Diao DIALLO, DRA de Mamou : « l’agriculture se porte tant bien que mal dans ma région…»

La Guinée compte une superficie cultivable évaluée à 6 millions d’hectares, soit 24% de la superficie totale du pays. La région de Mamou est l’une des zones où l’agriculture constitue l’une des activités principales des populations. Dans un entretien accordé à notre rédaction, Mamadou Diao DIALLO, Directeur Régional de l’Agriculture de Mamou nous parle des opportunités agricoles de sa région.

Universciences : faites nous un état des lieux de l’agriculture dans la région administrative de Mamou ?


M.D DLLO : l’agriculture se porte tant bien que mal. Premièrement, cette année, les producteurs ont pas reçu les engrais. Depuis l’avènement du professeur Alpha Condé au pouvoir, les producteurs sont habitués à avoir les engrais et les intrants agricoles de campagne. Raison pour laquelle, tout le monde attendait ces engrais mais jusqu’à la dernière minute les attentes n’ont pas été satisfaites. Deuxièmement, la région de Mamou est presqu’une région endémique au point de vue protection des végétaux. Depuis l’année
2015, il y’a les chenilles légionnaires dans les champs de maïs et des pommes de terres, donc, il y a une maladie de la pomme de terre qui est apparue récemment, qui fait beaucoup de ravages. Jusqu’à présent il n’y a pas de solutions adéquates pour freiner ce fléau.

Troisième, l’agriculture fruitière a aussi d’énormes problèmes. Les orangers sont presqu’en voie de disparition dans la région. Une disparition dû à la cercosporiose des agrumes qui élimine les fruits mais aussi les plantes. Il faut rappeler que pendant la période coloniale, la région de Mamou faisait partie du triangle bananier de la Guinée. Ces bananeraies ont aussi
disparu devant l’impuissance de tous les centres de recherche pour pallier à ce problème. Les plantaires regardent les plantations disparaître d’une manière impuissante. C’est justement à l’égard de tous ces fléaux qu’il faille dire que dans la région de Mamou l’agriculture se porte tant bien que mal.

Universciences : le projet AGRIFARM prévoit 120 millions de dollars en partage entre la haute Guinée et la moyenne Guinée, comment la région de Mamou compte utiliser ces fonds pour le développement du secteur agricole ?


M.D DLLO : La direction régionale de l’agriculture est un accompagnateur. C’est la direction du projet qui a la décision au tour de la gestion adepte de ces fonds destinés à la région de Mamou. Le projet AGRIFARM couvre deux préfectures de la région; la préfecture de Mamou et celle de Dalaba. Ce projet s’occupe de deux spéculations; le riz et le maïs. Quant à la direction régionale, nous allons les accompagnons dans leurs missions pour le bonheur de nos populations.

Universciences : en octobre dernier, vous avez dénoncé la présence dans la région de Mamou de la semences de contrefaçon, quelle sont les solutions que vous envisagez pour freiner ce fléau ?


M.D DLLO : le problème de la semence de contrefaçon n’est pas du tout facile à gérer. Avec la porosité de nos frontières, la plupart de ces semences viennent du Mali et du Sénégal. Il est donc difficile de dire d’une manière systématique que nous avons réussi à endiguer ce fléau. Il est important de rappeler que les populations aussi optent pour la facilité en achetant la semence en provenance des pays voisins qui coûte moins chère que la semence certifiée, attestée qu’elle est apte et indemne de toute maladie. Nous sommes entrain de sensibiliser les populations sur les risques liés à ces semences de contrefaçon.


Universciences : quel bilan tirez-vous de la productivité locale de la culture maraîchère ?


M.D DLLO : En faisant une comparaison avec les années antérieures , nous pouvons dire que le rendement parcellaire par unité de surface a augmenté. Mais si nous comprenons ce que les centres de recherches produisent et ce qui se passe à plein champs, nous disons qu’on n’est en deçà de nos attentes. La population est à plus de 70% analphabètes, ce n’est pas tout le monde qui applique l’itinéraire technique. C’est pourquoi nous avons déployé des conseillers agricoles à côté des agriculteurs.

Universciences : quels sont les atouts agricoles de la région administrative de Mamou ?

