mercredi 21 janvier 2026 :
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Trouble de la vision chez les jeunes « il faut adopter la règle des 20 » conseille le Dr Diawara

En Guinée, les troubles de la vision touchent de plus en plus les jeunes. L’utilisation abusive des écrans, les mauvaises habitudes de lecture et l’absence de suivi médical contribuent à cette problématique grandissante, qui représente un enjeu majeur de santé publique.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 4,8 millions de personnes en Afrique sont aveugles et 16,6 millions souffrent d’une déficience visuelle. Ces chiffres incluent les personnes de tous âges, y compris les jeunes. Les cas de myopie, d’astigmatisme ou d’hypermétropie sont en nette hausse chez les adolescents et jeunes adultes. « Un jeune sur trois serait concerné par la myopie en Afrique de l’Ouest », ajoute l’OMS.

Les causes structurelles

Les troubles oculaires désignent toute anomalie ou affection qui affecte les yeux ou la vision. En Guinée, cette problématique de santé est le plus souvent causée, selon les spécialistes, par une surexposition prolongée des yeux aux écrans, un manque de lumière naturelle, l’absence de dépistage précoce et une négligence généralisée de la santé visuelle.
« On reçoit des jeunes de plus en plus nombreux avec des troubles qu’ils traînent depuis des mois. Ces troubles de vision constituent 50, voire 60 % des causes de consultations chez les jeunes », explique le Dr Moussa DIAWARA, ophtalmologue à l’hôpital national Donka.

Écrans et mode de vie en cause

L’utilisation prolongée des téléphones, tablettes et ordinateurs, souvent dans de mauvaises conditions d’éclairage, est l’un des facteurs les plus pointés du doigt par les spécialistes. Fixer un écran pendant des heures sans pause fatigue l’œil, accentue la sécheresse oculaire et peut favoriser le développement de la myopie.
« Les jeunes passent en moyenne plus de 6 à 8 heures par jour sur leurs téléphones. La plupart le font dans l’obscurité, en position couchée ou avec l’écran trop près du visage, en regardant des vidéos sur les réseaux sociaux. Ce sont des comportements à risque pour la vue », affirme le Dr Moussa DIAWARA, ophtalmologue.

Un suivi médical souvent négligé

Autre constat alarmant est que très peu de jeunes consultent un ophtalmologue de façon régulière. Beaucoup ignorent qu’un examen de la vue devrait être fait au moins une fois par an, ou tous les six mois, même en l’absence de symptômes. Pire encore, certains utilisent des lunettes sans ordonnance, achetées dans la rue.

Pour le Dr DIAWARA, l’éducation à la santé visuelle est cruciale. « Il faut enseigner aux jeunes l’importance de leur vision, leur apprendre à repérer les signes de troubles et surtout encourager les consultations dès les premiers signes : vision floue, maux de tête, fatigue oculaire entre autres », conseille le Dr DIAWARA.

Des conséquences sur la vie quotidienne et le bien-être

Les troubles non pris en charge peuvent impacter gravement la vie quotidienne, tels que la chute du rendement scolaire, l’isolement, la baisse de l’estime de soi, voire l’abandon scolaire dans les cas extrêmes.

M’Balou Fatoumata SOUARÉ, étudiante résidente à la Cimenterie, commune de Kabgelen, a été diagnostiquée quand elle avait l’âge de 20 ans.
« C’est quand je faisais la licence 2 en 2022 que j’ai commencé à ressentir des douleurs au niveau de mes yeux. Mais au début, je pensais que c’était dû au soleil et à la lumière. Après, la douleur est devenue intense, je ne pouvais plus supporter, et donc on m’a conseillé d’aller voir un ophtalmologue. Après consultation, le médecin m’a dit que j’avais la myopie et il m’a prescrit des verres correcteurs », témoigne cette patiente.

Un problème de communication publique

Si la communication sur cette maladie reste limitée entre les professionnels de santé, les patients, eux, ne savent plus à quel saint se vouer.
« Au début, je n’ai pas voulu porter les lunettes pharmaceutiques, histoire de me rassurer. Je suis partie à Donka pour demander un deuxième avis. Et là-bas, après consultation, ils m’ont dit que je souffrais peut-être du glaucome. C’était la première fois que j’entendais ce nom. Ils ne m’ont pas donné plus d’explications. Après, eux aussi m’ont prescrit des verres avec le signe plus, alors qu’à Nongo, c’était le signe moins. J’ai donc porté directement les lunettes pharmaceutiques +0,75 », explique M’Balou Fatoumata SOUARÉ.

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M’balou Fatoumata Souaré

Poursuivant, cette étudiante déplore le manque de prise en charge adéquate à quelques mois de son rendez-vous. « En seulement sept mois, j’ai recommencé à avoir mal encore. Normalement, c’était écrit sur l’ordonnance : rendez-vous un an après. Quand on porte un verre pharmaceutique, normalement on ne doit plus avoir mal jusqu’à l’expiration des verres, ce qui n’a pas été mon cas. Je vous informe qu’en l’espace de deux ans, j’ai changé cinq lunettes », déplore M’Balou Fatoumata SOUARÉ.

Que faire pour limiter les risques ?

Le Dr DIAWARA recommande des mesures simples : « Limiter le temps passé devant les écrans, adopter la règle des vingt, c’est-à-dire faire des pauses toutes les 20 minutes en regardant au loin, privilégier la lumière naturelle, consulter régulièrement un ophtalmologue et éviter les lunettes non prescrites. »

En Guinée comme ailleurs, la question des troubles visuels chez les jeunes mérite une attention particulière de la part des autorités sanitaires. Des campagnes de sensibilisation dans les écoles, l’accès facile aux soins oculaires et la régulation du marché des lunettes sont autant des solutions à envisager.

Issa BARRY

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