Une équipe de chercheurs de la Cellule de Recherche en Santé de la Reproduction (CERREGUI) a présenté les résultats d’une importante étude menée entre janvier 2024 et mars 2025 en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. L’objectif, était donc de comprendre pourquoi de nombreuses femmes interrompent l’utilisation des méthodes contraceptives, et surtout quels facteurs influencent leur capacité à décider, de manière autonome, d’accéder à la planification familiale.
Pour la Guinée, où la prévalence contraceptive reste faible (12 %) et la mortalité maternelle encore élevée, à en croire cette étude, les chercheurs estiment que ces résultats pourraient contribuer à orienter des politiques publiques plus efficaces.
Une étude de cohorte pour comprendre la continuité contraceptive
Interrogée à l’issue de sa présentation lors des 4èmes journées scientifiques Guinéennes de santé publique, Dre Touré Madeleine, assistante de recherche à la CERREGUI, rappelle que les travaux s’inscrivent dans une cohorte prospective menée dans les trois pays. À chaque site,720 femmes âgées de 15 à 49 ans initiant un nouvel épisode d’utilisation contraceptive ont été suivies, en milieu urbain et rural.
« Nous avons voulu comprendre les raisons qui poussent les jeunes femmes et les femmes adultes à arrêter leur méthode contraceptive, mais aussi les facteurs qui influencent leur autonomie décisionnelle. C’est indispensable dans des pays où la prévalence contraceptive reste faible et où la mortalité maternelle demeure un véritable problème de santé publique », affirme la chercheuse dans sa présentation.
Un contexte où les besoins non satisfaits restent très élevés
Dans de nombreux pays en développement, l’accès à la planification familiale demeure insuffisant. « Dans de nombreux pays en développement, l’utilisation des services de planification reste cependant très faible de 40% et 225 millions de ces femmes ont des besoins non satisfaits en planification familiale », explique le Dre Madeleine Touré, assistante de recherche à la CERREGUI.
Selon les données de cette étude, en Afrique subsaharienne, les écarts de prévalence sont criants. « Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, on remarque une disparité de prévalence contraceptive de méthode planificative allant de 6,7% au Tchad à 72% en Namibie », explique la chercheuse.
Les pays de l’étude se situent bien en dessous de la moyenne continentale.
« Au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Guinée, selon les résultats des enquêtes démographiques et de santé, on a des prévalences contraceptives de 30%, 21% et 12% respectivement. L’un des facteurs contributifs de cette faible prévalence dans ces pays reste en partie lié au manque d’autonomisation des femmes dans l’appui de leurs décisions pour l’accès aux services de planification familiale », ajoute Dre Touré.
Pourtant, selon l’objectif de développement durable n°5, l’autonomisation des femmes est une condition essentielle pour améliorer la santé sexuelle et reproductive.
Seulement 48,9 % des femmes décident de manière autonome
L’étude révèle que, sur les 2 383 participantes à cette enquête, moins d’une femme sur deux, (c’est-à-dire, 48,9) dispose d’une autonomie décisionnelle dans l’utilisation de la planification familiale. Cette proportion varie considérablement selon le pays. « 63,83 % en Guinée (le score le plus élevé), 46,3 % au Burkina Faso, 35,59 % en Côte d’Ivoire », rapporte le Dre Touré Madeleine.
Quels facteurs influencent l’autonomie des femmes ?
Les analyses statistiques incluant une régression logistique multivariée ont mis en évidence plusieurs déterminants majeurs.
« Au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Guinée, les facteurs qui étaient associés à l’autonomie des décisions des femmes étaient principalement le statut matrimonial, l’âge du dernier enfant, l’âge du partenaire, le milieu de résidence et la profession des femmes », indique-t-elle dans sa présentation.
Ces facteurs, déjà connus dans la littérature scientifique, se confirment dans les trois pays étudiés. Le poids des normes sociales, la dépendance financière et les rapports de pouvoir au sein des couples restent autant d’obstacles au libre choix contraceptif.
Des implications fortes pour la santé publique
Les résultats de cette étude sont sans appel. Pour le Dre Touré Madeleine, comprendre pourquoi les femmes interrompent leur contraception et quels facteurs limitent leur autonomie peut aider à réduire la mortalité maternelle, qui reste très élevée chez nous.
Les chercheurs recommandent ainsi : « de renforcer les politiques de genre dans les programmes de santé, d’améliorer l’accès aux services de planification familiale, de promouvoir la participation des partenaires et des communautés, et de lutter contre les obstacles économiques et socioculturels. »
Au-delà des chiffres, cette étude rappelle que la planification familiale n’est pas seulement une question de disponibilité des méthodes contraceptives. C’est d’abord un enjeu d’autonomie, de droit à la santé, et de capacité des femmes à prendre des décisions pour leur propre vie.
Des données précieuses qui devraient désormais nourrir les stratégies nationales, à l’heure où la réduction de la mortalité maternelle reste une priorité urgente en Afrique de l’Ouest.
Mamadou Kindy Bah













