La plénière consacrée au projet de Loi de finances rectificative 2025 a offert un moment de vérité brutale sur l’état réel des services d’urgence et de réanimation en Guinée. Devant les conseillers et membres du gouvernement, le Pr Hassane Bah, président de la commission santé du CNT, n’a pas mâché ses mots : « la Guinée continue de perdre des vies faute d’équipements essentiels, alors que ces morts pourraient être évitées » a-t-il affirmé.
“On meurt aujourd’hui de morts évitables”
Le spécialiste décrit une réalité glaçante : « On meurt en Guinée de mort évitable simplement parce que nos hôpitaux sont sous-équipés. Par exemple, il n’y a pas de scanner qui fonctionne régulièrement, et même l’oxygène manque. » Poursuivant, le Pr Bah, explique une situation qui vire parfois à l’absurde aux urgences. « Vous arrivez en réanimation avec un malade dans le coma, il faut que lui-même paye l’oxygène. Vous savez très bien que s’il n’y a pas d’oxygène, il meurt. »
Selon lui, les chiffres disponibles montrent clairement un taux de mortalité anormalement élevé dans les services d’urgence. Cette situation s’explique par l’absence de défibrillateur, matériel incomplet, entre autres. Les conséquences sont dramatiques. « Les taux de mortalité aux urgences et en réanimation sont les plus élevés. Je vous le dis parce que j’ai les chiffres. » Le Pr Hassane Bah appelle à plus d’investissement pour équiper les hôpitaux.
« Ce sont des situations qu’on peut changer. Il faut changer la donne, c’est cri de ceour»
Le CNT appelle à l’humanisation des coûts médicaux
Le président du CNT, Dansa Kourouma, a pour sa part insisté sur un autre problème majeur, le coût des soins dans le secteur privé, marqué par une absence totale d’homologation. « Les coûts ne sont pas homologués. Chacun fixe le prix qu’il veut. Si le scanner coûte 1 million à Conakry, ça doit être le même à Mamou ou ailleurs, il ne doit pas être à 5 millions dans une clinique privée. Ce n’est pas possible. » Pour lui, l’État peut faciliter les investissements, mais les bénéficiaires doivent faire preuve d’éthique. « Ceux qui bénéficient de exonérations doivent aussi humaniser en fixant des prix raisonnables. »
Le gouvernement promet un changement structurel
Face à ces critiques, le ministre de l’Économie, Mourana Soumah, a annoncé des avancées et de nouvelles priorités budgétaires. Mais avant il rappelle d’abord le progrès accompli dans le domaine sanitaire. « Il n’y avait pas de centrale d’oxygène dans tout le pays. Aujourd’hui, nous avons pu en mettre en place à Kankan, Boké et Kindia. Il faut intégrer dans le budget 2026 la mise en place d’une centrale d’oxygène au niveau de l’hôpital Ignace Deen. L’idée est d’étendre ces centrales à toutes les préfectures. »
Selon lui, une stratégie régionale permettra aux structures environnantes de s’approvisionner plus facilement, réduisant ainsi les ruptures et améliorant la prise en charge.
Ce débat a mis en lumière le manque d’équipements vitaux dans les hôpitaux guinéens. Urgences sans défibrillateur, réanimation sans oxygène, scanners en panne, autant de défaillances qui coûtent des vies chaque jour. Ce qui pousse des milliers de guinéens à se tourner vers des hôpitaux de la sous-région ou ailleurs dans le monde pour se soigner.
Les propos tenus lors de cette plénière rappellent l’urgence d’une réforme profonde, plus de financements pour les équiper les hôpitaux, régulation et accès équitable aux soins.
Alpha Oumar Bagou Barry













