Face au poids du paludisme en Guinée, le Dr Kandet Abass, pharmacien et chercheur à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UCANG), explore les mécanismes moléculaires de résistance du plasmodium aux antipaludiques. Ce travail est essentiel pour mieux orienter les stratégies de lutte contre cette maladie qui est un problème de santé publique dans le pays.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la résistance du Plasmodium aux antipaludiques progresse à l’échelle mondiale, surtout en Afrique. La résistance partielle à l’artémisinine est confirmée en Asie du Sud-Est et dans plusieurs pays africains. Dans ces zones, jusqu’à 20 % des cas de paludisme sont liés à des parasites résistants. La chloroquine reste inefficace dans plus de 30 % des cas en Afrique.
Résistance du plasmodium, une étude nécessaire pour la Guinée
En Guinée, la résistance aux antimicrobiens reste peu comprise du grand public. Selon le Dr Kandet Abass, « c’est un phénomène où les parasites ou bactéries pathogènes développent des mécanismes pour survivre malgré la prise de médicaments censés les éliminer. Les traitements deviennent alors inefficaces. » Ce constat s’applique particulièrement au plasmodium, le parasite responsable du paludisme.
Une recherche innovante sur la résistance du plasmodium
Dans le cadre de ses travaux de thèse, le Dr Kandet Abass mène une étude approfondie sur les mécanismes moléculaires de résistance du plasmodium aux antipaludiques. Cette recherche consiste à réaliser des tests génomiques pour identifier les marqueurs et mutations responsables de cette résistance en Guinée.

« Actuellement, quelques cas de résistances ont été signalés localement, mais aucune donnée nationale n’existe pour évaluer la situation sur l’ensemble du territoire. Mon objectif est de combler cette lacune », précise le chercheur. Les premières étapes de l’étude ont permis d’identifier les espèces plasmodiales circulant en Guinée et de mettre au point les méthodes nécessaires pour évaluer la résistance sur le plan national.
L’approche One Health incluant humains et moustiques
La méthodologie adoptée par le Dr Kandet repose sur l’approche One Health « Une seule santé », intégrant à la fois l’étude chez les humains et les moustiques vecteurs.
« Nous intervenons dans les hôpitaux régionaux pour prélever du sang et détecter la présence du plasmodium. Chez les individus positifs, nous nous rendons ensuite dans leur ménage pour collecter les moustiques, chez lesquels nous cherchons aussi le parasite. Nous comparons ensuite les marqueurs moléculaires présents chez les humains et les moustiques », explique-t-il.
Cette double analyse permet d’identifier les moustiques impliqués dans la transmission et de suivre l’évolution génomique du parasite dans le pays.
Le paludisme, un problème de santé publique
Si le paludisme est une réalité quotidienne pour de nombreux Guinéens, les chiffres sont tout aussi préoccupants. En 2018, plus de 8 000 décès dus au paludisme ont été enregistrés en Guinée.
Malgré certaines avancées dans la lutte contre la maladie, les données actuelles restent insuffisantes pour orienter efficacement les décisions stratégiques. « L’aspect moléculaire du plasmodium n’a jamais été exploré en Guinée. Mon objectif est de cartographier la structure génomique du parasite à l’échelle nationale pour aider les décideurs à adapter les stratégies de prise en charge du paludisme dans le pays », conclut-il.
Les conclusions de cette étude prometteuse devraient bientôt voir le jour.
Mamadou Kindy Bah













