prise en charge du diabète repose sur une alimentation adaptée, les médicaments ou l’insuline et l’activité physique régulière. Les experts soulignent aussi l’absence de dosages précis et rappellent que ces remèdes ne remplacent pas l’insuline, surtout pour les diabétiques de type 1.
Verdict
Les quatre ingrédients cités ont une base scientifique réelle pour aider à réguler la glycémie. Mais la vidéo exagère leurs effets avec des formulations comme « tuer le sucre » ou « complètement », et omet des mises en garde essentielles. Présentés comme des solutions suffisantes, ces remèdes peuvent conduire des malades à abandonner leur traitement, ce qui représente un risque vital.
« On parle plutôt de la prise en charge du diabète, on ne parle pas d’un traitement du diabète. Donc aller jusqu’à dire que ces plantes tuent le diabète, c’est peut-être trop dit, parce qu’on ne sait pas comment on tue un diabète, c’est une pathologie, on ne peut pas tuer la pathologie. Ce n’est pas une bactérie, ce n’est pas un virus » conclut le spécialiste des plantes médicinales et alimentaires.
Dr Amadou Bah le confirme sans ambiguïté : « Le diabète fait partie des maladies chroniques comme l’hypertension, l’asthme et le cancer. Pour le traiter, nous avons des références scientifiques des experts en la matière ».
Cet article a été rédigé par Mamadou Kindy BAH dans le cadre du Projet Afri’Kibaaru 2 mis en œuvre par CFI, avec l’appui financier de l’AFD. Il a été édité par Carol Valade et approuvé par Sally Bilaly Sow.
À lire aussi
SantéMaladie
16 séances de chimiothérapie : M’balia Batchily raconte son combat contre le cancer du sein
Un geste simple, une masse découverte à temps, seize séances de chimiothérapie. Invitée de l’émission Les Impertinents, sur La Guinée Fréquence, M’balia…
SantéMaladie
Surdité en Guinée : quand la perception sociale complique le suivi
À l’occasion de la Journée mondiale des sourds, célébrée chaque année le dernier dimanche du mois de septembre, la surdité revient au…
SantéMaladie
Retards cardiaques à Conakry : ce que révèle une étude guinéenne
Un patient ressent des douleurs à la poitrine depuis plusieurs semaines. Il consulte d’abord un centre de santé de quartier, puis patiente…