Dans l’archipel des îles de Loos, sur l’île de Kassa, à environ 7 km de Conakry, la pêche, activité principale pour les quelque 20 000 habitants, décline fortement à cause de la pollution plastique. Des déchets s’accumulent le long des plages et dans les ports artisanaux de la commune, menaçant les ressources halieutiques.
Selon un rapport de la FEGEDEG (Fédération Guinéenne des Gestionnaires des Déchets) datant de 2018, Conakry génère plus de 1 000 tonnes de déchets par jour, dont environ 20 % de plastiques. Cette pollution s’étend désormais jusqu’à Kassa, notamment parce qu’une partie des déchets plastiques de la capitale est entraînée par la marée haute jusqu’à l’île.
« La majeure partie des déchets plastiques provient de Conakry, une fois qu’il y a la haute marée, beaucoup d’ordures quittent la capitale et se retrouvent ici », explique Lamine Bangoura, chef de port adjoint à Koromandja.
Les poissons se font rares
Autrefois prospère, la pêche dans cette zone est aujourd’hui menacée : les plastiques déposés au fond marin perturbent les écosystèmes, repoussant les poissons vers des zones plus favorables. « Quand les saletés s’installent dans la boue cela réduit la pêche. Si le poisson trouve des déchets dans cette zone, il va fuir », témoigne Lamine Bangoura. Selon lui, les filets remontés sont souvent remplis de déchets, très peu de poissons.
Des experts alertent sur les conséquences sanitaires : le plastique, notamment sous forme de microparticules, peut provoquer la disparition de certaines espèces et contaminer la chaîne alimentaire. Dr Baldé Mamadou Yaya, chimiste de l’environnement, indique que « certains poissons absorbent ces particules qui peuvent être cancérogènes ».

Défi dans la gestion des déchets
À Kassa, la gestion des déchets reste un défi majeur : un centre de tri a été construit début 2024, mais n’est toujours pas opérationnel faute de personnel et d’équipement, selon Alseny Camara, secrétaire administratif de la commune. Pour l’instant, la seule solution des habitants c’est l’incinération des ordures : « On choisit un jour, on ramasse les ordures et on les brûle. C’est ça notre solution et nous le faisons régulièrement », avoue M. Camara.
Pourtant, l’incinération aggrave la pollution selon les spécialistes : « Elle ne devrait pas être une alternative de gestion rationnelle des déchets. Au contraire, Il faut privilégier le recyclage », recommande Dr Baldé Yaya.
La commune appelle à l’aide
Face à la dégradation, Mohamed Lamine Cissé, chef de quartier, appelle l’État à soutenir la coopérative locale des femmes chargées du balayage. « On n’a pas les moyens. L’État doit nous aider », insiste-t-il.
Les projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont alarmantes : sans mesures plus ambitieuses, la quantité de déchets plastiques produits au niveau mondial pourrait presque tripler d’ici 2060. Selon l’OECD, la part des déchets plastiques qui sont effectivement recyclés devrait représenter 17 % du total en 2060, contre 9 % en 2019, tandis que l’incinération et la mise en décharge continueront de représenter respectivement environ 20% et 50% des déchets plastiques. La part des plastiques qui échappent aux systèmes de gestion des déchets – se retrouvant dans des décharges non contrôlées, sont brûlés à ciel ouvert ou s’infiltrent dans les sols et les milieux aquatiques – devrait passer de 22 % à 15 %.
Article rédigé par Mansa Moussa Mara dans le cadre du Projet Afrikibaaru 2 mis en exécution par CFI sous financement de l’AFD