M.D DLLO : Dans la région de Mamou la terre cultivable est vraiment disponible. Mais, la maîtrise de l’eau est encore insuffisante. Tant que nous attendons les récoltes suite à la saison pluvieuse, nous ne pouvons pas avoir une agriculture intensive. Il serait souhaitable que la maîtrise de l’eau dans tous les domaines agricoles soit une priorité. Avec deux à trois
récoltes de riz par exemple dans une année, la production locale peut forcément augmenter. Quant à la pomme de terre, elle est une culture de rente. En trois mois seulement, les plantaires récoltent, mais le problème comme je l’ai dis c’est l’irrigation et la canalisation de l’eau dans la région. Les cultivateurs récoltent en même temps et revendent leurs produits au même moment par manque d’infrastructures de conservation.

Avec l’inondation du marché, ce sont les acheteurs qui font leurs lois au profit des cultivateurs. S’il y avait des chambres froides, on pouvait conserver ces produits pour une longue période. La plateforme de la fédération des paysans du Fouta conserve à peu près 1.500 tonnes. S’il y avait deux à trois plateformes du genre dans chaque zone de production, les paysans pourraient non seulement conserver les produits mais aussi faire une vente échelonnée. Ce qui peut les aider à mieux profiter de leurs récoltes. Il y a également le problème d’enclavement de certaines zones de productions.

La région de Mamou dispose de deux zones différentes. Les plaines et les bas-fonds d’une part, de l’autre les plateaux et coteaux. La
sous-préfecture de Bouliwel dans Mamou, de Ninguélandé dans Pita, de Kaala dans Dalaba, ce sont des sous-préfectures qui se trouvent sur des plateaux. Dans ces zones, il n’y a pratiquement pas de plaines et bas-fonds. Les populations se contentent du nomadisme agricole.


Universciences : dites nous, est ce qu’il existe des projets d’avenir dans le domaine de l’agriculture dans cette région ?


M.D DLLO : En terme de projet d’avenir, la direction régionale de l’agriculture ne peut que remonter les informations. C’est le ministère de l’agriculture avec les partenaires qui peuvent orienter des projets dans des zones qu’ils estiment favorable.

Universciences : la jeunesse de Mamou s’intéresse à l’agriculture ou est-elle tout simplement candidate à l’immigration clandestine ?


M.D DLLO : Parlant de la jeunesse, la culture de la rente a beaucoup changé leurs mentalités. Ceux qui étaient des candidats à l’immigration hier, qui ont vécu des difficultés dans la Méditerranée se sont retournés pour se lancer dans la culture de la pomme de terre par exemple. Ils ont compris qu’à travers le travail de la terre il est possible de réussir et entreprendre dans ce domaine. A Sounbalako, à Dounet (Mamou), à Ditinn (Dalaba), Tinbi Madina (Pita) les jeunes se sont massivement retournés pour cultiver la pomme de terre. Certains ont réussi à construire, d’autres disposent des motos qui servent de taxi. Ils ont certainement pris conscience que l’aventure ne fait pas forcément l’avenir et avec plus de sérieux, l’avenir réside dans les pays de départ. Bref, il y’a un grand retour de la jeunesse de la région de Mamou dans l’agriculture.


Universciences : quels sont vos conseils dans le domaine agricole à l’endroit de la jeunesse de Mamou ?


M.D DLLO : Parfois l’aventure est une perte de temps. L’Europe n’est plus ce qu’elle était au beau temps. Avant on considérait l’agriculture chez nous comme l’outil du grand père. Il faut que la jeunesse comprenne que les choses se sont nettement améliorées. Aujourd’hui nous disposons des équipements adéquats et des intrants agricoles de qualité pour exceller dans le domaine de l’agriculture dans cette région. Il est important de rappeler aux jeunes que la base du développement de la Guinée passe par l’agriculture. C’est les bras valides qui pourront assurer la base du développement de ce pays. Que chaque guinéen soit fière de
son pays quand il s’agit d’apporter sa contribution dans le développement durable de la Guinée.

Unviersciences : Merci Monsieur DIALLO d’avoir répondu à nos questions.

M.D DIALLO : C’est à moi de vous remercier


Propos recueillis par Mamadou Kindy BAH de retour de Mamou

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